Or et argent : après le choc de Jackson Hole, une nouvelle vague d’achats pourrait-elle commencer ?

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Or et argent : après le choc de Jackson Hole, une nouvelle vague d’achats pourrait-elle commencer ?

Le marché de l’or et de l’argent vient de recevoir un sérieux avertissement. Le 28 août 2026, le discours prononcé par le président de la Réserve fédérale américaine, Kevin Warsh, à Jackson Hole a brutalement changé les anticipations des investisseurs. Alors que les métaux précieux avaient retrouvé une dynamique haussière au cours du mois d’août, l’or au comptant a décroché de plus de 3 %, tandis que l’argent a perdu environ 3,5 %. Cette réaction spectaculaire n’est pourtant pas nécessairement le signe d’un retournement durable. Elle révèle surtout à quel point le prix de l’or et de l’argent physique reste sensible aux anticipations de taux américains, au dollar et aux rendements obligataires. Mais derrière cette correction se trouve une question autrement plus importante : si les tensions sur l’inflation, la dette américaine et les finances publiques persistent, cette baisse pourrait-elle finalement préparer les conditions d’une nouvelle vague d’achats de métaux précieux ? C’est précisément le scénario que certains analystes du marché commencent à examiner, avec une perspective qui dépasse largement la seule réaction de Wall Street au discours de Jackson Hole.

Jackson Hole : Kevin Warsh vient de rappeler que la bataille contre l’inflation n’est pas terminée

Le discours de Kevin Warsh à Jackson Hole constitue le point de départ de cette nouvelle phase de volatilité. Le président de la Fed n’a pas annoncé explicitement une hausse de taux pour septembre, mais son message a été suffisamment ferme pour pousser les marchés à revoir leurs probabilités. Il a notamment insisté sur la nécessité de constater une progression suffisamment convaincante de l’inflation sous-jacente vers l’objectif de 2 % avant de considérer que la politique monétaire pouvait être véritablement assouplie. Surtout, Warsh a expliqué qu’il souhaitait limiter le recours systématique à la forward guidance, cette pratique par laquelle une banque centrale tente de donner aux marchés une indication relativement précise de ses prochaines décisions. Cette évolution est capitale pour les investisseurs en métaux précieux : une Fed qui communique moins sur ses intentions laisse davantage de place aux statistiques économiques et aux mouvements de marché pour déterminer les anticipations de taux. Pour celui qui envisage l’achat d’or et d’argent, cela signifie qu’il faut désormais accepter une volatilité potentiellement plus importante au lieu de considérer chaque déclaration de la Fed comme une feuille de route définitive.

Pourquoi l’or a-t-il chuté de plus de 3 % après le discours de Warsh ?

La mécanique de la chute est relativement simple à comprendre. Lorsque les investisseurs anticipent des taux américains plus élevés pendant plus longtemps, les obligations et les placements monétaires deviennent relativement plus attractifs face à un actif comme l’or qui ne verse pas d’intérêt. Dans le même temps, la perspective de taux plus élevés soutient généralement le dollar, ce qui renchérit mécaniquement le métal jaune pour les investisseurs utilisant d’autres monnaies. C’est exactement ce qui s’est produit vendredi 28 août : l’or spot a touché environ 4 567 dollars l’once, tandis que les contrats à terme pour livraison en décembre ont terminé autour de 4 530 dollars. L’argent a lui aussi été fortement sanctionné, reculant d’environ 3,5 % jusqu’à 66,81 dollars l’once selon les données rapportées par Reuters. Les anticipations d’une hausse des taux en septembre ont parallèlement fortement progressé. Cette réaction ne signifie cependant pas que les fondamentaux de l’or ont disparu en quelques heures. Elle montre plutôt que le marché avait intégré un scénario monétaire relativement favorable et qu’il a dû brutalement le réévaluer. Pour les investisseurs qui privilégient l’achat d’or physique après une correction, cette distinction entre volatilité immédiate et tendance structurelle est essentielle.

Le paradoxe de Jackson Hole : une Fed plus ferme pourrait finalement soutenir l’or

Le paradoxe est particulièrement intéressant. À court terme, une Fed plus restrictive constitue clairement un facteur négatif pour le prix de l’or et de l’argent. Mais à moyen et long terme, la situation devient beaucoup moins évidente. Une banque centrale confrontée simultanément à une inflation persistante, à une croissance qui ralentit et à un niveau d’endettement public considérable dispose d’un espace de manœuvre limité. Si elle maintient les taux élevés, le coût du financement de l’économie et de la dette augmente. Si elle réduit trop rapidement les taux alors que l’inflation reste élevée, elle risque de perdre une partie de sa crédibilité. C’est précisément cette contradiction qui nourrit l’intérêt stratégique des métaux précieux. La baisse provoquée par Jackson Hole peut donc être interprétée de deux façons : comme une menace pour l’or si l’économie américaine supporte durablement des taux élevés, ou comme une opportunité si les investisseurs commencent à anticiper que ces taux finiront par devenir difficiles à maintenir. Dans cette seconde hypothèse, acheter de l’or et de l’argent revient moins à parier sur la prochaine réunion de la Fed qu’à se positionner sur les conséquences potentielles d’un déséquilibre monétaire et budgétaire qui ne peut pas être résolu par une simple déclaration de banque centrale.

L’économie américaine ralentit-elle suffisamment pour changer la donne ?

Les dernières statistiques américaines apportent justement une dose supplémentaire de complexité. Selon la deuxième estimation publiée le 26 août par le Bureau of Economic Analysis, le PIB réel américain a progressé de 1,5 % en rythme annualisé au deuxième trimestre 2026, contre 2,1 % au premier trimestre. Cette croissance n’est donc pas catastrophique, mais elle traduit une décélération. Le détail compte également : la consommation des ménages, les exportations et l’investissement ont contribué à la progression du PIB, tandis que la dépense publique a pesé sur l’activité. Le tableau général est ainsi celui d’une économie encore résistante mais moins dynamique qu’auparavant. Pour la Fed, le problème est particulièrement délicat puisque son mandat l’oblige à prendre en considération à la fois la stabilité des prix et l’emploi. Une économie qui ralentit plaide pour des taux moins élevés, tandis qu’une inflation toujours supérieure à l’objectif plaide pour une politique restrictive. Cette contradiction explique pourquoi les investisseurs doivent surveiller simultanément croissance, emploi et inflation lorsqu’ils analysent le prix de l’or et de l’argent, plutôt que de se concentrer uniquement sur les décisions de taux.

L’inflation reste le véritable problème de la Réserve fédérale

Le deuxième élément déterminant est l’inflation. Les données publiées fin août montrent que l’indice PCE, la mesure privilégiée par la Fed, demeure nettement supérieur à l’objectif de 2 %. En juillet, l’indice PCE a progressé de 0,2 % sur un mois et affichait une hausse annuelle de 3,7 %, tandis que le PCE sous-jacent se situait également au-dessus de la cible. Le problème pour la banque centrale est donc qu’elle ne peut pas simplement considérer l’inflation comme un phénomène temporaire qui disparaîtra spontanément. Dans le même temps, une politique monétaire trop restrictive risque de peser davantage sur l’emploi et la croissance. C’est cette situation inconfortable qui explique le ton de Kevin Warsh à Jackson Hole. Le président de la Fed a indiqué en substance que la banque centrale devait rester concentrée sur son objectif de stabilité des prix et qu’elle avait encore du travail à accomplir si l’inflation sous-jacente ne progressait pas suffisamment rapidement vers 2 %. Pour le marché des métaux précieux, une inflation persistante constitue une donnée fondamentale à surveiller, car elle peut soutenir la demande d’actifs considérés comme des réserves de valeur lorsque la confiance dans la capacité des monnaies à conserver leur pouvoir d’achat se fragilise. Dans ce contexte, l’achat d’or physique contre l’inflation reste une stratégie étudiée par de nombreux investisseurs patrimoniaux.

Le véritable danger pourrait venir du marché obligataire américain

Il serait pourtant réducteur de regarder uniquement l’or pour comprendre ce qui se joue actuellement. Le véritable thermomètre de la confiance financière américaine se trouve aussi dans le marché obligataire. Les rendements du Trésor américain ont progressé après le discours de Warsh, notamment sur la partie courte de la courbe, alors que les investisseurs réévaluaient la probabilité d’un resserrement monétaire. Mais la question fondamentale concerne les taux longs : jusqu’à quel niveau le rendement des obligations américaines peut-il monter avant que le coût du financement de l’État ne devienne lui-même une contrainte majeure ? Kevin Warsh a justement souligné dans son discours l’importance des signaux fournis par les marchés, notamment par les prix et les volumes des Treasury, le dollar et les autres actifs financiers. Cette remarque est particulièrement intéressante car elle reconnaît implicitement que la Fed peut influencer les taux courts sans contrôler intégralement les taux longs. Or, pour un investisseur qui s’intéresse à l’achat d’or comme protection patrimoniale, c’est cette différence qui compte : lorsque le marché commence à exiger davantage de rendement pour financer une dette publique croissante, les métaux précieux peuvent redevenir particulièrement intéressants comme actifs ne dépendant pas directement de la solvabilité d’un émetteur.

La dette mondiale donne une dimension beaucoup plus large au problème

La question ne concerne d’ailleurs pas uniquement les États-Unis. Le Fonds monétaire international estimait dans son Fiscal Monitor d’avril 2026 que la dette publique mondiale avait atteint près de 94 % du PIB en 2025 et qu’elle pourrait atteindre 100 % du PIB mondial d’ici 2029. Le FMI souligne également les pressions exercées par les dépenses sociales, la défense, les investissements stratégiques et l’augmentation de la charge d’intérêts. Cette situation est importante pour comprendre le raisonnement derrière les métaux précieux. Si un seul pays était confronté à une dette excessive, le problème pourrait rester relativement localisé. Mais lorsque les principales économies mondiales doivent simultanément financer des déficits importants dans un environnement de taux élevés, le risque devient systémique. C’est également une des raisons pour lesquelles le dollar conserve une position particulière : même lorsque les États-Unis rencontrent leurs propres difficultés budgétaires, leurs actifs restent souvent considérés comme relativement sûrs par rapport à ceux d’autres économies. Cette situation peut néanmoins évoluer progressivement si les investisseurs cherchent davantage de diversification. Pour un épargnant, acheter de l’or et de l’argent physique peut alors constituer une manière de réduire partiellement son exposition aux risques liés aux dettes souveraines et au système financier, sans pour autant parier sur un effondrement imminent de l’économie mondiale.

Pourquoi une nouvelle vague d’achats d’or et d’argent reste possible

C’est ici que l’analyse de marché présentée dans la vidéo prend tout son sens. Malgré la correction provoquée par Jackson Hole, plusieurs facteurs peuvent alimenter une nouvelle phase d’accumulation. Le premier est la persistance des inquiétudes concernant l’inflation. Le deuxième est le niveau élevé de l’endettement public et privé. Le troisième est la multiplication des incertitudes géopolitiques et économiques. Le quatrième est la volonté croissante de certains investisseurs de diversifier leur patrimoine en dehors des actifs strictement financiers. Enfin, le cinquième facteur est la réaction même du marché : lorsque l’or chute rapidement après une hausse, certains investisseurs de long terme peuvent considérer cette correction comme une occasion de renforcer leurs positions plutôt que comme une raison de sortir définitivement du marché. Il faut cependant éviter toute certitude excessive. Une nouvelle vague d’achats ne signifie pas que les cours monteront immédiatement ni en ligne droite. L’histoire des métaux précieux montre au contraire que les marchés haussiers sont régulièrement interrompus par des corrections violentes. C’est pourquoi l’achat progressif d’or et d’argent peut être plus cohérent pour certains investisseurs que la recherche permanente du point d’entrée parfait.

Le mois d’août avait déjà montré que les investisseurs revenaient vers l’or

La correction du 28 août est d’autant plus intéressante que l’or venait de connaître une accélération au cours du mois. Le 24 août, Reuters rapportait que l’or avait atteint son niveau le plus élevé depuis la mi-mai, porté notamment par des achats techniques, un dollar plus faible et l’attente des données d’inflation ainsi que du discours de Jackson Hole. Le mouvement avait donc commencé avant même que Kevin Warsh ne prenne la parole. Cela signifie que la chute de vendredi doit être replacée dans un mouvement plus large de réévaluation des positions. Le marché avait acheté l’or en anticipation d’un environnement monétaire potentiellement plus favorable avant de vendre brutalement lorsque le président de la Fed a envoyé un message plus ferme. Ce type de séquence est caractéristique d’un marché où les positions spéculatives peuvent amplifier les mouvements. Pour l’investisseur physique, le raisonnement est différent : il ne s’agit pas nécessairement de réagir à chaque variation de quelques dizaines de dollars l’once, mais de déterminer quelle proportion de son patrimoine il souhaite consacrer à un actif tangible. Dans cette optique, l’achat d’or physique après une forte volatilité mérite d’être envisagé en fonction de l’horizon patrimonial plutôt que de la seule performance d’une journée.

L’argent pourrait offrir davantage de potentiel, mais aussi davantage de volatilité

L’argent mérite une analyse distincte car son marché ne fonctionne pas exactement comme celui de l’or. Le métal blanc possède une dimension monétaire et financière, mais il est également fortement utilisé dans l’industrie. Sa demande dépend donc de l’investissement, de la joaillerie, de la fabrication industrielle, des technologies et de l’évolution de l’offre minière. Cette double nature explique pourquoi l’argent peut connaître des mouvements beaucoup plus violents que l’or. Lorsque les investisseurs reviennent sur les métaux précieux, l’argent peut accélérer rapidement ; lorsque les marchés cherchent à réduire leur risque, il peut également corriger de manière disproportionnée. La baisse d’environ 3,5 % observée le 28 août illustre cette sensibilité. Cela ne signifie pas nécessairement que la tendance de fond est invalidée, mais cela rappelle qu’un investissement en argent physique nécessite d’accepter une volatilité supérieure. Pour celui qui souhaite diversifier son exposition aux métaux précieux, acheter de l’argent physique peut donc compléter une stratégie centrée sur l’or, à condition d’intégrer cette différence de comportement dans la gestion du risque.

Le marché physique indien confirme que la demande n’a pas disparu

L’Inde constitue également un indicateur particulièrement intéressant. Après deux mois de faiblesse, les importations d’or ont fortement rebondi en juillet 2026. Selon le World Gold Council, leur valeur a atteint environ 4,16 milliards de dollars, contre 1,97 milliard en juin, tandis que les volumes étaient estimés entre 40 et 45 tonnes, contre environ 20 tonnes le mois précédent. Ce redressement suggère que la demande physique peut rapidement revenir lorsque les conditions de marché deviennent plus favorables et que les acteurs de la chaîne d’approvisionnement reconstituent leurs stocks. Le World Gold Council souligne toutefois que le marché indien reste sensible aux prix élevés, aux mesures fiscales et à l’évolution de l’offre issue du recyclage. Il ne faut donc pas transformer ce rebond en promesse automatique d’une explosion de la demande mondiale. En revanche, il démontre que les consommateurs et les professionnels asiatiques continuent de jouer un rôle majeur dans l’équilibre du marché. Pour les investisseurs européens qui suivent le marché de l’or physique, cette demande asiatique constitue un élément fondamental à surveiller car elle apporte une profondeur supplémentaire au marché mondial.

La Chine continue de renforcer la place de l’or dans son système financier

La Chine constitue l’autre grande pièce du puzzle asiatique. L’intérêt chinois pour l’or ne se limite pas aux achats de bijoux ou aux lingots détenus par les particuliers : il concerne également les produits financiers, les infrastructures de marché et les mécanismes de règlement. Le World Gold Council a notamment relevé au cours de l’été 2026 une dynamique positive des ETF chinois adossés à l’or, tandis que Hong Kong développe progressivement ses infrastructures liées au stockage, au raffinage, à la compensation et au règlement du métal précieux. Il serait excessif d’interpréter chacune de ces initiatives comme la preuve d’une rupture imminente avec le dollar. La réalité est beaucoup plus progressive. La Chine et les autres acteurs asiatiques cherchent surtout à disposer de marchés de l’or plus développés, plus liquides et mieux intégrés à leurs infrastructures financières. Cette évolution peut néanmoins avoir une conséquence importante à long terme : plus les marchés asiatiques deviennent capables d’attirer, de stocker, de négocier et de régler de grandes quantités d’or, plus le métal jaune peut prendre une place importante dans l’architecture financière internationale. Dans ce contexte, l’achat d’or et d’argent physique s’inscrit dans une tendance internationale qui dépasse largement la politique monétaire américaine.

Pourquoi il faut se méfier des promesses spectaculaires sur l’or

Le contexte actuel est également propice à la désinformation. Lorsque l’or et l’argent connaissent une forte hausse, les discours extrêmement optimistes se multiplient : certains annoncent des cours impossibles à justifier, d’autres prédisent l’effondrement imminent du dollar ou affirment que la disparition du système financier actuel serait déjà programmée. Une approche sérieuse doit au contraire accepter l’incertitude. L’or peut monter pour certaines raisons et baisser brutalement pour d’autres. Les taux réels, le dollar, les achats des banques centrales, les flux d’ETF, la demande physique, la production minière et les événements géopolitiques interagissent en permanence. La correction du 28 août constitue précisément une démonstration de cette complexité : quelques mots du président de la Fed ont suffi à modifier les anticipations de taux et à provoquer une importante vague de ventes. Pour un épargnant, le meilleur antidote aux promesses excessives reste donc une stratégie compréhensible, diversifiée et proportionnée à ses objectifs. Si une personne choisit d’acheter de l’or ou de l’argent, elle doit surtout comprendre ce qu’elle achète, pourquoi elle le détient et pendant combien de temps elle accepte de conserver sa position.

La Fed contrôle-t-elle vraiment le prix de l’or ?

La réponse est plus nuancée qu’un simple oui ou non. La Fed exerce une influence considérable sur les métaux précieux parce qu’elle agit sur les taux courts, les conditions financières, les anticipations monétaires et, indirectement, sur le dollar. Mais elle ne contrôle pas tous les facteurs qui déterminent le prix de l’or et de l’argent. Elle ne décide pas de la quantité d’or produite par les mines, de la demande de bijoux en Inde, des achats d’or en Chine, des réserves des banques centrales, des flux vers les ETF, de la demande industrielle d’argent ou des décisions des investisseurs internationaux. Kevin Warsh a d’ailleurs insisté sur l’importance des informations fournies par les marchés eux-mêmes et sur la nécessité pour la Fed de ne pas devenir prisonnière d’un système dans lequel les investisseurs cherchent uniquement à anticiper sa prochaine décision. Cela représente un changement important de philosophie. Si la banque centrale veut réellement réduire sa dépendance à la forward guidance, les marchés devront analyser davantage les données économiques en temps réel. Cette situation pourrait accroître la volatilité du prix de l’or et de l’argent au fil des prochaines publications économiques.

Le point essentiel : la correction n’annule pas nécessairement la tendance de fond

Il faut donc éviter l’erreur classique qui consiste à confondre une correction avec un retournement définitif. L’or peut perdre plusieurs points de pourcentage en quelques heures sans que les facteurs structurels qui soutiennent sa demande disparaissent. L’histoire récente des métaux précieux démontre d’ailleurs que les phases de hausse sont rarement linéaires. Le World Gold Council rappelle que la demande mondiale est répartie entre les banques centrales, l’investissement, les ETF, les lingots, les pièces, la joaillerie et différents usages technologiques. Cette diversification de la demande donne au marché une structure différente de celle d’un actif reposant sur un seul moteur. Les chiffres du premier semestre 2026 montrent d’ailleurs que la demande mondiale d’or est restée importante malgré le ralentissement du deuxième trimestre : le World Gold Council estime la demande du premier semestre à environ 2 522 tonnes, en hausse de 2 % sur un an, pour une valeur estimée à 380 milliards de dollars. Le marché reste donc suffisamment profond pour que les mouvements spéculatifs à court terme ne soient pas automatiquement interprétés comme une rupture fondamentale. Pour l’épargnant qui privilégie l’achat d’or physique sur le long terme, la véritable question est davantage celle de l’allocation patrimoniale que celle de la prochaine variation quotidienne.

Quels indicateurs surveiller après Jackson Hole ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si la correction du 28 août n’était qu’un épisode de volatilité ou le début d’une phase plus durable de consolidation. Le premier indicateur sera évidemment l’inflation américaine, et notamment le PCE, puisque la Fed a clairement confirmé que son objectif de 2 % demeurait central. Le deuxième sera l’emploi : une détérioration suffisamment marquée du marché du travail pourrait limiter la capacité de la banque centrale à maintenir une politique très restrictive. Le troisième indicateur sera le rendement du Treasury américain à dix ans, qui permettra de mesurer la pression exercée par le marché obligataire. Le quatrième sera le dollar, dont une nouvelle appréciation pourrait peser sur l’or. Il faudra également surveiller les flux vers les ETF, les achats des banques centrales, les importations indiennes, la demande chinoise et l’évolution du marché de l’argent. Enfin, les investisseurs devront observer la réaction des marchés aux prochaines déclarations de Kevin Warsh. Si la Fed reste ferme alors que la croissance ralentit, le marché pourrait rapidement recommencer à se demander combien de temps cette combinaison est soutenable. Dans ce contexte, un achat d’or ou d’argent progressif peut être étudié comme une stratégie de diversification plutôt que comme une tentative de prévoir parfaitement la prochaine décision de politique monétaire.

Une nouvelle vague d’achats pourrait-elle se produire entre la fin de 2026 et 2027 ?

C’est probablement la question la plus intéressante soulevée par l’analyse de CPM Group. Le scénario d’une nouvelle vague d’achats ne repose pas nécessairement sur l’idée que l’or doit immédiatement battre un nouveau record. Il repose plutôt sur la possibilité que plusieurs facteurs se renforcent mutuellement au cours des prochains mois : inquiétudes budgétaires américaines, dette mondiale élevée, inflation persistante, incertitudes géopolitiques, diversification internationale et demande physique asiatique. Si les investisseurs commencent à considérer que les taux élevés ne peuvent pas être maintenus indéfiniment sans créer de nouvelles tensions économiques ou budgétaires, ils pourraient progressivement revenir vers les métaux précieux. C’est là que le scénario devient particulièrement intéressant : la même politique monétaire qui fait actuellement baisser l’or pourrait, si elle provoque suffisamment de tensions, contribuer indirectement à renforcer son attrait à plus long terme. Rien ne garantit évidemment que ce scénario se réalisera. Les métaux précieux peuvent rester volatils, connaître de nouvelles corrections ou évoluer latéralement pendant plusieurs mois. Mais la combinaison actuelle de facteurs justifie que le marché soit surveillé avec attention. Pour les investisseurs convaincus par une logique patrimoniale de long terme, l’achat d’or et d’argent physique en plusieurs étapes peut précisément permettre de ne pas dépendre d’un seul point d’entrée.

Or physique ou spéculation à court terme : deux stratégies complètement différentes

La correction de Jackson Hole rappelle enfin une distinction fondamentale : détenir de l’or physique et spéculer sur le cours de l’or sont deux démarches très différentes. Un trader qui achète un contrat sur l’or avec un horizon de quelques jours doit se préoccuper presque immédiatement du dollar, des taux, des statistiques d’inflation et des positions spéculatives. Un épargnant qui détient des pièces ou des lingots dans une logique patrimoniale raisonne sur plusieurs années et cherche davantage à diversifier son patrimoine qu’à battre le marché chaque semaine. Cette différence de perspective change complètement la manière d’interpréter une séance comme celle du 28 août. Pour le trader, une chute de plus de 3 % représente un événement majeur. Pour un détenteur de métal physique qui raisonne sur dix ou quinze ans, elle peut n’être qu’une correction parmi de nombreuses autres. Cela ne signifie pas que l’or physique est sans risque : son prix peut fortement fluctuer, son stockage a un coût et sa liquidité dépend des conditions de marché et du produit détenu. Mais l’objectif n’est pas identique. Dans cette perspective, acheter de l’or physique et de l’argent physique doit être considéré comme une décision patrimoniale qui nécessite une réflexion sur la diversification, l’horizon de placement et la tolérance au risque.

Conclusion : Jackson Hole pourrait avoir déclenché bien plus qu’une simple correction de l’or

Le message envoyé par Jackson Hole est finalement beaucoup plus complexe que la simple baisse spectaculaire de l’or et de l’argent. Kevin Warsh vient de rappeler que la Fed considère toujours la lutte contre l’inflation comme une priorité et qu’elle refuse désormais de promettre à l’avance la trajectoire exacte de ses taux. Les marchés ont immédiatement réagi en intégrant une probabilité plus élevée de resserrement monétaire, ce qui a renforcé le dollar et les rendements obligataires tout en exerçant une forte pression sur les métaux précieux. Mais cette victoire de court terme de la politique monétaire américaine ne règle aucune des questions structurelles qui préoccupent les investisseurs : dette publique élevée, déficits persistants, charge d’intérêts, croissance moins dynamique, inflation supérieure à l’objectif et endettement mondial considérable. Dans le même temps, la demande physique asiatique continue de jouer un rôle majeur et les infrastructures liées à l’or se développent progressivement en Asie. La conclusion la plus raisonnable n’est donc ni que l’or va forcément exploser, ni qu’il vient de terminer son cycle haussier. Elle est beaucoup plus simple : la volatilité risque de rester élevée et les investisseurs devront distinguer les mouvements provoqués par les anticipations de taux des tendances structurelles qui déterminent la demande de long terme. C’est précisément pourquoi découvrir les possibilités d’achat d’or et d’argent peut s’inscrire dans une réflexion patrimoniale plus large, plutôt que dans une tentative de prédire la prochaine séance de marché.

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