Le marché de l’or entre dans une phase radicalement nouvelle : les grands pays producteurs asiatiques ne veulent plus laisser leur métal partir à l’étranger pour être raffiné, tandis que les banques centrales continuent d’absorber des volumes considérables. Cette double pression, à la fois sur l’offre disponible à l’international et sur la demande institutionnelle, crée selon l’analyse un risque majeur de raréfaction de l’or sur les marchés occidentaux dès 2027. Pour les investisseurs particuliers, cela signifie qu’attendre un retour des cours vers des niveaux bas pourrait devenir une erreur stratégique, alors qu’il reste possible de se constituer progressivement une exposition au métal physique via l’achat de pièces d’or.
Le scénario est simple, mais ses conséquences sont considérables : si moins d’or arrive sur le marché mondial alors que les États, les banques centrales et les investisseurs privés continuent d’en acheter, le déséquilibre entre offre et demande ne peut que se durcir. L’année dernière, des tensions d’approvisionnement avaient déjà été observées dans certains pays asiatiques, où des particuliers ont eu du mal à se procurer de l’argent métal, voire de l’or. Si ce phénomène touche désormais les États producteurs eux-mêmes, la pression sur les stocks disponibles pour les raffineries occidentales et les places financières comme Londres ou New York pourrait devenir beaucoup plus intense. Dans ce contexte, les lingots d’or retrouvent leur rôle de réserve de valeur tangible, difficile à remplacer par de simples promesses papier.
Le point de départ de cette analyse repose sur un article de ZeroHedge publié le 6 octobre 2026, qui s’appuie notamment sur un reportage de Nikkei Asia. Il y est expliqué que les pays asiatiques producteurs d’or cherchent désormais à éviter d’exporter leur production pour raffinage à l’étranger. Ils veulent développer leurs propres capacités de raffinage, conserver la valeur ajoutée sur leur territoire et, surtout, diriger une part croissante de l’or produit vers les réserves de leurs banques centrales. Cette évolution change la géographie historique du marché : pendant des décennies, le métal extrait en Asie, en Afrique ou en Amérique latine alimentait les raffineries suisses, puis les coffres et les marchés occidentaux. Désormais, la logique s’inverse, et les investisseurs qui souhaitent sécuriser une partie de leur patrimoine peuvent se tourner vers le 20 francs Napoléon tête nue, une pièce historique recherchée pour sa liquidité et son format accessible.
Le Laos illustre parfaitement cette nouvelle doctrine. Le pays a produit environ 12 tonnes d’or en 2025, une production qui partait souvent à l’étranger pour être transformée. Or, depuis 2024, le gouvernement a mis en place la Lao Bullion Bank, une structure destinée à développer le raffinage domestique, à organiser un marché national de confiance et à accroître la part de l’or dans les réserves de change du pays. L’objectif affiché est clair : garder sur place une plus grande partie de la production, afin que la richesse minière ne profite pas uniquement aux raffineurs et aux places financières étrangères. Pour un épargnant, ce type de bascule rappelle que l’or n’est pas seulement un actif financier : c’est aussi une réserve souveraine, ce qui renforce l’intérêt de détenir physiquement du métal, par exemple avec des pièces d’or investissement.
L’Indonésie pousse encore plus loin cette stratégie. Dixième producteur mondial, le pays extrait plus de 100 tonnes d’or par an, mais il a décidé de taxer les exportations d’or jusqu’à 15% à partir de 2026. Cette mesure a une conséquence directe : elle rend l’envoi du métal à l’étranger moins intéressant et encourage les acteurs locaux à raffiner, à stocker et à vendre leur production sur le marché intérieur. En d’autres termes, l’État ne cherche pas seulement à capter davantage de recettes fiscales : il cherche à retenir physiquement une ressource stratégique sur son sol. Lorsqu’un producteur majeur choisit de freiner volontairement les sorties de son or, cela réduit mécaniquement le flux disponible pour les acheteurs internationaux, ce qui peut soutenir les cours à plus long terme. C’est précisément ce type de tension qui rend pertinent un achat régulier et réfléchi, notamment via l’acquisition de lingots d’or.
La Chine constitue l’autre pilier de ce bouleversement. Le pays produit chaque année entre 300 et 380 tonnes d’or, mais une part très faible de cette production quitte le territoire. Pire encore pour les marchés occidentaux, la Chine importe également massivement : selon les éléments repris dans l’analyse, les importations auraient pu atteindre jusqu’à 1 000 tonnes en 2026, avec près de 997 tonnes entre janvier et juillet, soit une progression d’environ 80% sur un an, avant 142 tonnes supplémentaires au mois d’août. La règle implicite est de plus en plus évidente : l’or doit rester en Chine, alimentant les réserves officielles, les achats des ménages et le système financier domestique. Dans un marché où la demande asiatique aspire une part croissante du métal mondial, les investisseurs européens ont intérêt à réfléchir dès maintenant à leur exposition, par exemple avec l’achat de pièces d’or.
Des banques centrales qui ne veulent plus du dollar
Ce mouvement de rétention de l’or par les producteurs s’inscrit dans une tendance bien plus large : la dédollarisation progressive des réserves internationales. Selon des données citées par Société Générale et reprises dans l’analyse, la part du dollar dans les réserves de change mondiales serait descendue à environ 57% en 2025, soit plus de cinq points de moins qu’en 2022. Ce recul peut sembler lent, mais il est structurel : il traduit une perte de confiance progressive dans la capacité des États-Unis à préserver la valeur de leur dette et la stabilité de leur monnaie sur le très long terme. Les banques centrales ne font pas de la spéculation à court terme : elles anticipent des décennies d’instabilité géopolitique, de déficits publics et de conflits monétaires.
Le Conseil mondial de l’or confirme l’ampleur de ce basculement. Dans son enquête 2026 auprès des gestionnaires de réserves, 89% des répondants estiment que les avoirs mondiaux en or des banques centrales continueront d’augmenter au cours des douze prochains mois, tandis que 45% déclarent vouloir accroître leurs propres réserves, un record depuis 2019. Surtout, 74% des répondants anticipent une baisse de la part du dollar dans les réserves mondiales d’ici cinq ans. Autrement dit, les institutions qui gèrent les réserves des États ne considèrent plus l’or comme un actif secondaire : elles le voient comme le pilier de la diversification face à un système dollar de moins en moins hégémonique.
Les chiffres récents donnent une mesure concrète de cette frénésie. Au deuxième trimestre 2026, les banques centrales auraient acheté environ 289 tonnes d’or, soit une hausse de 62% sur un an et le meilleur deuxième trimestre jamais enregistré. La Banque populaire de Chine a ajouté 20,2 tonnes à ses réserves en août, portant ses achats cumulés à 80,2 tonnes entre janvier et août 2026, après 22 mois consécutifs d’achats nets. La Pologne reste en tête des acheteurs officiels avec 97,8 tonnes sur les huit premiers mois de l’année, tandis que l’Ouzbékistan et le Kazakhstan poursuivent également leurs accumulations. Ce ne sont plus des achats ponctuels : c’est une course organisée vers la souveraineté monétaire.
La Chine achète dès que les cours baissent
L’un des enseignements les plus importants de cette analyse est le comportement de la Chine face aux corrections. Lorsque les cours étaient très élevés au début de 2026, la Banque populaire de Chine achetait en moyenne entre 20 et 30 tonnes par mois. Mais dès que les prix ont reculé, les achats se sont intensifiés, avec des volumes qui se sont rapprochés de 100 tonnes mensuelles. Cette stratégie est celle d’un acheteur institutionnel de très long terme : elle ne cherche pas le meilleur prix d’entrée à la journée, elle cherche à convertir progressivement des dollars et des bons du Trésor américain en un actif qu’aucun pays étranger ne peut geler ou imprimer.
Selon l’estimation reprise dans l’analyse, les achats moyens des banques centrales seraient passés d’environ 17 tonnes par mois avant 2022 à environ 91 tonnes par mois aujourd’hui. Goldman Sachs évalue pour sa part la demande officielle à environ 90 tonnes mensuelles, très loin de la moyenne d’avant 2022, et en fait le principal moteur de sa trajectoire haussière pour l’or. La banque d’investissement estime que cette demande des banques centrales contribuerait à près de 23% de la hausse attendue du métal d’ici la fin 2027. Lorsqu’un actif bénéficie d’un acheteur aussi constant, peu sensible au prix et motivé par des considérations géopolitiques, les corrections deviennent des fenêtres d’achat plutôt que des signaux de sortie.
Les ETF ont raté le mouvement, mais pourraient revenir
Pendant que les banques centrales achetaient, une partie des fonds ETF adossés à l’or a hésité, voire vendu, en se laissant guider par le discours sur la remontée des taux d’intérêt américains. L’idée était simple : si les taux montent, le coût d’opportunité de détenir de l’or augmente, puisque le métal ne verse ni coupon ni dividende. Certains gestionnaires ont donc anticipé une baisse des cours, tandis que les investisseurs particuliers attendaient un retour vers des niveaux antérieurs. Mais cette lecture ignore le moteur réel du marché : lorsque les banques centrales absorbent des centaines de tonnes, la pression acheteuse devient structurelle et ne dépend plus seulement des taux américains.
Pourtant, les flux ETF peuvent changer très vite. Fin 2025, il aurait suffi d’une demande relativement modeste de certains fonds pour contribuer à une forte accélération des cours, qui auraient atteint 5 600 dollars l’once selon l’analyse. Les données récentes montrent d’ailleurs que les avoirs mondiaux des ETF or ont atteint un record de 4 256 tonnes, avec des entrées nettes de 120 tonnes en août et 67 tonnes en septembre, malgré la correction récente. Si ces fonds reviennent massivement en 2027 alors que l’offre physique internationale se contracte, l’effet sur les prix pourrait être amplifié. Dans un marché déjà tendu, chaque tonne achetée par un ETF, une banque centrale ou un particulier en accumulation programmée pèse davantage qu’auparavant.
Quand l’offre se raréfie, chaque achat compte
C’est ici que le raisonnement devient particulièrement puissant. Les prévisions de Goldman Sachs, qui tablent sur 4 650 dollars l’once à la fin de 2026 et 5 400 dollars à la fin de 2027, reposent sur l’hypothèse qu’une partie de l’or continue malgré tout d’arriver sur les marchés internationaux, notamment via les raffineries suisses et les places de négociation occidentales. Mais si les pays producteurs réduisent durablement leurs exportations, si la Chine continue d’importer massivement et si les banques centrales d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique latine achètent leur production locale, cette hypothèse peut voler en éclats. Le marché ne manquerait pas seulement d’acheteurs : il manquerait surtout de métal réellement disponible.
Dans ce contexte, les achats des particuliers ne sont plus anecdotiques. Un investisseur qui met en place un plan d’achat régulier, en acquérant chaque mois quelques grammes ou quelques pièces, participe à une demande qui rencontre une offre de plus en plus captée par les États. Les pays comme Madagascar, qui achète désormais son or localement, ou le Ghana, qui cherche à mieux contrôler ses circuits d’approvisionnement, montrent que cette logique ne se limite pas aux grandes puissances asiatiques. Plus les États conservent leur production, plus les stocks accessibles aux investisseurs occidentaux se resserrent, et plus le prix nécessaire pour attirer le métal sur le marché devient élevé.
2027 : l’année du choc entre offre contrainte et demande souveraine
L’année 2027 pourrait donc marquer la confrontation entre deux forces difficilement compatibles. D’un côté, une demande officielle qui reste massive, portée par la dédollarisation, la méfiance envers les bons du Trésor américain et la volonté des États de se protéger des sanctions financières. De l’autre, une offre internationale potentiellement plus faible, car les producteurs veulent raffiner chez eux, taxer les exportations, acheter leur production locale et renforcer leurs réserves nationales. Cette configuration ne ressemble pas à une bulle spéculative classique : elle ressemble à une transition structurelle du marché de l’or, où le métal redevient un instrument de puissance étatique.
Les scénarios haussiers deviennent alors beaucoup plus crédibles. Si les fonds ETF reviennent, si les investisseurs particuliers poursuivent leurs achats réguliers et si les banques centrales maintiennent un rythme proche de 90 tonnes mensuelles, l’analyse évoque la possibilité de dépasser 6 000 dollars l’once dès le milieu de 2027. Goldman Sachs conserve pour sa part une cible de 5 400 dollars à la fin de 2027, tandis que JPMorgan évoque environ 6 300 dollars. Ces projections ne sont pas des certitudes, mais elles montrent que le consensus professionnel ne considère plus les niveaux actuels comme un plafond : ils sont de plus en plus perçus comme un plancher défendu par la demande souveraine.
La dette américaine, le vrai déclencheur
Derrière la question de l’or se cache celle de la soutenabilité de la dette américaine. Les déficits publics américains restent considérables, et l’analyse évoque un déficit budgétaire qui pourrait atteindre 6,5%, voire 7% du PIB selon les circonstances. Tant que cette trajectoire se poursuit, la tentation politique sera forte de maintenir des taux réels bas, de faciliter le refinancement de la dette et de laisser l’inflation réduire progressivement le poids réel des engagements publics. Or, l’or est historiquement l’actif qui profite le plus lorsque la confiance dans la monnaie fiduciaire s’érode.
Le message central est donc sans ambiguïté : les banques centrales ne disent pas seulement qu’elles achètent de l’or, elles le font. Elles réduisent leur dépendance au dollar, elles se détournent progressivement des bons du Trésor américain et elles considèrent le métal jaune comme la seule réserve réellement neutre. Lorsque les États producteurs rejoignent ce mouvement en retenant leur production chez eux, ils ne font pas que protéger leur souveraineté : ils retirent aussi des tonnes d’or du circuit international. Pour l’épargnant, cela signifie que l’attente d’un effondrement durable des cours pourrait se payer très cher.
Conclusion : un marché qui change de nature
La thèse est claire : la raréfaction de l’offre d’or en 2027 ne serait pas un événement marginal, mais le deuxième acte de la dédollarisation. Les pays producteurs retiennent leur métal, les banques centrales achètent à un rythme sans précédent depuis 2022, la Chine importe massivement et les ETF pourraient revenir sur le marché après avoir sous-estimé la force de la demande officielle. Dans un tel environnement, l’or cesse d’être un simple actif de diversification pour redevenir ce qu’il a toujours été dans les périodes de crise monétaire : une réserve de valeur souveraine, physique et non reproductible.
Pour les investisseurs particuliers, la stratégie évoquée consiste à rester discipliné, à poursuivre un plan d’accumulation régulier et à privilégier le métal physique plutôt que de tenter de deviner les mouvements à court terme. Les corrections peuvent être brutales, mais elles ont jusqu’ici surtout permis aux acheteurs institutionnels les plus déterminés de renforcer leurs positions. Si l’offre internationale continue de se contracter alors que la demande des banques centrales reste élevée, le marché de l’or pourrait connaître en 2027 une tension sans équivalent récent, avec des conséquences directes sur les prix.