« Notre système monétaire ne peut pas survivre. » Cette phrase, formulée sans détour par Yorick de Mombynes, résume l’alarme centrale de son analyse : le régime monétaire fondé sur les monnaies fiat, c’est-à-dire des monnaies créées sans limite physique et adossées à la confiance dans les États et les banques centrales, serait structurellement condamné à long terme. Selon lui, la multiplication de la dette souveraine, l’explosion des masses monétaires et la tentation permanente de financer les déficits par la création monétaire mènent inévitablement à une perte de valeur de la monnaie. Dans ce contexte, l’or redevient une protection recherchée, comme le montre l’intérêt durable des banques centrales pour le métal jaune, et les pièces d’or historiques telles que le 20 francs Napoléon tête nue constituent une porte d’entrée concrète vers cette protection patrimoniale.
Yorick de Mombynes ne parle pas d’une simple crise conjoncturelle, mais d’une faille de conception. Pour lui, dès qu’une monnaie peut être créée sans coût et sans effort, ceux qui en ont le monopole finissent par en produire trop. La conséquence serait mécanique : la monnaie se dévalue, la confiance s’érode, puis la population cherche progressivement à s’en protéger, même lorsque l’usage de cette monnaie reste imposé par la loi. Il affirme que ce schéma s’est toujours reproduit lorsque des sociétés ont expérimenté des monnaies fiat. C’est précisément cette logique qui explique, selon lui, pourquoi les particuliers comme les institutions regardent de nouveau vers les actifs réels, et pourquoi acheter des pièces d’or apparaît comme une réponse directe à la dévaluation monétaire.
Le régime actuel, daté selon lui de 1971, lorsque le dollar a définitivement cessé d’être convertible en or, serait donc intenable à très long terme. Yorick de Mombynes ne prétend pas connaître la date du basculement, ni affirmer qu’un effondrement brutal interviendra demain. Son pronostic est plus large : le système fiat ne pourra pas survivre indéfiniment, et les populations finiront par adopter d’autres formes de monnaie, que les États le veuillent ou non. Il cite l’or et Bitcoin comme les deux grandes alternatives possibles. Pour l’épargnant, cette perspective transforme l’or en un sujet de première urgence, notamment à travers l’achat de lingots d’or, format privilégié pour constituer une réserve de valeur physique.
La défiance ne viserait pas seulement le dollar, mais l’ensemble des monnaies fiat. Yorick de Mombynes distingue clairement les deux phénomènes : le dollar conserve une inertie considérable et ne serait pas prêt de s’effondrer immédiatement, mais la défiance envers les monnaies étatiques en général progresse davantage. Les masses monétaires ont explosé, les dettes souveraines ont atteint des niveaux considérables et l’endettement privé s’est également envolé. Cette accumulation simultanée traduirait un problème profond du régime financier mondial. Les banques centrales elles-mêmes, tout en défendant officiellement un système dans lequel l’or n’a plus de rôle monétaire, continuent d’acheter et de rapatrier du métal. Face à cette contradiction, les pièces d’or restent l’un des moyens les plus accessibles pour diversifier une épargne exposée au risque monétaire.
Les chiffres récents donnent un écho particulier à cette analyse. Le Fonds monétaire international indique que la dette publique mondiale a atteint près de 94 % du PIB en 2025 et devrait atteindre 100 % du PIB d’ici 2029, un niveau déjà observé après la Seconde Guerre mondiale. Le FMI souligne également que la dette mondiale « à risque » pourrait approcher 117 % du PIB dans trois ans selon son scénario défavorable. Ces données ne prouvent pas à elles seules un effondrement imminent, mais elles confirment la trajectoire décrite par Yorick de Mombynes : des États de plus en plus endettés, des marges budgétaires réduites et une pression croissante sur la valeur réelle des monnaies. Dans un tel environnement, le 20 francs Napoléon tête nue incarne une forme d’or monétaire et historique, directement liée à la mémoire des crises financières passées.
Le marché de l’or confirme aussi cette bascule. En 2025, la demande mondiale d’or a atteint 5 002 tonnes, un record historique selon le World Gold Council. Les banques centrales ont acheté 863,3 tonnes d’or sur l’année, soit moins qu’en 2024, mais un niveau encore très supérieur à la moyenne annuelle de 473 tonnes enregistrée entre 2010 et 2021. La Pologne a été le premier acheteur officiel avec 102 tonnes, tandis que la Chine a annoncé une hausse de 27 tonnes de ses réserves. Le World Gold Council estime que l’incertitude économique et géopolitique devrait continuer à soutenir la demande d’or comme actif de réserve. Pour un particulier, cette dynamique institutionnelle renforce l’idée que les pièces d’or ne sont pas un simple objet de collection, mais un actif de réserve recherché par les États eux-mêmes.
Pourquoi les monnaies fiat seraient mortelles
Yorick de Mombynes part d’un principe simple : une monnaie doit d’abord faciliter les échanges. Elle est née, selon lui, de l’expérience humaine et non d’une invention étatique. Son rôle essentiel est de permettre un échange indirect, de remplacer le troc et d’offrir un référentiel commun pour fixer les prix. Or, lorsque l’État s’arroge le monopole de la création monétaire, il ajoute à cette fonction première d’autres objectifs : piloter l’activité économique, financer les déficits, redistribuer, soutenir l’emploi ou répondre aux crises. Pour Yorick de Mombynes, cette surcharge finit par perturber la fonction originelle de la monnaie. En manipulant sa quantité, les autorités altèrent sa valeur, brouillent le signal des prix et fragilisent la confiance.
Son raisonnement est sans appel : dès qu’une monnaie peut être créée sans coût, le producteur de monnaie abuse de cette facilité. Il en crée trop, la monnaie perd de la valeur, puis la population finit par la rejeter. Yorick de Mombynes affirme que ce mécanisme s’est toujours produit dans les expériences de monnaie fiat. Il ne s’agit donc pas, dans son analyse, d’un accident de gestion, mais d’une tendance inhérente au système. La monnaie devient un instrument politique, et cette politisation ouvre la voie à des décisions qui privilégient le financement de l’État à court terme plutôt que la préservation du pouvoir d’achat à long terme.
Il précise toutefois qu’un effondrement du régime fiat ne signifie pas nécessairement un effondrement de la civilisation occidentale. Les populations trouveraient d’autres moyens d’échange, même si les États cherchaient à les en empêcher. L’or serait l’une de ces solutions, parce qu’il possède une histoire monétaire millénaire et qu’il ne peut pas être créé à volonté. Bitcoin serait l’autre, parce qu’il offre une forme de monnaie numérique à émission limitée, indépendante du contrôle direct des banques centrales. Cette double alternative structure toute la réflexion de Yorick de Mombynes : face à une monnaie dévaluée, les individus chercheront ce qui ne peut pas être imprimé.
Dette souveraine : le point de rupture approche
Le cœur du danger identifié par Yorick de Mombynes réside dans la dette. Les États empruntent massivement, les taux d’intérêt peuvent augmenter lorsque les marchés doutent de leur capacité à rembourser, et le coût du service de la dette devient alors de plus en plus difficile à supporter. Il observe que cette situation se manifeste déjà sur les obligations à dix ans aux États-Unis et en Europe. À court terme, une hausse des taux peut peser sur les cryptomonnaies, car elle peut provoquer des crises de liquidité et pousser les investisseurs à vendre des actifs risqués. Mais à long terme, il ne voit pas comment les États pourraient éviter la monétisation de la dette.
La monétisation de la dette désigne un mécanisme par lequel les banques centrales facilitent la création monétaire afin d’alléger, en termes réels, le poids des dettes publiques. Autrement dit, l’État ne fait pas officiellement défaut : il rembourse avec une monnaie progressivement moins valuable. Pour Yorick de Mombynes, ce scénario serait relativement « paisible », mais il aurait une conséquence majeure : l’érosion continue du pouvoir d’achat. Les épargnants ne verraient pas nécessairement une faillite spectaculaire de l’État, mais ils verraient leur argent acheter moins de biens, de services, de logements et d’actifs réels au fil du temps.
Le scénario le plus brutal serait celui d’une crise soudaine. Yorick de Mombynes évoque des hausses d’impôts, des contrôles des capitaux, une répression monétaire et, dans certains pays, des épisodes d’hyperinflation. Il rappelle que l’hyperinflation n’est pas une hypothèse abstraite : le Venezuela, le Zimbabwe et l’Argentine en ont connu. L’Occident n’en a pas connu depuis 1971, mais il refuse d’en tirer la conclusion qu’elle est impossible dans les décennies à venir. Au contraire, il estime que les tendances actuelles pourraient mener vers une forme d’hyperinflation dans certaines régions ou à certaines époques, si la pression budgétaire et monétaire devient insoutenable.
Les banques centrales achètent de l’or tout en le disant inutile
L’un des éléments les plus frappants de l’analyse de Yorick de Mombynes concerne le comportement des banques centrales. Officiellement, dans un système fiat, l’or ne sert plus à rien : les monnaies ne sont plus adossées au métal jaune. En théorie, les banques centrales n’auraient donc aucune raison de détenir de l’or. Pourtant, elles continuent d’en acheter, d’en conserver et, dans certains cas, d’en rapatrier. Cette contradiction est au centre de son argumentation : si l’or était réellement devenu une relique du passé, pourquoi les institutions monétaires les plus puissantes continueraient-elles à l’accumuler ?
Les données récentes donnent du poids à cette observation. Le World Gold Council rapporte que les banques centrales et institutions officielles ont acheté 863,3 tonnes d’or en 2025. Ce total est inférieur aux 1 092,4 tonnes de 2024, mais il reste très au-dessus des standards historiques. Les achats ont même rebondi au quatrième trimestre 2025, avec 230 tonnes, soit une hausse de 6 % par rapport au trimestre précédent. La Banque nationale de Pologne a ajouté 102 tonnes, la Banque populaire de Chine 27 tonnes, et le World Gold Council anticipe une poursuite de cette tendance en 2026 en raison de l’incertitude économique et géopolitique.
Yorick de Mombynes n’affirme pas savoir quel rôle exact jouera l’or dans un futur système monétaire. Il ne prédit pas non plus l’effondrement immédiat du dollar. Son constat est plus fondamental : l’or est perçu comme une protection contre le risque monétaire, y compris par ceux qui gèrent les réserves officielles. Certains imaginent même qu’il pourrait retrouver un rôle monétaire à l’avenir, éventuellement dans une stratégie portée par la Chine. Cette hypothèse reste incertaine, mais elle explique pourquoi l’or retrouve une place centrale dans les débats sur la reconstruction d’un ordre monétaire plus solide.
Bitcoin : étalon monétaire ou monnaie de remplacement ?
Face à l’or, Yorick de Mombynes voit dans Bitcoin une alternative radicale. Il envisage deux scénarios. Dans le premier, Bitcoin servirait d’étalon à des monnaies adossées à lui, qu’il s’agisse des monnaies fiat existantes ou de nouvelles monnaies créées pour l’occasion. Dans le second, Bitcoin remplacerait directement les autres monnaies, au niveau mondial ou dans certains pays. Il dit croire davantage au deuxième scénario, plus radical et moins probable en apparence, mais plus logique à ses yeux. Pour lui, Bitcoin ne serait pas simplement un actif financier parmi d’autres : il pourrait devenir le nouvel ordre monétaire.
Le premier scénario rappelle l’histoire de l’étalon-or. Sous ce régime, les banques ont progressivement prêté davantage que les réserves d’or qu’elles détenaient réellement. Elles ont créé des titres de propriété sur l’or, puis ces titres ont circulé comme monnaie sous forme de billets et de comptes courants. Yorick de Mombynes explique qu’on pourrait imaginer un mécanisme comparable avec Bitcoin : des banques émettraient des droits sur du Bitcoin, en réserve fractionnaire, afin d’accroître la capacité de transaction du réseau. Ce modèle avait déjà été évoqué dès 2010 dans un échange attribué à Hal Finney, qui citait l’économiste George Selgin et la théorie du free banking.
Mais Yorick de Mombynes ne croit pas à ce scénario. Selon lui, l’or a historiquement justifié l’apparition des substituts monétaires parce qu’il était difficile à transporter, à diviser et à utiliser dans les paiements quotidiens. Bitcoin ne présente pas ce handicap. Si le Lightning Network et d’autres solutions confirment la scalabilité du réseau, les utilisateurs préféreront détenir et utiliser du véritable Bitcoin plutôt qu’un titre émis au-delà des réserves réelles. La valeur perçue d’un vrai Bitcoin et celle d’un titre sur Bitcoin ne seraient donc pas équivalentes. Un tel système ne pourrait s’imposer que par la contrainte étatique, c’est-à-dire précisément par le mécanisme que Bitcoin cherche à contourner.
Lightning Network : des certificats, pas de la création monétaire
Yorick de Mombynes distingue deux catégories de substituts monétaires. Les certificats monétaires sont adossés à 100 % de réserves : chaque titre correspond réellement à une unité détenue en réserve. Les médias fiduciaires, au contraire, sont émis au-delà de la quantité de réserve, ce qui permet la création monétaire. Selon lui, Bitcoin sur le Lightning Network relève de la première catégorie. Les fonds bloqués sur Lightning ne sont pas du Bitcoin créé en plus : ce sont des titres sur du Bitcoin, adossés à une réserve réelle et garantis par le protocole plutôt que par la coercition étatique.
Cette distinction est essentielle dans son raisonnement. Si les utilisateurs savent qu’un titre est couvert à 100 % par une réserve réelle, ils peuvent lui attribuer la même valeur subjective qu’au Bitcoin sous-jacent. Le Lightning Network permettrait donc d’utiliser Bitcoin à grande échelle, avec des transactions rapides et de faibles montants, sans recréer le mécanisme des réserves fractionnaires. Pour Yorick de Mombynes, c’est cette architecture qui rend crédible une adoption monétaire de Bitcoin : elle concilie l’usage quotidien et la limitation stricte de l’émission.
Il en tire une conclusion forte : le futur système ne reposerait pas sur des banques créant de la monnaie à partir de réserves partielles, mais sur des substituts monétaires sécurisés, non contrôlables par l’État et impossibles à produire au-delà de la réserve. Ce serait une rupture avec le modèle bancaire actuel, dans lequel les banques commerciales créent des moyens de paiement par le crédit et bénéficient du soutien des banques centrales en tant que prêteurs en dernier ressort. Bitcoin, dans cette vision, ne serait pas une monnaie d’État améliorée : il serait une monnaie privée, librement adoptée, dont l’émission échappe au pouvoir politique.
Le Salvador : pourquoi l’adoption par le haut a échoué
L’expérience du Salvador est souvent citée comme preuve que la « bitcoinisation » ne fonctionne pas. Yorick de Mombynes propose une lecture différente. Pour lui, le problème ne vient pas de Bitcoin lui-même, mais de la méthode employée : une adoption imposée par l’État, donc par le haut. Le Salvador a maintenu simultanément le Bitcoin et le dollar, alors que la population était habituée au dollar et que celui-ci ne connaissait pas d’hyperinflation. Dans ce contexte, les Salvadoriens n’avaient pas de raison immédiate de abandonner le dollar au profit du Bitcoin.
La chute du marché qui a suivi la loi sur le Bitcoin a encore renforcé le rejet populaire. Les fluctuations violentes du cours ont rendu difficile l’idée même de fixer des prix en Bitcoin. Yorick de Mombynes reconnaît que la volatilité est un obstacle réel à l’usage quotidien. Une monnaie doit offrir une stabilité suffisante pour permettre aux ménages et aux entreprises de planifier, de fixer des salaires et de conclure des contrats. Tant que le Bitcoin reste extrêmement volatil, son adoption comme unité de compte reste limitée.
Pour lui, une transition crédible devrait être progressive et libre, non imposée. Il faudrait d’abord lever le monopole de production monétaire et modifier le droit. Les individus pourraient alors utiliser différentes monnaies selon leur communauté, leur profession, leur région ou leurs besoins. Ceux qui choisiraient Bitcoin le feraient parce que ses avantages compenseraient ses inconvénients actuels. Une fois l’adoption suffisamment large, la valeur du Bitcoin pourrait se stabiliser à un niveau très élevé et devenir moins sensible aux chocs de demande provoqués par de grands acteurs financiers.
La volatilité de Bitcoin disparaîtrait-elle ?
Yorick de Mombynes ne nie pas la volatilité actuelle de Bitcoin. Il admet qu’il est difficile de libeller des prix dans une monnaie dont la valeur peut varier brutalement. Mais il distingue la transition du régime final. Pendant la transition, les prix pourraient continuer à être affichés en dollars ou en euros, même si Bitcoin s’imposait progressivement comme réserve de valeur ou moyen d’échange. Une fois que Bitcoin serait utilisé massivement, sa capitalisation et son intégration dans l’économie réelle réduiraient mécaniquement l’impact des achats ou des ventes massifs.
Dans un monde où Bitcoin serait devenu la monnaie dominante, il estime que sa valeur atteindrait un niveau très élevé et que son pouvoir d’achat serait moins vulnérable aux chocs ponctuels. La demande continuerait évidemment à varier, mais l’ampleur de ces variations serait réduite parce que l’actif serait devenu le référentiel monétaire de l’économie. Autrement dit, la volatilité d’aujourd’hui ne serait pas une caractéristique éternelle de Bitcoin : elle serait le symptôme d’une monnaie encore jeune, encore marginale et encore confrontée à la domination des monnaies fiat.
Cette hypothèse ne veut pas dire que le passage serait indolore. Yorick de Mombynes admet que la transition pourrait prendre des décennies et être « acrobatique ». Mais il considère que le problème central n’est pas technique : il est politique et culturel. Tant que l’État conserve le monopole monétaire, impose le cours légal et favorise ses propres titres de dette, l’émergence naturelle d’une monnaie privée reste freinée. Le changement exigerait donc des réformes, qui pourraient être débattues démocratiquement, mais dont l’objectif serait précisément de retirer la monnaie de la sphère de décision étatique.
Les premiers acheteurs de Bitcoin sont-ils injustement favorisés ?
Une critique fréquente vise les premiers adoptants de Bitcoin. Ceux qui ont acheté très tôt ont pu acquérir de grandes quantités à faible coût, tandis que les nouveaux arrivants doivent payer un prix beaucoup plus élevé. Yorick de Mombynes répond sur deux plans : moral et pratique. Sur le plan moral, il est catégorique : il n’y a selon lui aucune injustice, aucune violation du droit de propriété et aucune agression. Ceux qui ont pris des risques, consacré du temps à comprendre la technologie ou simplement eu de la chance ne commettent pas un acte immoral en bénéficiant de la hausse.
Il compare la situation à celle d’une personne qui trouverait un trésor dans son jardin. Elle devient plus riche, les autres ne deviennent pas plus pauvres, et cela ne constitue pas une injustice. Les premiers adoptants ont cru alors que beaucoup se moquaient d’eux, ils ont accepté un risque considérable et ils ont souvent subi des années de scepticisme. Pour Yorick de Mombynes, il est donc normal qu’ils en tirent un bénéfice. La chance n’est pas immorale, et l’effort de compréhension non plus.
Sur le plan pratique, il ne pense pas que cet avantage des premiers entrants freinera l’adoption. Bitcoin se développe depuis quinze ans malgré cet inconvénient, et il n’y aurait aucune raison que cela change. Il ajoute que beaucoup de premiers détenteurs ont déjà revendu une partie de leurs bitcoins après des hausses spectaculaires, ce qui a atténué, sans l’annuler, l’écart entre les premiers adoptants et les nouveaux arrivants. L’essentiel, pour lui, est que Bitcoin continue de se diffuser malgré cette asymétrie initiale.
Que deviendrait l’État-providence sous Bitcoin ?
La question de l’État-providence est l’une des plus sensibles. Si Bitcoin devenait la monnaie dominante, les États ne pourraient plus financer aussi facilement leurs dépenses par la création monétaire. Yorick de Mombynes ne voit pas cela comme un problème, mais comme une correction nécessaire. Selon lui, l’obésité de l’État et la générosité excessive des systèmes de protection sociale créent une mauvaise gestion, une bureaucratie inefficace et des désincitations massives à travailler, investir et innover. Ces mécanismes affaibliraient la société au lieu de la protéger.
Dans une économie Bitcoin, il y aurait selon lui beaucoup moins d’État-providence et beaucoup moins de générosité publique. Mais cela ne signifierait pas l’absence de solidarité. Il imagine davantage de richesse privée mobilisée pour aider les plus pauvres, les veuves, les orphelins et ceux qui en ont réellement besoin, comme cela s’est produit dans l’histoire, notamment au XIXe siècle. La solidarité ne disparaîtrait pas : elle changerait de canal, passant moins par la redistribution étatique et davantage par l’initiative privée.
Il applique ce raisonnement à la pandémie de Covid-19. Dans un système Bitcoin, un État ne pourrait pas mettre l’économie sous cloche, enfermer toute la population chez elle et financer cette interruption par une création monétaire massive. Yorick de Mombynes estime que cela aurait pu être un mal, car cela aurait forcé la société à trouver d’autres solutions. Il suggère qu’un système hospitalier plus moderne et mieux géré aurait pu être mieux préparé, et que les mesures auraient pu cibler les populations les plus à risque plutôt que de paralyser l’ensemble de l’économie. Il reconnaît toutefois qu’il est impossible de connaître avec précision ce qui se serait passé.
Les banques centrales vont-elles acheter du Bitcoin ?
La question des banques centrales et du Bitcoin est particulièrement vertigineuse. Yorick de Mombynes constate que certains pays ou institutions commencent à s’y intéresser, directement ou indirectement, et que des propositions existent dans plusieurs juridictions. En tant que bitcoiner, il reconnaît qu’il y a quelque chose de réjouissant à voir ces acteurs s’intéresser au Bitcoin. Mais il n’est pas favorable à l’idée que les banques centrales en accumulent. Son objectif est plus radical : il souhaite que Bitcoin remplace les banques centrales, non qu’il devienne un nouvel instrument de leur puissance.
Il souligne une contradiction pratique majeure. Si une banque centrale voulait acheter du Bitcoin en cas de méga-crise, avec quel argent le ferait-elle ? Si elle crée davantage de monnaie fiat pour acheter du Bitcoin, elle accélère la dévaluation de sa propre monnaie. Si elle vend d’autres actifs pour financer ses achats, elle aggrave la crise financière en faisant chuter ces actifs. Pour Yorick de Mombynes, l’achat massif de Bitcoin par les banques centrales serait donc difficile à concilier avec la préservation du système actuel.
Il évoque toutefois un scénario extrême inspiré des idées de Rothbard sur l’or. Celui-ci proposait de faire du dollar une simple mesure de l’or, en permettant à chaque détenteur de dollars de retirer de l’or auprès de la banque centrale. Transposé à Bitcoin, ce mécanisme reviendrait à définir chaque euro ou chaque dollar comme une dénomination d’une certaine quantité de Bitcoin. Mais Yorick de Mombynes juge ce scénario presque impensable aujourd’hui, car les banques centrales ne détiennent pas suffisamment de Bitcoin. Pour couvrir les masses monétaires existantes, le prix d’un Bitcoin devrait atteindre des niveaux astronomiques, potentiellement plusieurs milliards d’euros.
Dépolitiser la monnaie : la condition d’un système sain
Le concept central de la pensée de Yorick de Mombynes est la dépolitisation de la monnaie. Beaucoup considèrent que, parce qu’elle concerne tout le monde, la monnaie doit relever de l’État. Il rejette ce raisonnement. Le fait qu’un bien ou un service concerne l’intérêt général ne signifie pas qu’il doive être géré politiquement. Selon lui, le XXe siècle a montré les dangers du totalitarisme : étendre sans cesse la sphère étatique jusqu’à ce que plus rien de la vie humaine n’échappe à la décision politique.
Pour lui, la monnaie est née pour faciliter les échanges entre individus. Elle n’a pas été inventée par les États, mais résulte d’un tâtonnement, d’expérimentations et d’une progression humaine. Les États l’ont récupérée pour ajouter des missions qui ne sont pas essentielles à sa nature : piloter l’économie, redistribuer, financer des politiques publiques ou répondre aux crises. Ces objectifs peuvent être poursuivis par d’autres outils, mais lorsqu’ils passent par la monnaie, ils perturbent sa fonction première de standard des prix et de moyen d’échange.
Dépolitiser la monnaie reviendrait donc à la rendre indépendante de l’État, sans la priver de son caractère d’intérêt général. Cela exigerait de supprimer ou de réduire les dispositifs qui bloquent l’émergence de monnaies privées : le cours légal, le monopole des banques centrales, la création monétaire déléguée aux banques commerciales et l’avantage réglementaire accordé aux obligations d’État. Pour Yorick de Mombynes, ce n’est pas une utopie abstraite, mais un projet politique concret : lever les freins qui empêchent les individus de choisir librement leur monnaie.
Pourquoi l’hyperinflation n’a-t-elle pas encore frappé l’Occident ?
Si les masses monétaires ont tellement augmenté depuis 1971, pourquoi l’Occident n’a-t-il pas connu d’hyperinflation ? Yorick de Mombynes apporte plusieurs explications. La période a coïncidé avec une expansion économique exceptionnelle, une mondialisation accrue, une concurrence internationale plus forte, un boom technologique unique avec l’informatique, Internet et désormais l’intelligence artificielle, ainsi qu’une explosion démographique qui a fait entrer des milliards de personnes sur le marché du travail. Tous ces facteurs ont accru l’offre, réduit certains coûts et limité la hausse des prix à la consommation.
Il ajoute que le système bancaire a aussi fonctionné de manière relativement contenue. Les banques commerciales créent des substituts monétaires par le crédit, mais elles ont besoin d’emprunteurs : ménages souhaitant acheter un logement ou entreprises finançant des projets productifs. Elles ne peuvent donc pas prêter sans limite, car leur activité reste en partie liée aux besoins de l’économie réelle. Ce lien, même imparfait, a empêché une expansion monétaire totalement incontrôlée.
Mais Yorick de Mombynes refuse d’en conclure que le danger a disparu. L’absence d’hyperinflation en Occident depuis 1971 ne garantit rien pour les cinquante prochaines années. Au contraire, il estime que les tendances actuelles pourraient mener vers une forme d’hyperinflation dans les décennies à venir. L’inflation des actifs, notamment l’immobilier et les marchés boursiers, peut d’ailleurs être perçue comme une manifestation indirecte de la création monétaire, même lorsqu’elle ne se traduit pas immédiatement par une flambée des prix à la consommation.
MNBC, argent numérique et contrôle de l’épargne
Yorick de Mombynes voit dans les monnaies numériques de banque centrale, les MNBC, un outil de reprise de contrôle sur la monnaie. Leur développement s’accompagnerait, selon lui, de l’élimination progressive de l’argent liquide. Ce basculement ne résulterait pas nécessairement d’une demande populaire, mais serait imposé aux populations. Une fois le cash supprimé, les banques centrales disposeraient d’un contrôle beaucoup plus direct sur les flux monétaires et pourraient poursuivre l’expansion monétaire tout en cherchant à éviter une hyperinflation visible.
Il évoque également la possibilité de mécanismes incitant à dépenser plutôt qu’à épargner, comme une forme de monnaie fondante. L’épargne dormante pourrait être ponctionnée, orientée ou découragée. Pour Yorick de Mombynes, une telle incitation à consommer risque de favoriser la hausse des prix, alors qu’une épargne plus importante peut au contraire soutenir l’accumulation de capital et l’investissement productif. Il oppose cette logique à celle des économistes autrichiens, qui défendent une monnaie saine et déflationniste, favorable à l’investissement.
Cette analyse rejoint son avertissement initial : le problème n’est pas seulement l’inflation officielle, mais la perte progressive de souveraineté de l’épargnant. Lorsque la monnaie devient numérique, programmable et contrôlée par l’État, la possibilité de conserver, déplacer ou utiliser librement son argent peut être encadrée. Face à ce risque, les actifs physiques comme l’or retrouvent une fonction de refuge, précisément parce qu’ils ne dépendent pas d’une infrastructure numérique contrôlée par une autorité centrale.
Démographie, intelligence artificielle et avenir de la monnaie
Yorick de Mombynes aborde enfin les défis démographiques et technologiques. Le déclin démographique dans de nombreuses régions, la baisse du nombre de travailleurs et le vieillissement des populations pourraient modifier profondément l’équilibre économique. Il reste prudent sur les conséquences exactes, car l’intelligence artificielle et la robotique pourraient compenser une partie de cette baisse. Mais il reconnaît que l’humanité entre dans des territoires inconnus, où les certitudes économiques traditionnelles sont mises à l’épreuve.
Il évoque également la théorie attribuée à Elon Musk selon laquelle, grâce à l’intelligence artificielle et aux robots, la production deviendrait si abondante que la monnaie pourrait devenir inutile. Yorick de Mombynes dit ne pas comprendre cette thèse. Même un revenu universel devrait être versé dans une monnaie, ce qui suppose que la monnaie continue d’exister. Il reste donc très perplexe face à l’idée d’une disparition de la monnaie, même dans un monde d’abondance technologique.
Ce débat illustre l’ampleur du bouleversement en cours. Entre dette publique record, pression sur les monnaies fiat, retour de l’or dans les réserves officielles, montée de Bitcoin et révolution technologique, le système monétaire actuel se trouve confronté à des forces simultanées. Yorick de Mombynes ne promet pas une date, mais il pose une question que personne ne pourra éluder : si la confiance dans les monnaies étatiques continue de s’éroder, quel actif protégera réellement le pouvoir d’achat ?
Ce que cela signifie pour votre épargne
La leçon pratique de cet entretien est claire : lorsque la monnaie perd de la valeur, l’épargne placée uniquement en liquidités devient vulnérable. Yorick de Mombynes ne conseille pas une stratégie unique, mais il identifie l’or et Bitcoin comme les deux grandes alternatives à un système fiat en fin de cycle. L’or offre une continuité historique, une reconnaissance universelle et une absence de risque de contrepartie. Bitcoin offre une rareté programmée, une portabilité numérique et une indépendance vis-à-vis du système bancaire traditionnel. Les deux répondent à la même angoisse : ne pas voir son pouvoir d’achat fondre silencieusement.
Pour ceux qui souhaitent s’exposer à l’or physique, les pièces restent souvent le format le plus accessible et le plus liquide. Le 20 francs Napoléon tête nue est particulièrement emblématique, car il relie l’épargnant à une histoire monétaire française marquée par les crises, les dévaluations et les leçons de l’étalon-or. Pour une diversification plus large, les pièces d’or permettent de choisir entre différents formats, primes et profils de liquidité, tandis que les lingots d’or conviennent davantage à une constitution de réserve patrimoniale sur le long terme.
Le message de Yorick de Mombynes ne relève pas du fatalisme passif. Il s’agit d’un avertissement : les systèmes monétaires ne meurent pas parce qu’ils sont imparfaits, mais parce que ceux qui contrôlent la création monétaire finissent par abuser de ce pouvoir. La dette explose, la confiance recule, les banques centrales achètent de l’or et Bitcoin s’installe progressivement dans le débat monétaire mondial. Dans ce contexte, comprendre les mécanismes de la monnaie n’est plus une curiosité intellectuelle : c’est une condition de protection patrimoniale.