Rick Rule, figure légendaire de l’investissement dans les matières premières notamment, a livré à Sydney un message d’une brutalité rare : selon lui, la décennie à venir sera plus difficile que la précédente, et ceux qui ne détiennent pas d’or physique pourraient le regretter amèrement. Intervenant à l’Australian Gold Conference, qui s’est tenue du 13 au 15 octobre 2026 à Crown Towers, à Sydney, l’ancien dirigeant de Sprott et fondateur de Rule Investment Media a expliqué pourquoi il considère l’or comme un instrument d’épargne, et non comme un simple actif spéculatif. Pour les épargnants qui souhaitent se protéger, l’achat d’or physique, notamment via des pièces reconnues comme le 20 francs Napoléon tête nue, devient selon sa logique une décision de prudence plutôt qu’un pari financier.
Le message central de Rick Rule est déstabilisant : il espère même que le prix de l’or baisse temporairement. Cette position n’a rien d’une provocation. Comme il économise régulièrement en or, une correction lui permet d’acquérir davantage de métal pour le même montant. Il compare explicitement cette situation à un achat courant : lorsque l’on souhaite acquérir un bien, on préfère logiquement le trouver en promotion. C’est précisément cette logique qui pousse de nombreux investisseurs à s’intéresser aux pièces d’or lorsque le marché recule, plutôt qu’à attendre une hausse qui pourrait les exclure du marché.
Rick Rule ne se contente pas de défendre l’or par réflexe. Il explique que son épargne repose sur deux piliers : l’or et le dollar américain. Il ne détient pas d’autres métaux dans sa poche d’épargne, car pour lui l’or remplit une fonction d’assurance patrimoniale. Il espère même que tout l’or qu’il a acheté au cours de sa vie se révélera finalement une « prime d’assurance gaspillée », car cela signifierait que le monde serait devenu plus stable et plus prospère. Mais il ajoute immédiatement qu’il ne croit pas à ce scénario pour les dix prochaines années. Dans cette perspective, l’or physique conservé hors du système bancaire, comme les lingots d’or, constitue une réponse directe à un risque systémique qu’il juge croissant.
Son analyse macroéconomique est encore plus inquiétante. Rick Rule estime que les taux d’intérêt nominaux américains pourraient continuer à augmenter, et que la Réserve fédérale aurait perdu le contrôle du long terme de la courbe des taux. Selon son hypothèse de travail, une hausse des taux nominaux américains pourrait affaiblir l’or à court terme. Toutefois, il précise avec honnêteté qu’il n’est pas économiste mais analyste de crédit, et que si la pression politique ou électorale faisait au contraire baisser les taux, l’or pourrait alors surprendre fortement à la hausse. Dans les deux cas, sa conclusion reste la même : l’or doit faire partie de l’épargne de long terme, et les périodes de faiblesse doivent être utilisées pour acheter de l’or méthodiquement.
Cette vision tranche avec la réaction émotionnelle de nombreux investisseurs particuliers, qui paniquent dès que le cours de l’or ou de l’argent recule. Rick Rule considère au contraire que la peur est souvent le signe que l’on raisonne à trop court terme. Il rappelle que l’or n’est pas un produit de consommation destiné à être revendu dans quelques semaines, mais une réserve de valeur destinée à traverser les crises monétaires, les déficits publics, les promesses de retraite non financées et les périodes d’inflation réelle. Pour un épargnant qui partage cette lecture, l’or physique sous forme de pièces, comme le Napoléon 20 francs, permet de transformer une correction passagère en renforcement durable de son patrimoine.
Le contraste est frappant entre la manière dont les gens achètent des biens matériels et la manière dont ils achètent des actifs financiers. Rick Rule souligne que lorsqu’un consommateur achète une veste, une voiture ou un bien immobilier, il cherche naturellement le meilleur prix. Mais lorsqu’il s’agit d’or, beaucoup attendent que le prix monte avant d’acheter, par peur de rater le train. Cette inversion du bon sens conduit selon lui à acheter cher et à vendre bas. Sa recommandation est donc simple : si l’on croit au rôle protecteur de l’or, il faut acheter lorsque le métal est disponible à un prix plus attractif, notamment en pièces d’or physiques, plutôt que de subir la volatilité sans agir.
L’argent et le platine : des rôles différents de l’or
Rick Rule détient un peu d’argent métal et un peu de platine, mais il insiste sur le fait que ces métaux n’occupent pas la même fonction que l’or dans son portefeuille. L’or est pour lui de l’épargne. L’argent et le platine relèvent davantage d’une logique d’investissement ou de spéculation. Cette distinction est essentielle : l’or sert à se protéger, tandis que l’argent peut offrir une exposition plus volatile et plus spéculative à l’univers des métaux précieux.
Il raconte avoir acheté de l’argent en 2020, alors que le métal était détesté par le marché et s’échangeait parfois autour de 12 dollars l’once. Son raisonnement n’était pas seulement fondé sur le prix bas, mais sur le rejet massif dont l’argent faisait alors l’objet. Il aimait cette haine, car il pensait qu’elle finirait par se dissiper. Il anticipait également que la dynamique de l’or finirait par attirer des investisseurs généralistes vers les métaux précieux, faisant alors passer le leadership de l’or à l’argent.
C’est exactement ce qui s’est produit entre octobre 2025 et janvier 2026, selon lui. L’argent a cessé d’être détesté, son prix est devenu brièvement parabolique, et la raison pour laquelle il détenait ce métal a disparu. Rick Rule applique alors une règle rigoureuse : lorsque la raison d’acheter un actif disparaît, l’actif doit disparaître du portefeuille. Il a donc vendu l’essentiel de sa position, ne conservant qu’environ 15% de sa position initiale, simplement parce qu’il n’avait pas pris le temps de vendre la totalité.
Pourquoi Rick Rule détient à la fois de l’or physique et un fonds adossé à l’or
Contrairement à une idée reçue, Rick Rule ne détient pas uniquement de l’or physique hors du système financier. Il possède la majeure partie de son or dans le Sprott Physical Gold Trust, un fonds coté qui détient de l’or physique entièrement alloué. Il apprécie ce véhicule pour sa simplicité : il peut acheter ou vendre en quelques clics, le produit est négocié à la Bourse de New York et les écarts entre l’offre et la demande sont très faibles.
Mais il reconnaît aussi les limites de cette solution. Un produit financier, même adossé à de l’or physique, reste en partie exposé au système des services financiers. C’est pourquoi il détient également de l’or physique, qu’il décrit comme la part « lâche » de sa personnalité d’investisseur, conservée délibérément hors du système. Cette double approche traduit une réalité pratique : l’or physique offre une indépendance maximale, tandis qu’un fonds adossé à l’or offre une liquidité et une simplicité d’exécution supérieures.
Rick Rule insiste particulièrement sur la qualité de la conservation de l’or physique. Il recommande de ne confier son métal qu’à des coffres appartenant à des sociétés cotées en Bourse, dont la situation financière peut être vérifiée, ou à des institutions publiques contrôlées et garanties, comme le Texas State Depository ou la Perth Mint. Il met en garde contre environ trente coffres dans le monde qui, selon lui, restent extraordinairement opaques. Son argument est cinglant : il n’a aucun sens d’acheter de l’or parce que l’on ne fait pas confiance aux gouvernements, puis de confier ce même or à un gardien inconnu et non transparent.
Le Sprott Physical Gold Trust : un reçu de dépôt, pas un dérivé
Rick Rule a participé à la conception du Sprott Physical Gold Trust, et il défend sa structure avec précision. Le fonds a été pensé pour Eric Sprott, dont le nom figurait sur la porte de la société et qui a placé une commande initiale de 250 millions de dollars. Selon Rick Rule, le produit aurait pu être moins cher pour les clients, mais cette économie aurait compromis la sécurité du dispositif. Eric Sprott aurait alors refusé, estimant que l’objectif n’était pas de réduire les coûts au prix d’une augmentation du risque.
La spécificité du Sprott Physical Gold Trust réside dans sa possibilité de rachat en métal physique. Pour les détenteurs remplissant les conditions requises, les parts peuvent être échangées contre de l’or physique auprès de la Monnaie royale canadienne. Rick Rule insiste sur le fait qu’il s’agit d’un reçu de dépôt et non d’un dérivé. Cette caractéristique empêche selon lui le fonds de se négocier durablement avec une forte décote par rapport à sa valeur liquidative, car des arbitragistes peuvent vendre à découvert le métal physique, acheter le fonds, le convertir en or physique et couvrir leur position.
Les données publiées par Sprott confirment cette architecture. Au 30 septembre 2026, le Sprott Physical Gold Trust détenait 3 751 666 onces d’or, pour une valeur de marché d’environ 15,60 milliards de dollars, avec une valeur liquidative totale d’environ 15,64 milliards de dollars. Le trust affirme détenir exclusivement de l’or physique entièrement alloué et non grevé, conservé par la Monnaie royale canadienne, une société d’État fédérale canadienne.
Les actions aurifères : historiquement bon marché, mais plus risquées
Rick Rule estime que les actions des sociétés aurifères sont, selon les critères d’évaluation qu’il utilise depuis cinquante ans, aussi bon marché qu’à n’importe quel moment de sa carrière. Il compare leur valorisation au prix de l’or, aux flux de trésorerie et aux flux de trésorerie futurs des entreprises. Si l’on partage sa conviction que le prix de l’or ira non seulement plus haut, mais beaucoup plus haut dans le temps, alors ces valorisations deviennent exceptionnellement attractives.
Il identifie deux raisons structurelles à cette situation. La première est la méfiance persistante des investisseurs institutionnels et particuliers envers les directions des sociétés minières. Cette méfiance trouve son origine dans la décennie 2000-2010, période durant laquelle le prix de l’or a été multiplié par sept, tandis que le flux de trésorerie libre par action de l’indice Philadelphia Gold and Silver Index a diminué. Rick Rule qualifie cette performance de honteuse, car il considère qu’il fallait un talent particulier pour détruire de la valeur alors que le prix de vente du produit augmentait autant.
La seconde raison est le sous-investissement massif du secteur des métaux précieux entre 2011 et 2022, tant en capital de maintien qu’en exploration et en développement. Cette pénurie d’investissement signifie que les grandes sociétés devront acheter les petites pour maintenir leurs niveaux de production. Pour Rick Rule, la probabilité que ce mouvement de fusions et acquisitions ne se produise pas est nulle. Les investisseurs peuvent donc bénéficier soit d’une prime immédiate lorsqu’une société est rachetée, soit d’une création de valeur à long terme lorsque l’acquisition est correctement réalisée.
Le message final : épargner plus que nécessaire
Le conseil final de Rick Rule est d’une simplicité désarmante, mais d’une portée considérable : épargner plus que ce que l’on croit nécessaire. Il affirme que les dix prochaines années seront plus difficiles que les dix précédentes et que ces économies seront indispensables. Il ajoute que, s’il se trompait, la conséquence serait simplement d’avoir trop d’argent, ce qui reste une situation préférable à celle de n’avoir pas suffisamment de réserves lorsque la crise survient.
Pour la majorité des investisseurs, il recommande de privilégier les grandes sociétés aurifères de qualité, qui peuvent offrir une forte exposition à un marché haussier de l’or sans exiger un travail d’analyse intensif. Il cite notamment Franco-Nevada, Wheaton Precious Metals et Agnico Eagle, ainsi que Northern Star pour les investisseurs davantage orientés vers l’Australie. Selon lui, sur cinq ans, un triplement de la valeur n’est pas invraisemblable dans un marché haussier de l’or, tout en permettant de conserver une vie normale, loin des écrans de trading.
En revanche, pour ceux qui veulent chercher des rendements supérieurs, Rick Rule est catégorique : il faut accepter davantage de risque, davantage de volatilité et beaucoup plus de travail. Le secteur des petites et moyennes sociétés minières peut offrir des opportunités exceptionnelles, mais il n’est pas fait pour les investisseurs pressés ou émotionnels. Pour lui, la période actuelle est anormalement favorable à ceux qui sont prêts à faire ce travail, à condition de comprendre que la volatilité fait partie intégrante du secteur.
Ce que les épargnants doivent retenir
Le message de Rick Rule ne consiste pas à promettre une hausse immédiate de l’or. Il consiste à préparer son patrimoine à un environnement plus difficile, marqué par des taux potentiellement plus volatils, des déficits publics persistants, une méfiance croissante envers les promesses étatiques et un système financier sous tension. Dans ce contexte, l’or physique joue le rôle d’assurance, les actions aurifères celui d’un levier sur la revalorisation du métal, et l’argent ou le platine celui d’expositions plus spéculatives.
Sa position peut se résumer en une phrase : si l’on croit que les dix prochaines années seront plus instables que les dix précédentes, il faut épargner davantage, détenir de l’or, et profiter des baisses pour renforcer sa position plutôt que pour paniquer. Pour ceux qui souhaitent appliquer concrètement cette logique, l’or physique sous forme de pièces d’or ou de lingots d’or reste le socle de cette stratégie, tandis que les actions aurifères constituent une composante plus dynamique et plus risquée.