L’or vient de traverser l’une des corrections les plus violentes de son histoire récente : environ 30% de baisse depuis son sommet de janvier, un repli comparable à celui observé pendant la crise financière mondiale de 2008. Pour Tavi Costa, fondateur et directeur général d’Azuria Capital, cette chute ne marque pas le début d’un effondrement durable, mais l’une des fenêtres d’opportunité les plus intéressantes de ce cycle. Il ne prétend pas connaître le jour exact du point bas ; il affirme en revanche que l’or et les sociétés minières approchent d’un point bas, et que les signaux de marché suggèrent que le pire de la correction est probablement derrière nous.
Pour comprendre ce que Costa entend par « point bas proche », il faut distinguer deux choses : le prix exact du point bas et le processus de formation d’un plancher. Selon lui, un point bas n’est presque jamais un événement unique, comme une date ou un chiffre magique. C’est un processus fait de liquidations, de peur, de ventes forcées, de désespoir des investisseurs et d’une décote excessive par rapport aux fondamentaux. Lorsque ces éléments s’accumulent, le risque de poursuivre la baisse diminue progressivement, tandis que le potentiel de rebond augmente. C’est précisément cette configuration qu’il observe aujourd’hui sur l’or et les sociétés minières. Acheter de l’or physique sous forme de pièces d’investissement permet alors de se positionner progressivement pendant cette phase de capitulation, plutôt que d’attendre un hypothétique signal parfait qui n’arrive souvent qu’après le rebond.
La chute de l’or n’est pas un simple accident technique. Elle intervient alors que les rendements du Trésor américain ont fortement progressé, que le dollar s’est apprécié et que les positions spéculatives ont été liquidées. En septembre, le cours de l’or avait déjà reculé de plus de 8% sous l’effet combiné de la hausse des taux à 10 ans, de la fermeté du dollar et de la réduction des positions sur les contrats à terme. Cette pression financière a ensuite contaminé les sociétés minières, dont les actions ont chuté bien plus vite que le métal lui-même, créant un écart saisissant entre la valeur des entreprises et celle de l’or qu’elles extraient.
Dans un tel environnement, l’achat or ne doit pas être envisagé comme une spéculation à court terme, mais comme une décision patrimoniale structurante. L’or physique offre une divisibilité que peu d’actifs peuvent rivaliser : une pièce peut être acquise progressivement, conservée, transmise ou revendue partiellement selon les besoins. Les pièces d’investissement reconnues, telles que le Napoléon 20 francs, la Maple Leaf, la Britannia, le Krugerrand ou la Philharmonique, sont négociables à l’international et combinent valeur intrinsèque, liquidité et reconnaissance mondiale. Le 20 Francs Napoléon III Tête Nue reste l’une des références historiques pour un achat or, notamment pour les investisseurs qui recherchent un format français, divisible et immédiatement identifiable.
Tavi Costa ne minimise pas la violence du mouvement. Il admet qu’une baisse de 30% peut faire penser à un scénario de type 2008, où l’ensemble des actifs risqués s’effondre simultanément. Mais son analyse est différente : il considère que nous sommes dans un marché haussier séculier de l’or, interrompu par une correction violente, et non au début d’un bear market. Selon lui, les points bas sont des processus, rarement des points exacts, mais les signaux actuels suggèrent que le marché est bien plus proche d’un point bas que d’une nouvelle phase baissière prolongée.
C’est aussi pour cette raison que l’achat or prend une dimension urgente. Lorsque le métal a déjà perdu près d’un tiers de sa valeur, le rapport risque-rendement change de nature : la possibilité d’une nouvelle baisse existe toujours, mais le potentiel de rebond devient mécaniquement plus important. Les analyses techniques soulignent d’ailleurs que l’or évolue en zone de survente après avoir franchi le seuil des 4 000 dollars l’once, tandis que certains analystes identifient le niveau de 3 886 dollars comme un support décisif. Les lingots d’or certifiés permettent un achat or au plus près du cours spot, avec une prime généralement plus faible que celle des pièces, particulièrement sur les formats de 100 grammes, 250 grammes ou 1 kilogramme.
Ce que « point bas proche » signifie vraiment chez Tavi Costa
Lorsque Tavi Costa déclare que « nous sommes plus proches du fond », il ne fait pas une prédiction de court terme du type « l’or va rebondir la semaine prochaine ». Il formule un jugement probabiliste sur la position du marché dans son cycle. Selon lui, après une baisse d’environ 30%, comparable à celle de 2008, la probabilité que l’or soit déjà proche de son point bas est devenue beaucoup plus élevée que la probabilité qu’un nouvel effondrement de 50% soit imminent.
Cette nuance est essentielle. Costa reconnaît explicitement que les points bas sont des processus. Cela signifie que le marché peut encore connaître des baisses, des faux rebonds, des périodes de stagnation ou de nouvelles liquidations avant de retrouver une tendance haussière durable. Mais il estime que les conditions qui accompagnent historiquement les grands planchers sont désormais réunies : prix en forte décote, sentiment extrêmement négatif, secteur minier survendu et valorisations des sociétés minières déconnectées de leurs flux de trésorerie.
Autrement dit, « point bas proche » ne veut pas dire « rebond garanti demain ». Cela veut dire que le rapport entre le risque de poursuite de la baisse et le potentiel de reprise s’est inversé. Pour Costa, attendre la confirmation parfaite du rebond revient souvent à acheter plus cher, une fois que le marché a déjà commencé à remonter. C’est pourquoi il parle de déployer du capital de manière « réfléchie » pendant cette phase, plutôt que d’attendre une certitude qui n’existe pas sur les marchés financiers.
Pourquoi Costa pense que le pire de la correction est derrière nous
Le premier argument de Costa repose sur l’ampleur de la correction. Une baisse d’environ 30% est historiquement significative pour l’or, un actif qui, contrairement aux actions, ne connaît pas des cycles de bulle et de krach aussi fréquents. Le fait que cette amplitude soit comparable à celle observée pendant la crise financière de 2008 suggère, selon lui, que la majeure partie de la purge spéculative a déjà eu lieu.
Le deuxième argument concerne le comportement des sociétés minières. Les actions des producteurs d’or ont chuté bien plus violemment que le métal lui-même, ce qui est typique des phases de panique. Or, selon Costa, cette surréaction crée une décote anormale : les entreprises disposent de bilans solides, de marges élevées et de flux de trésorerie importants, mais leurs valorisations boursières ne reflètent plus ces fondamentaux. C’est précisément ce type de divergence qui, historiquement, précède les grands rebonds.
Le troisième argument est technique. Costa observe que moins de 10% des sociétés minières se trouvent encore au-dessus de leur moyenne mobile à 200 jours. Ce niveau de faiblesse extrême est, selon lui, un signal de capitulation plutôt qu’un signal de tendance baissière saine. Lorsqu’un secteur est aussi largement survendu, il suffit souvent d’un catalyseur — baisse des taux, affaiblissement du dollar, stabilisation du crédit — pour déclencher un retournement rapide.
Les mines aurifères ont les bilans les plus sains du marché
L’argument central de Tavi Costa est contre-intuitif : alors que la plupart des investisseurs voient les mines d’or comme un secteur cyclique, endetté et fragile, il affirme que, prises comme un secteur unique, les sociétés aurifères disposeraient des bilans les plus propres de toute la Bourse. La dette ne représenterait que 8% de leurs actifs, contre environ 14% pour le secteur technologique. Autrement dit, les producteurs d’or sont aujourd’hui moins endettés que les géants de la tech, alors même que leurs actions sont massivement délaissées par les investisseurs institutionnels.
Cette solidité financière change complètement la lecture du risque. Il y a trois ans, beaucoup de sociétés minières étaient surendettées, incapables de générer suffisamment de cash-flow et dépendantes du marché pour financer leurs projets. Aujourd’hui, le tableau est différent : les marges sont fortes, les bilans sont assainis et les flux de trésorerie disponibles approchent, selon Costa, 10% dans le secteur de l’or. Un rendement du free cash-flow proche de 10% signifie que l’entreprise génère chaque année une quantité de cash équivalente à près d’un dixième de sa capitalisation boursière, après les dépenses nécessaires à l’exploitation.
Pour un investisseur, ce niveau de génération de cash est extraordinairement rare. Il offre plusieurs options stratégiques : rembourser la dette, financer de nouveaux projets, verser des dividendes, racheter des actions ou acquérir des actifs sous-évalués. Costa estime que les sociétés minières sont désormais dans une position de force, non pas parce que le cours de l’or ne peut plus baisser, mais parce que leurs fondamentaux leur permettent de résister à une correction prolongée tout en continuant à créer de la valeur.
Les banques valorisent encore l’or à 3 000 ou 3 500 dollars
Le deuxième élément du raisonnement de Tavi Costa concerne les modèles de valorisation utilisés par les banques d’investissement. Lorsqu’elles évaluent une société minière, elles intègrent des hypothèses techniques, telles que la production, les coûts, la durée de vie des mines et les investissements futurs. Mais elles doivent aussi choisir une hypothèse macroéconomique : le prix de l’or à long terme. Or, selon Costa, la majorité de ces modèles reposent encore sur un prix de l’or compris entre 3 000 et 3 500 dollars l’once.
C’est ici que se trouve le potentiel de réévaluation massif. Si l’on considère que l’or ne reviendra pas durablement à 3 500 dollars dans quinze ans, mais qu’il évolue vers des niveaux nettement supérieurs, alors la valeur actualisée des flux de trésorerie futurs des mineurs doit être revue à la hausse. Costa parle d’un contango prononcé, c’est-à-dire d’une structure de marché où les prix futurs sont supérieurs aux prix actuels. Dans ce scénario, l’ensemble du secteur minier pourrait être revalorisé bien au-delà de ses niveaux actuels.
Cette logique est simple, mais puissante. Une mine existante ne change pas fondamentalement parce que le cours de l’or monte : ses réserves, ses équipements et ses coûts d’extraction restent les mêmes. En revanche, chaque once produite génère davantage de revenu, ce qui transforme directement la rentabilité de l’entreprise. C’est pourquoi les actions minières peuvent surperformer fortement l’or physique lors d’un nouveau cycle haussier, tout en chutant plus violemment pendant les phases de panique.
L’or physique reste le socle de toute stratégie patrimoniale
Avant même de parler d’actions minières, la première protection reste l’or physique. Dans un monde où les taux réels, les déficits publics, les tensions géopolitiques et la compétition technologique créent une instabilité permanente, l’or conserve un rôle qu’aucune action, obligation ou cryptoactif ne remplace totalement. Il ne génère pas de rendement, mais il ne dépend non plus de la solvabilité d’un État, d’une banque ou d’une entreprise. L’achat or en pièces permet de construire une réserve tangible, divisible et transmissible, particulièrement adaptée à ceux qui veulent sécuriser une partie de leur patrimoine hors du système financier classique.
Les pièces d’or présentent un avantage décisif par rapport aux lingots de grande taille : elles peuvent être achetées par petites quantités, ce qui permet d’étaler ses acquisitions dans le temps. Cette méthode, appelée dollar-cost averaging, réduit le risque d’entrer entièrement au mauvais moment. Dans un marché aussi volatil que celui de 2026, où l’or est passé d’un record proche de 5 595 dollars à des niveaux inférieurs à 4 000 dollars, cette approche progressive prend tout son sens.
La prime est un élément essentiel à comprendre. Le prix d’une pièce d’or ne se limite pas à la valeur du métal qu’elle contient : il inclut également les coûts de fabrication, de distribution, de certification et la demande du marché. En période de stress financier, cette prime peut augmenter fortement, précisément parce que la demande d’or physique explose. Acheter avant que la panique ne s’installe permet donc souvent d’obtenir de meilleures conditions qu’acheter lorsque les files d’attente se forment devant les comptoirs.
L’IA est une course militaire, pas seulement une bulle internet
Tavi Costa refuse de réduire la situation actuelle à une simple répétition de la bulle Internet de 2000. Certes, il reconnaît des similitudes inquiétantes : valorisations extrêmes, dépenses massives, entreprises valorisées à des multiples de chiffre d’affaires parfois absurdes. Mais il souligne une différence fondamentale : les dépenses liées à l’intelligence artificielle sont motivées par une logique de guerre économique et technologique contre la Chine. Les entreprises et les États ont peur de perdre cette course, ce qui rend improbable un arrêt brutal des investissements.
Alphabet aurait dépensé environ 51 milliards de dollars en intelligence artificielle sur un seul trimestre, au point de voir son free cash-flow devenir négatif. Microsoft a également engagé des dépenses considérables. Costa estime que ce niveau d’investissement va continuer, soit financé par le secteur privé, soit soutenu par les gouvernements. Mais cette course a un coût : elle crée de la dette, comprime les flux de trésorerie et expose les valorisations à une correction brutale si le marché cesse de croire au récit de croissance.
Pour Costa, le risque n’est pas nécessairement un krach de type 2008, mais plutôt une rotation de type 2000. Les capitaux pourraient quitter massivement la technologie pour se rediriger vers des secteurs délaissés : banques, utilities, valeurs défensives, matières premières et métaux précieux. Il observe déjà une amélioration de la largeur de marché, c’est-à-dire une participation plus large des secteurs autres que la tech à la performance boursière. Cette rotation, si elle se confirme, serait extrêmement favorable aux ressources naturelles.
Les ressources deviennent le nouvel avantage compétitif
Dans un monde dominé par l’intelligence artificielle, Tavi Costa pose une question dérangeante : que reste-t-il comme avantage compétitif lorsque tout peut être copié, optimisé ou disrupté ? Sa réponse est claire : les ressources naturelles. Une formule, un logiciel, une marque ou un modèle économique peuvent être reproduits ou contournés. En revanche, une mine d’argent à haute teneur ou une mine de cuivre de qualité ne peut pas être dupliquée à volonté. Soit l’entreprise possède l’actif, soit elle ne le possède pas.
C’est pourquoi Costa qualifie le secteur minier de « meilleur trade IA ». L’idée peut sembler paradoxale, mais elle est cohérente : l’intelligence artificielle nécessite des centres de données, de l’électricité, du cuivre, de l’argent, des terres rares et une infrastructure physique colossale. Investir uniquement dans les entreprises technologiques, c’est parier sur la couche logicielle. Investir dans les ressources, c’est parier sur la matière première indispensable à toute cette révolution.
Le secteur minier ne représente aujourd’hui que moins de 1% de la capitalisation boursière totale, contre environ 10 à 12% dans les années 1960 et 1970. Pour Costa, cet écart crée un potentiel d’asymétrie extraordinaire. Si les institutions, les fonds de pension, les hedge funds ou même les banques centrales commencent à reconnaître la valeur stratégique de ces actifs, la réévaluation pourrait être spectaculaire. Il évoque même des rumeurs d’accumulation d’argent par certaines banques centrales, sans pouvoir confirmer leur véracité.
L’argent minier : le segment le plus sous-estimé du marché
Tavi Costa porte une attention particulière aux sociétés minières d’argent. Selon lui, certaines d’entre elles détiennent entre 10% et 15% de leur capitalisation boursière en cash. Cela signifie qu’elles pourraient racheter leurs propres actions à des niveaux très attractifs, sans avoir besoin de s’endetter ou de diluer leurs actionnaires. Cette situation est rare dans les marchés financiers et crée un potentiel de création de valeur immédiat, indépendant même de la hausse du cours de l’argent.
Son nouveau fonds, lancé deux semaines avant l’interview, serait exposé à environ 65% aux mineurs d’argent. Ce n’est pas un pari à une semaine ou à un mois, mais une allocation pensée sur douze à vingt-quatre mois. Costa considère que la combinaison actuelle — dollar historiquement surévalué, taux d’intérêt proches d’un point de retournement, secteur minier profondément survendu — crée une configuration rare dans l’histoire des marchés.
Il reconnaît que le secteur de l’argent comporte plus de volatilité que celui de l’or. Mais il estime que le risque perçu par le marché est aujourd’hui supérieur au risque réel. Les entreprises disposent de bilans solides, d’actifs productifs et de marges importantes. Si le cours de l’argent repart à la hausse, l’effet de levier opérationnel pourrait provoquer une réévaluation brutale des valorisations boursières.
La Réserve fédérale devra probablement baisser les taux à nouveau
Tavi Costa est convaincu que la Réserve fédérale américaine devra finir par baisser les taux, non pas par choix idéologique, mais par nécessité. Le coût du capital est devenu trop élevé pour un système économique saturé de dette. Les taux hypothécaires nationaux avoisineraient 7,5%, tandis que la construction résidentielle recule vers des niveaux observés pour la dernière fois pendant la crise financière mondiale. Selon lui, le système n’est tout simplement pas préparé à des taux durablement élevés.
Il critique l’idée qu’une hausse de 25 ou 50 points de base puisse réellement resserrer les conditions financières. Pour lui, ce qui resserre véritablement l’économie, c’est le niveau absolu du coût du capital par rapport au volume de dette existant. Lorsque les entreprises, les ménages et les États ne peuvent plus refinancer leur dette à des taux supportables, les tensions apparaissent. Et lorsque les tensions apparaissent, la banque centrale finit par intervenir.
Cette perspective est cruciale pour l’or. Historiquement, l’or réagit fortement aux cycles de baisse des taux réels. Lorsque la Réserve fédérale pivote, le dollar peut faiblir, les obligations perdent de leur attrait et les capitaux cherchent des actifs tangibles. C’est précisément le scénario que Costa anticipe : une baisse des taux déclenchée non pas par une amélioration de l’économie, mais par l’apparition de fractures dans le système financier.
Le crédit devient le déclencheur de la rotation
Costa observe une dégradation progressive des spreads de crédit, c’est-à-dire l’écart entre le rendement des obligations d’entreprises risquées et celui des obligations d’État. Lorsque cet écart augmente, cela signifie que le marché exige une prime de risque plus élevée pour financer les entreprises. C’est souvent un signal précoce de stress financier, bien avant que les indices boursiers ne s’effondrent complètement.
Il considère que les taux d’intérêt représentent une menace plus grande que tout autre facteur actuellement. Les rendements à 10 et 30 ans ont un impact direct sur l’immobilier, les entreprises, les États et les valorisations boursières. Lorsque le coût de la dette augmente dans un système déjà saturé d’endettement, les effets se propagent progressivement dans toute l’économie. C’est ce mécanisme qui, selon lui, finira par forcer la Réserve fédérale à changer de cap.
Pour l’investisseur en métaux précieux, cette dynamique est doublement favorable. D’un côté, la détérioration du crédit renforce l’attrait de l’or comme actif de refuge. De l’autre, la baisse future des taux pourrait relancer la demande pour les actifs réels, dont l’or, l’argent et les sociétés minières. C’est cette combinaison qui explique pourquoi Costa parle d’une fenêtre d’opportunité plutôt que d’un simple rebond technique.
Pourquoi l’or pourrait atteindre des multiples du prix actuel
L’un des graphiques que Tavi Costa garde en tête concerne la couverture de la dette publique américaine par l’or. Aujourd’hui, il y aurait environ 40 000 milliards de dollars de Treasuries en circulation. Pendant la Seconde Guerre mondiale, environ 40 à 50% de cette dette était adossée à l’or. Dans les années 1970, ce ratio était encore d’environ 20%. Si les États-Unis voulaient retrouver ne serait-ce qu’une fraction de ces niveaux historiques, le prix de l’or devrait, selon Costa, être multiplié par 10 ou par 20.
Il ne prétend pas que ce scénario se réalisera nécessairement. Mais il souligne que la simple possibilité d’un tel réajustement change complètement la perception du risque. Si l’or pouvait atteindre des multiples de son prix actuel, alors les actions minières, déjà décotées, deviendraient des opportunités exceptionnelles. C’est cette asymétrie potentielle qui justifie, selon lui, une allocation agressive mais réfléchie vers le secteur.
Cette analyse rejoint une intuition plus large : les monnaies fiduciaires sont de plus en plus mises à l’épreuve par les déficits, les taux d’intérêt et la compétition géopolitique. L’or, lui, ne promet rien, ne dépend de personne et ne peut pas être imprimé. C’est précisément cette absence de promesse qui en fait, dans les périodes de doute, l’actif le plus difficile à ignorer. Investir dans des lingots d’or certifiés reste la méthode la plus directe pour détenir du métal physique, avec une traçabilité, une pureté et une reconnaissance internationale garanties.
Le vrai ennemi des investisseurs en or : leur propre discipline
Tavi Costa formule un avertissement surprenant. Selon lui, le plus grand ennemi du secteur minier ne sera pas la Réserve fédérale, ni la Chine, ni même une récession. Ce sera la discipline excessive des investisseurs eux-mêmes. Les amateurs d’or, les défenseurs de la monnaie saine et les investisseurs value sont tellement habitués à vendre trop tôt qu’ils risquent de sortir du marché dès les premiers signes de reprise.
Il rappelle que les valorisations peuvent devenir irrationnelles, comme cela s’est produit dans la technologie. Si le secteur minier connaissait un jour le même type d’euphorie, les prix pourraient atteindre des niveaux aujourd’hui impensables. Mais les investisseurs expérimentés, traumatisés par les cycles précédents, seront probablement les premiers à vendre, croyant agir prudemment alors qu’ils abandonnent une tendance structurelle.
C’est un rappel essentiel : dans les marchés cycliques, la patience est souvent plus rare que l’analyse. Savoir acheter pendant la peur est difficile. Savoir conserver pendant l’euphorie l’est encore plus. Costa ne promet pas que le sommet sera facile à identifier, mais il est convaincu que la vraie erreur consisterait à vendre trop tôt un actif dont la dynamique structurelle n’a même pas encore commencé.
Or, argent ou cuivre : où investir en premier
Face à la question de savoir quel métal privilégier, Tavi Costa est clair : entre l’or, l’argent et le cuivre, ce sont l’or et l’argent qui offrent aujourd’hui les meilleures combinaisons de valorisation, de solidité de bilan et de marges. Le cuivre reste intéressant sur le plan structurel, en raison du déséquilibre entre offre et demande, mais les valorisations sont déjà plus élevées et les bilans des entreprises moins solides.
Le cuivre est un métal stratégique, indispensable à l’électrification, aux réseaux, aux véhicules électriques et aux centres de données. Mais c’est aussi un métal coûteux à extraire, avec des projets souvent complexes, longs et gourmands en capital. Les sociétés cuivreuses portent généralement plus de dette et dépensent davantage que les producteurs d’or. Cela ne remet pas en cause le potentiel du cuivre, mais cela réduit son attrait relatif à court terme par rapport aux métaux précieux.
L’argent, en revanche, combine selon Costa les avantages de l’or et un potentiel de réévaluation supérieur. Les marges sont fortes, les bilans sont solides et les valorisations restent basses. Si le marché reconnaît enfin la rareté structurelle de l’argent et la solidité des entreprises qui le produisent, la réévaluation pourrait être très significative. C’est pourquoi Costa privilégie actuellement ce segment, tout en conservant une exposition à l’or.
Le Brésil : une opportunité née de la panique
Tavi Costa aborde également le Brésil, qu’il considère comme une opportunité née d’une panique excessive. Il compare la situation actuelle à celle du pétrole lorsque les prix étaient devenus négatifs : en apparence, tout semblait catastrophique, mais avec le recul, c’était précisément le moment où le risque était le plus mal pricé. Il reconnaît que la situation politique brésilienne représente un revers, mais il estime que le marché a déjà intégré une grande partie du risque.
Il souligne que, par rapport à il y a douze mois, la configuration politique n’est pas nécessairement pire. Le président est le même, mais les deux chambres du Congrès sont désormais plus conservatrices, ce qui modifie l’équilibre des pouvoirs. Pendant ce temps, les valorisations sont restées basses. Costa estime que le marché brésilien pourrait connaître, comme lors du cycle précédent de l’or, une reprise puissante après une phase de capitulation.
Il oppose également les valorisations américaines et brésiliennes. Selon lui, les investisseurs paient un ratio CAPE d’environ 40 aux États-Unis, contre un niveau bien plus faible au Brésil. Cette différence de valorisation, combinée à une panique politique temporaire, crée selon lui une asymétrie intéressante pour les investisseurs capables de supporter la volatilité.
Ce que cela signifie pour l’achat or aujourd’hui
La leçon principale de l’analyse de Tavi Costa est claire : la correction actuelle de l’or ne doit pas être confondue avec la fin du cycle haussier. Elle s’inscrit au contraire dans une séquence de liquidation, de peur et de transfert de capitaux qui a historiquement précédé les grandes phases de reprise. L’or a perdu environ 30%, les mineurs ont chuté encore plus fort, et le sentiment de marché est devenu profondément négatif. C’est précisément ce type d’environnement qui, selon Costa, précède les meilleurs points d’entrée.
Pour l’investisseur particulier, la stratégie la plus rationnelle consiste à combiner exposition physique et exposition aux sociétés minières. L’or physique protège le capital et offre une liquidité immédiate. Les mineurs offrent un levier sur la hausse du métal, à condition d’accepter une volatilité bien plus élevée. Les pièces d’or d’investissement restent le format le plus accessible pour débuter un achat or, tandis que les lingots conviennent mieux aux montants plus importants et à une optimisation du prix au gramme.
Il ne s’agit pas de prédire le point bas au dollar près. Tavi Costa lui-même précise que les points bas sont des processus. Mais il estime que la probabilité d’être proche du plancher est désormais bien plus élevée que celle d’être au début d’un effondrement. Dans un contexte de taux élevés, de dette publique massive, de tensions géopolitiques et de rotation potentielle hors de la technologie, l’or retrouve une pertinence que les marchés avaient temporairement oubliée.
Découvrir les pièces d’or disponibles à l’achat permet de concrétiser cette analyse par une détention directe du métal, tandis que les lingots offrent une alternative pour les investisseurs recherchant une exposition plus importante à l’or physique.