La question de savoir ce qui constitue une « bonne monnaie » revient aujourd’hui au cœur du débat économique mondial. Lors de la conférence PlanB à San Salvador, un échange très suivi entre Peter Schiff, défenseur historique de l’or, et Saifedean Ammous, auteur de The Bitcoin Standard, a cristallisé cette opposition. Derrière la confrontation Bitcoin versus or se cache en réalité une interrogation bien plus profonde sur la confiance, la rareté et la pérennité des systèmes monétaires. Dans ce contexte incertain, de nombreux épargnants cherchent à sécuriser une partie de leur patrimoine via l’achat d’or physique comme réserve de valeur éprouvée.
Deux conceptions radicalement différentes de la monnaie
Peter Schiff et Saifedean Ammous partagent un ennemi commun : la monnaie fiat, reposant sur la dette et la création monétaire illimitée. En revanche, leur diagnostic diverge sur la solution. Pour Schiff, seule une monnaie possédant une valeur intrinsèque, comme l’or, peut remplir durablement ce rôle. Ammous, lui, considère que la rareté algorithmique de Bitcoin suffit à en faire une forme supérieure de monnaie. Cette divergence renvoie directement à la manière dont chacun définit la confiance monétaire, ce qui explique pourquoi certains continuent de privilégier l’or tangible et détenu physiquement face aux actifs purement numériques.
L’or : une réserve de valeur façonnée par des millénaires d’histoire
L’argument central de Peter Schiff repose sur un fait difficilement contestable : l’or est valorisé depuis plusieurs milliers d’années, indépendamment des régimes politiques ou des technologies. Sa rareté naturelle, son indestructibilité et ses usages industriels et joailliers lui confèrent une valeur qui ne dépend pas d’une croyance collective passagère. Même aujourd’hui, les banques centrales continuent d’en accumuler, ce qui renforce sa légitimité monétaire. Cette continuité historique explique pourquoi beaucoup estiment que détenir de l’or physique reste une assurance contre les ruptures monétaires.
Bitcoin : une rareté programmée, mais sans valeur d’usage
De son côté, Saifedean Ammous insiste sur la supériorité technologique de Bitcoin, notamment sa rareté absolue et prévisible. Contrairement à l’or, dont la production peut augmenter avec le prix, Bitcoin voit son émission diminuer mécaniquement avec le temps. Toutefois, Peter Schiff souligne un point fondamental : Bitcoin ne possède aucun usage non monétaire, aucun « plancher de demande » indépendant de la spéculation. Cette absence d’utilité physique pousse certains investisseurs à préférer un actif réel comme l’or, dont la valeur ne peut tomber à zéro.
Valeur subjective contre valeur intrinsèque : le cœur du désaccord
Le débat met également en lumière une opposition philosophique majeure. Ammous s’appuie sur la théorie de la valeur subjective : un actif vaut ce que les individus acceptent d’y projeter. Schiff reconnaît cette subjectivité, mais rappelle que certains biens possèdent une utilité objective, comme l’or, utilisé dans l’industrie, la technologie et la joaillerie. Cette différence est cruciale, car elle conditionne la résilience de l’actif en période de crise. C’est pour cette raison que beaucoup considèrent l’or physique comme une base patrimoniale plus stable.
La question de la confiance et du risque systémique
Bitcoin est souvent présenté comme un système sans intermédiaire, mais il repose malgré tout sur une infrastructure technologique, des plateformes, des clés privées et un consensus social. L’or, lui, ne nécessite ni réseau ni protocole pour exister. Il peut être détenu directement, sans dépendance à un système tiers. Dans un monde marqué par les cyber-risques, les pannes et les restrictions étatiques, cet aspect rassure de nombreux épargnants, qui voient dans la possession directe d’or une forme de souveraineté financière.
Tokenisation de l’or : un pont entre tradition et technologie
Un point intéressant soulevé dans le débat concerne la tokenisation de l’or, qui permet de combiner la solidité du métal physique avec la rapidité des technologies numériques. Contrairement à Bitcoin, ces solutions reposent sur un actif réel stocké et vérifiable. Pour Peter Schiff, cette évolution pourrait redonner à l’or un rôle monétaire plus actif sans renoncer à ses fondamentaux. Cette hybridation renforce l’attrait de l’or physique comme socle d’un système modernisé.
Banques centrales et signaux récents du marché
Un élément factuel récent renforce la thèse pro-or : les achats massifs d’or par les banques centrales ces dernières années. Face à l’instabilité géopolitique et à l’endettement croissant des États, l’or redevient un actif stratégique. À l’inverse, Bitcoin reste encore marginal dans les réserves officielles. Cette réalité institutionnelle pousse de nombreux investisseurs à aligner leur stratégie sur celle des États, en intégrant l’or physique comme pilier de protection patrimoniale.
Bitcoin comme pari, or comme assurance
En définitive, le débat Ammous–Schiff ne se résume pas à un choix binaire. Bitcoin peut représenter un pari sur une transformation radicale du système monétaire, tandis que l’or agit comme une assurance contre son effondrement. Là où Bitcoin promet une forte appréciation potentielle, l’or vise avant tout la préservation du pouvoir d’achat. C’est précisément cette fonction d’assurance qui motive ceux qui privilégient l’achat d’or dans une optique de long terme.
Conclusion
Le débat entre Bitcoin et or dépasse largement la question du rendement. Il interroge notre rapport à la confiance, à la technologie et à la pérennité des systèmes économiques. Si Bitcoin incarne une innovation audacieuse, l’or demeure une constante historique, reconnue et détenue par les institutions comme par les particuliers. Dans un monde où l’incertitude monétaire devient la norme, l’or physique apparaît moins comme une relique du passé que comme un repère intemporel, capable de traverser les cycles et les révolutions financières.


