Pr. Steve Hanke : L’or va atteindre 6 000 $ avec le retour en force de l’inflation.

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Pourquoi l’or redevient central

Le message de Steve Hanke est limpide : l’or n’a pas perdu son importance, il est simplement en train d’attendre son prochain grand catalyseur. Selon lui, la tendance de fond reste intacte malgré les corrections de court terme, et le marché haussier séculaire de l’or n’est pas terminé. La récente faiblesse du métal jaune s’explique surtout par la vigueur du dollar, la remontée des taux et un déplacement temporaire des capitaux vers la tech, mais ces éléments ne remettent pas en cause la dynamique de fond. Dans une économie où la monnaie se déprécie lentement mais sûrement, l’or agit comme un actif de préservation du pouvoir d’achat et de confiance. C’est précisément pour cela que beaucoup d’épargnants choisissent de sécuriser une partie de leur patrimoine avec l’achat d’or physique, surtout lorsque les signaux monétaires deviennent moins lisibles.

Le scénario d’un or à 6000 dollars

La projection d’un or à 6000 dollars ne repose pas sur une intuition vague, mais sur une lecture macroéconomique cohérente. Hanke estime que le métal pourrait atteindre puis dépasser ce niveau dans le cadre d’un cycle haussier prolongé, alimenté par le retour de l’inflation et l’accélération de la création monétaire. Son raisonnement repose sur un principe simple : quand la masse monétaire croît plus vite que la production réelle, les prix nominaux des actifs montent, et l’or en profite historiquement. Le métal précieux devient alors moins un pari qu’un thermomètre du déséquilibre monétaire. Dans cette optique, se positionner sur l’or revient à anticiper les conséquences d’une monnaie qui perd progressivement en pouvoir d’achat.

La masse monétaire comme moteur

L’un des points les plus importants du discours de Hanke concerne la masse monétaire, en particulier l’agrégat M2 et les mesures plus larges de type Divisia M4. Il explique que la croissance de la monnaie s’accélère depuis environ 18 mois, notamment sous l’effet du crédit bancaire, ce qui alimente une pression inflationniste durable. Selon sa grille de lecture, une masse monétaire qui progresse autour de 6% ou plus ne correspond plus à un environnement compatible avec une inflation maîtrisée autour de 2%. Cela signifie que la hausse des prix n’est pas un accident temporaire, mais le reflet d’un déséquilibre plus profond entre création monétaire, dette et activité réelle. Dans un tel contexte, il devient logique de considérer l’or comme une couverture contre l’expansion monétaire.

Pourquoi Divisia M4 compte davantage

Hanke insiste aussi sur un point technique mais essentiel : toutes les mesures de masse monétaire ne se valent pas. Il juge les mesures Divisia plus pertinentes que les simples sommes arithmétiques, car elles pondèrent les différents composants selon leur degré de liquidité réelle. En clair, tous les actifs ne sont pas de la monnaie au même niveau, et certains instruments proches de la monnaie doivent être pris en compte pour comprendre correctement les tensions inflationnistes. C’est un détail méthodologique en apparence, mais il change profondément la lecture du cycle monétaire. Plus la création de quasi-monnaie s’étend, plus la pression à la hausse sur les actifs tangibles s’accroît. C’est aussi pourquoi l’or physique garde un rôle stratégique quand la monnaie perd en qualité.

L’inflation n’est pas finie

Contrairement au discours rassurant qui a dominé une partie des marchés, Hanke estime que “le génie de l’inflation est sorti de la bouteille”. Autrement dit, les tensions inflationnistes ne sont pas simplement un résidu du passé récent : elles peuvent repartir avec force si la création monétaire reste trop dynamique et si les taux ne parviennent pas à casser durablement la demande. Le problème est que la lutte contre l’inflation se heurte désormais à des contraintes de dette, de financement public et de stabilité financière. Ce type de configuration rend les politiques monétaires plus hésitantes et plus vulnérables aux revirements. Dans cet environnement, l’or devient une solution de préservation patrimoniale face à l’incertitude sur le niveau futur des prix.

Les taux longs peuvent monter

Hanke voit également une remontée des taux longs, en particulier du 10 ans américain, qu’il juge tirée par les anticipations d’inflation. Le point important ici est que la Fed contrôle surtout les taux courts, pas les taux de marché à plus longue échéance. Si les investisseurs anticipent une inflation plus élevée, ils exigent mécaniquement un rendement supérieur pour acheter de la dette souveraine à long terme. Cela alimente une pression supplémentaire sur le coût du capital, sur le financement de l’État et sur les valorisations boursières. Dans cette logique, les obligations longues deviennent moins attractives, tandis que les actifs réels gagnent en intérêt. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’achat d’or reste pertinent quand les taux réels sont instables.

Le coût de la dette publique

Un autre signal d’alarme, souligné dans l’interview, concerne le poids croissant des intérêts payés par l’État. Lorsque plus de 20% des recettes fiscales partent dans le service de la dette, le sujet cesse d’être technique pour devenir hautement politique. Chaque hausse de taux alourdit encore la charge d’intérêt, ce qui réduit l’espace budgétaire disponible pour les services publics, la défense ou l’investissement. Hanke y voit un problème intergénérationnel et moral, car les contribuables actuels financent des dettes contractées par des décisions passées dont ils ne sont pas responsables. Cette fragilité budgétaire renforce l’attrait des actifs refuges, notamment l’or physique comme protection contre la dérive des finances publiques.

Ce que doivent regarder les investisseurs

Pour la suite de l’année 2026, Hanke recommande de surveiller trois choses : la masse monétaire, les taux longs et l’orientation générale des politiques monétaires. Il estime qu’un nouveau supercycle des matières premières pourrait déjà être en cours, ce qui favoriserait les actifs réels au détriment des obligations. Dans un tel environnement, les investisseurs prudents devraient réduire leur exposition aux titres de dette longue et rééquilibrer vers des actifs tangibles et liquides. L’or, de ce point de vue, joue un rôle particulier : il ne dépend ni d’un État, ni d’un bilan bancaire, ni d’une promesse de remboursement. C’est pourquoi détenir de l’or et de l’argent physiques reste une stratégie cohérente face au retour de l’inflation.

Une thèse simple, mais puissante

Au fond, la thèse de Steve Hanke tient en une phrase : si la masse monétaire accélère, l’inflation finit par revenir, et l’or finit par refléter cette perte de confiance monétaire. Le métal jaune n’est pas censé réagir à chaque soubresaut de marché, mais il a historiquement tendance à rattraper, puis dépasser, les périodes où la politique monétaire devient trop permissive. C’est ce qui rend son scénario d’un or à 6000 dollars crédible dans une optique de long terme. Pour l’épargnant, le plus important n’est pas de deviner le point haut exact, mais de comprendre le sens du mouvement. Et dans ce mouvement, l’or physique demeure un pilier de protection patrimoniale.

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