Or à 17 000 $ : pourquoi la dette américaine à 40 000 milliards pourrait n’être que le début du grand marché haussier de l’or – Avec Pierre Lassonde

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Il existe des moments où le marché de l’or cesse d’être simplement une affaire de cours, de graphiques ou de spéculation pour devenir le reflet d’un changement beaucoup plus profond dans l’ordre monétaire mondial. C’est précisément la thèse qui se dessine aujourd’hui autour du cours de l’or et de la dette américaine. Pierre Lassonde, figure historique de l’industrie aurifère et ancien président de Newmont ainsi que président émérite de Franco-Nevada, considère que le mouvement haussier actuel pourrait être loin d’être terminé. Son raisonnement repose sur une combinaison particulièrement puissante : endettement massif des États-Unis, déficits persistants, inquiétudes concernant le dollar, achats soutenus des banques centrales, contraintes structurelles de l’offre minière et retour progressif de l’or dans les stratégies de réserves. Les données disponibles en 2026 donnent du poids à plusieurs de ces observations : la dette fédérale américaine a franchi les 40 000 milliards de dollars et les banques centrales continuent d’accumuler de l’or à des niveaux historiquement élevés. Dans cet environnement, acheter de l’or physique pour diversifier son patrimoine n’est plus uniquement présenté comme une démarche liée à l’inflation : c’est aussi une manière de réfléchir à la fragilité potentielle des monnaies fiduciaires et à la diversification face aux risques systémiques.

Le point essentiel n’est toutefois pas de croire aveuglément à une prévision spectaculaire de 17 000 dollars l’once. Une telle cible demeure un scénario, et non une certitude. L’intérêt du raisonnement de Lassonde réside plutôt dans la mécanique qu’il met en avant. Pour comprendre pourquoi l’or pourrait continuer à progresser, il faut regarder simultanément la demande, l’offre, les réserves officielles, les taux d’intérêt réels, la situation budgétaire américaine et la capacité de production des mines. Or, chacun de ces éléments raconte aujourd’hui une histoire étonnamment cohérente : la demande institutionnelle demeure forte tandis que l’offre minière ne peut pas augmenter rapidement. En 2025, la production minière mondiale n’a progressé que modestement, tandis que la demande totale d’or a atteint un record de 5 002 tonnes et que les banques centrales ont encore acheté 863 tonnes. Dans ce contexte, l’achat d’or physique comme réserve de valeur s’inscrit dans une logique de diversification qui dépasse largement la simple anticipation d’une hausse du prix.

Une situation qui rappelle étrangement les années 1970

Pour Lassonde, l’une des caractéristiques les plus frappantes du marché actuel est son étonnante ressemblance avec le grand cycle haussier de l’or des années 1970. Il ne s’agit évidemment pas de prétendre que l’histoire va se reproduire à l’identique. Les économies, les technologies, les institutions financières et les mécanismes monétaires ont profondément changé. Mais certains comportements économiques peuvent effectivement réapparaître lorsque des contraintes similaires se manifestent. Dans les années 1970, les États-Unis ont connu une forte inflation, des tensions géopolitiques, une envolée du prix de l’énergie et une profonde remise en question du système monétaire issu de Bretton Woods. Aujourd’hui, l’économie mondiale évolue de nouveau dans un environnement marqué par les tensions géopolitiques, les dépenses publiques élevées, la fragmentation commerciale, les déficits budgétaires et une défiance accrue envers certains actifs souverains. Pour un investisseur qui cherche à comprendre pourquoi l’or demeure recherché comme actif de protection, cette comparaison historique est particulièrement instructive.

La différence fondamentale réside cependant dans l’ampleur de la dette. À la fin des années 1970, les États-Unis disposaient encore d’une capacité budgétaire relativement importante pour répondre à un choc économique. Aujourd’hui, le Trésor américain évolue dans une autre dimension. Le seuil des 40 000 milliards de dollars de dette fédérale a été franchi en août 2026, tandis que les dépenses d’intérêts représentent désormais une contrainte budgétaire considérable. Cette réalité change la manière dont les investisseurs doivent interpréter l’inflation et les taux d’intérêt. Une politique monétaire restrictive peut combattre l’inflation, mais elle augmente également le coût du service de la dette. À l’inverse, une politique monétaire plus accommodante peut alléger certaines tensions financières mais risque de maintenir une pression inflationniste. Entre ces deux contraintes, l’or retrouve une fonction particulière : il ne dépend pas directement de la solvabilité d’un émetteur. C’est précisément pourquoi détenir de l’or comme actif tangible peut constituer une composante de diversification lorsque les risques monétaires deviennent plus difficiles à quantifier.

40 000 milliards de dollars de dette : pourquoi ce seuil compte

Le chiffre de 40 000 milliards de dollars est spectaculaire, mais le chiffre en lui-même ne constitue pas nécessairement une preuve de crise. Une économie capable de produire énormément de richesses peut supporter une dette importante. Le véritable sujet est le rapport entre la dette, la croissance nominale, les taux d’intérêt et les recettes fiscales. Lorsque le coût de financement augmente alors que les déficits restent élevés, la dynamique devient progressivement plus difficile à stabiliser. C’est là que le raisonnement sur l’or prend toute sa dimension. Les investisseurs ne cherchent pas seulement à savoir si les États-Unis peuvent rembourser leur dette : ils cherchent aussi à déterminer quelle quantité de pouvoir d’achat cette dette représentera dans dix, quinze ou vingt ans. Une dette peut parfaitement être honorée en valeur nominale tout en étant remboursée dans une monnaie ayant perdu une partie de son pouvoir d’achat. Dans cette perspective, l’or physique comme protection contre l’érosion monétaire conserve une logique patrimoniale très particulière.

C’est ici que l’expression « anti-dollar » prend son sens. L’or n’est pas nécessairement l’ennemi du dollar ; il fonctionne plutôt comme une alternative lorsque la confiance dans la monnaie de référence diminue. Pendant les périodes où le dollar offre stabilité, rendement réel et confiance institutionnelle, l’or peut perdre de son attrait relatif. Mais lorsque les investisseurs anticipent davantage d’inflation, des taux réels faibles, une dépréciation monétaire ou une fragmentation du système financier, l’or peut redevenir particulièrement recherché. Cette relation n’est pas mécanique et elle connaît de nombreuses exceptions à court terme. Elle explique néanmoins pourquoi la progression du métal précieux peut devenir particulièrement puissante lorsque plusieurs facteurs se renforcent simultanément. Dans une telle configuration, acheter de l’or pour diversifier une épargne exposée aux monnaies fiduciaires répond à une logique de diversification plutôt qu’à une simple recherche de performance.

Le phénomène le plus important : les banques centrales achètent de nouveau de l’or

Le changement de comportement des banques centrales constitue probablement l’un des arguments les plus solides du scénario haussier. Pendant une longue période, une partie importante des institutions monétaires occidentales considérait l’or comme une relique historique ou un actif secondaire. La situation a progressivement changé. Depuis plusieurs années, les banques centrales des marchés émergents accumulent davantage de métal précieux afin de diversifier leurs réserves et de réduire leur dépendance à certains actifs libellés en dollars. En 2025, les achats nets officiels ont atteint 863 tonnes, un niveau inférieur aux plus de 1 000 tonnes observées certaines années précédentes mais toujours très supérieur à la moyenne de 2010-2021. En 2026, le mouvement reste significatif : selon l’enquête annuelle du World Gold Council, 89 % des gestionnaires de réserves interrogés anticipent une augmentation des réserves mondiales d’or au cours des douze prochains mois et 45 % prévoient d’augmenter leurs propres réserves. Pour les investisseurs particuliers, l’achat d’or physique comme diversification à long terme s’inscrit donc dans une tendance qui touche également les plus grandes institutions financières de la planète.

Les chiffres de 2026 montrent cependant pourquoi il faut éviter les slogans trop simplistes. Le rythme des achats n’est pas parfaitement linéaire. Les banques centrales peuvent vendre une partie de leurs réserves pour des raisons de liquidité, de gestion de change ou de politique monétaire. Au premier semestre 2026, la demande nette officielle a notamment été affectée par des ventes importantes de la Turquie, de la Russie et de l’Azerbaïdjan. Mais le deuxième trimestre a marqué un net rebond, avec 289 tonnes d’achats nets, contre un premier trimestre révisé à 57 tonnes. Cette volatilité ne remet pas en cause le changement structurel : l’or est redevenu un actif stratégique pour de nombreux gestionnaires de réserves. À ce titre, investir dans l’or physique pour accompagner une stratégie de diversification revient à s’intéresser à un actif dont la demande institutionnelle possède désormais une profondeur considérable.

L’or redevient-il une forme de monnaie mondiale ?

La question est provocatrice, mais elle mérite d’être posée. L’or n’est évidemment plus une monnaie officielle internationale au sens classique du terme. Il n’est pas utilisé quotidiennement pour régler les salaires ou payer les factures. Pourtant, sa fonction au sein des réserves officielles évolue. Lorsqu’une banque centrale augmente sa position en or, elle cherche généralement à détenir un actif qui n’est pas la créance d’un autre État. Cette distinction est fondamentale. Une obligation souveraine représente une dette émise par un gouvernement ; l’or, lui, n’est la dette de personne. Dans un monde où les sanctions financières, les tensions géopolitiques et la fragmentation commerciale prennent davantage d’importance, cette caractéristique peut expliquer une partie du regain d’intérêt institutionnel. C’est également ce qui rend l’or physique intéressant dans une stratégie patrimoniale diversifiée.

Cette transformation doit cependant être interprétée avec prudence. Il serait excessif d’affirmer que les banques centrales abandonnent le dollar ou que l’or va remplacer les monnaies nationales. Le dollar demeure au cœur du système financier mondial. Mais une diversification progressive des réserves peut produire un effet très important sans qu’un remplacement brutal soit nécessaire. Il suffit que les banques centrales consacrent une fraction supplémentaire de leurs réserves à l’or pour créer une demande structurelle durable. L’enquête 2026 du World Gold Council montre justement que les gestionnaires de réserves anticipent une place croissante de l’or dans leurs portefeuilles au cours des prochaines années. Pour l’épargnant, acheter de l’or physique dans une logique de diversification monétaire peut ainsi être envisagé comme une réponse patrimoniale à cette transformation progressive, sans supposer pour autant la disparition du dollar.

Pourquoi l’offre d’or ne peut pas suivre rapidement une explosion de la demande

C’est probablement l’un des aspects les moins compris du marché aurifère. Lorsque le prix d’une matière première augmente fortement, on pourrait penser que les producteurs vont immédiatement augmenter la production afin de profiter de prix plus élevés. Dans l’industrie minière, cela ne fonctionne pas ainsi. Une découverte géologique ne devient pas une mine productive en quelques mois. Il faut réaliser des campagnes d’exploration, confirmer les ressources, effectuer des études économiques, obtenir des autorisations, financer le projet, construire les infrastructures, développer les installations de traitement et finalement atteindre la production commerciale. Une étude de S&P Global montre que le délai moyen entre la découverte et la mise en production d’une mine atteignait 17,9 ans pour les mines entrées en production entre 2020 et 2023, contre 12,7 ans environ quinze ans auparavant. Pour cette raison, l’or physique constitue un actif dont l’offre ne peut pas être augmentée à volonté.

Cette inertie explique pourquoi le marché de l’or est différent de nombreuses industries manufacturières. Si la demande mondiale de smartphones double, les fabricants peuvent augmenter les capacités industrielles relativement rapidement. Pour une mine d’or, une hausse spectaculaire du prix peut améliorer immédiatement les marges des producteurs existants, mais elle ne crée pas instantanément de nouvelles tonnes disponibles. S&P Global estime par ailleurs que les mines d’or étudiées dans son analyse présentaient un délai moyen de développement de 15,2 ans entre découverte et production. Cette contrainte structurelle constitue un soutien potentiel de long terme pour le métal lorsque la demande augmente durablement. C’est aussi une raison pour laquelle détenir une quantité d’or physique dans une stratégie patrimoniale de long terme peut être considéré différemment d’une exposition à une matière première dont l’offre serait rapidement extensible.

Les sociétés minières : un effet de levier sur le cours de l’or

Lorsque l’or augmente, les producteurs peuvent bénéficier d’un effet de levier opérationnel important. Une mine supporte une partie de ses coûts indépendamment du prix de vente du métal. Si le cours de l’or progresse alors que certains coûts restent relativement stables, la marge disponible par once peut augmenter beaucoup plus rapidement que le prix du métal lui-même. C’est l’une des raisons pour lesquelles les actions minières peuvent parfois connaître des mouvements bien plus importants que l’or physique. Mais ce levier fonctionne dans les deux directions : lorsque le cours baisse ou lorsque les coûts explosent, les marges peuvent se contracter brutalement. Cette distinction est essentielle pour tout investisseur. acheter de l’or physique pour bénéficier directement de l’évolution du métal ne présente pas les mêmes risques opérationnels qu’acquérir des actions d’entreprises minières.

L’industrie minière semble néanmoins avoir tiré des leçons douloureuses des précédents cycles. Durant certaines phases de hausse des années 2000 et du début des années 2010, les entreprises ont réalisé des acquisitions coûteuses afin d’augmenter rapidement leur production, parfois au détriment de la rentabilité et du rendement pour les actionnaires. La discipline financière est aujourd’hui davantage mise en avant : réduction des coûts, dividendes, rachats d’actions, optimisation des actifs et acquisitions plus sélectives. Cette évolution est importante parce qu’un marché haussier de l’or ne profite véritablement aux actionnaires miniers que si les entreprises transforment la hausse du prix du métal en flux de trésorerie et en bénéfices. Pour un investisseur qui souhaite réduire l’exposition au risque propre aux entreprises, l’or physique reste une manière plus directe de s’exposer au métal précieux.

Le modèle des royalties : pourquoi Pierre Lassonde le considère comme exceptionnel

Lassonde défend depuis longtemps un modèle particulier de l’industrie aurifère : celui des sociétés de royalties et de streaming. Le principe consiste à financer une partie du développement minier en échange d’un droit économique sur une fraction de la production ou des revenus futurs. L’intérêt est considérable : la société de royalties ne supporte généralement pas la totalité des coûts opérationnels d’une mine et peut bénéficier de l’augmentation de la production lorsqu’un opérateur découvre de nouvelles ressources sur un actif déjà couvert par son accord. Cette « optionalité » constitue l’un des grands arguments du modèle. Pour autant, il ne faut pas confondre ce type d’investissement avec la détention d’or physique : les royalties restent des titres financiers soumis au risque boursier, au risque de gestion et au risque juridique. Dans une allocation diversifiée, l’or physique permet précisément de compléter les actifs financiers par un actif tangible.

Le risque politique devient central pour les investisseurs miniers

Une mine peut être exceptionnellement rentable sur le papier et pourtant constituer un mauvais investissement si son environnement politique devient imprévisible. Les sociétés minières doivent donc analyser bien davantage que la teneur du minerai ou le coût de production. Elles doivent étudier la stabilité juridique du pays, le régime fiscal, la réglementation environnementale, les relations avec les communautés locales, la sécurité, la propriété des infrastructures et le risque de modification brutale du code minier. L’expérience récente de plusieurs pays producteurs montre que le risque juridictionnel peut devenir aussi important que le risque géologique. C’est pourquoi la diversification géographique est devenue une composante essentielle de la gestion d’un portefeuille minier. Pour l’investisseur qui ne souhaite pas prendre directement ces risques opérationnels et politiques, l’achat d’or physique offre une exposition beaucoup plus simple au métal lui-même.

Cette problématique explique également pourquoi les producteurs les plus solides cherchent à posséder plusieurs actifs dans plusieurs juridictions. Une entreprise qui exploite une seule mine peut voir son chiffre d’affaires quasiment disparaître si cette opération est interrompue. Une entreprise disposant de plusieurs mines peut absorber plus facilement un incident local. Cette logique de portefeuille rappelle d’ailleurs un principe fondamental de l’investissement : le rendement potentiel ne doit jamais être dissocié de la concentration du risque. Même une mine exceptionnelle peut rencontrer un problème inattendu. Pour l’épargnant qui cherche avant tout à construire une réserve tangible indépendante d’une entreprise, d’un permis minier ou d’une juridiction spécifique, l’or physique offre une forme de diversification patrimoniale différente.

Et si l’or atteignait 17 000 dollars ?

La prévision de 17 000 dollars l’once évoquée par Lassonde est sans doute l’élément le plus spectaculaire de son analyse. Il serait toutefois dangereux de la présenter comme une prévision certaine. Un tel niveau supposerait une transformation considérable du rapport entre l’or, les monnaies et les actifs financiers. Il pourrait résulter d’une combinaison de facteurs : inflation durable, dépréciation du dollar, déficits persistants, crise de confiance dans les obligations souveraines, achats massifs des banques centrales et nouvelle accélération de la demande d’investissement. L’intérêt de ce scénario n’est donc pas le chiffre pris isolément, mais la question qu’il pose : que devrait-il se produire dans l’économie mondiale pour qu’une once d’or vaille plusieurs fois son niveau actuel ? La réponse conduit directement à la dette, aux taux réels et à la confiance monétaire. Dans ce cadre, acheter de l’or physique peut être envisagé comme une protection contre des scénarios monétaires extrêmes, sans que cela implique de croire automatiquement à une cible précise.

L’histoire rappelle d’ailleurs qu’une hausse spectaculaire de l’or ne nécessite pas forcément une crise financière immédiate. Dans certaines phases historiques, le métal progresse simplement parce que les investisseurs commencent à considérer que la monnaie perd progressivement du pouvoir d’achat. L’or peut alors monter parallèlement aux taux nominaux si les taux réels restent faibles ou négatifs. C’est un point particulièrement important : ce n’est pas le niveau absolu des taux qui compte exclusivement, mais leur niveau après prise en compte de l’inflation anticipée et réalisée. Lorsque le rendement réel des obligations devient peu attractif, le coût d’opportunité de la détention d’or diminue. Dans un tel environnement, détenir de l’or physique comme actif sans rendement nominal mais sans risque de crédit direct peut retrouver une place plus importante dans les stratégies patrimoniales.

L’argent peut-il suivre le même chemin que l’or ?

L’argent mérite une analyse différente. Contrairement à l’or, il possède une composante industrielle beaucoup plus importante. Il intervient notamment dans certaines technologies électroniques, dans les panneaux photovoltaïques et dans différentes applications industrielles. Cela signifie que son prix dépend à la fois de la demande d’investissement et de la conjoncture économique. Une partie importante de l’argent produit dans le monde est également obtenue comme sous-produit de mines exploitant principalement d’autres métaux. Cette caractéristique limite la capacité des producteurs à augmenter rapidement l’offre uniquement parce que le prix de l’argent progresse. Pour un particulier souhaitant diversifier son exposition aux métaux précieux, l’or et l’argent physiques permettent ainsi de répondre à des logiques complémentaires.

Mais l’argent n’est pas simplement un « petit or ». Sa demande industrielle crée une dynamique propre. Si son prix augmente fortement, certaines entreprises chercheront à réduire la quantité d’argent utilisée dans leurs produits ou à trouver des matériaux de substitution. Cette élasticité peut limiter certaines phases de hausse. L’or, en revanche, est beaucoup moins soumis à ce mécanisme industriel : son principal rôle économique est monétaire, financier et patrimonial. C’est pourquoi, dans le scénario défendu par Lassonde, l’or apparaît comme le métal le plus directement concerné par le phénomène de diversification des réserves des banques centrales. Pour ceux qui souhaitent néanmoins explorer l’ensemble du marché des métaux précieux, découvrir l’or et l’argent physiques disponibles permet d’envisager les deux métaux selon leurs caractéristiques propres.

La confiscation de l’or : faut-il réellement craindre un nouveau scénario de 1933 ?

La question de la confiscation de l’or revient régulièrement lorsque le métal connaît une forte progression. Elle renvoie notamment à l’expérience américaine de 1933, lorsque le gouvernement de Franklin Roosevelt a imposé des restrictions importantes sur la détention privée de l’or monétaire. Mais le contexte actuel est profondément différent. À cette époque, l’or occupait une fonction monétaire directe dans le système financier américain. Aujourd’hui, les États-Unis fonctionnent avec une monnaie fiduciaire qui n’est plus convertible en or à un prix fixe. Le gouvernement fédéral n’a donc pas besoin de récupérer l’or des particuliers pour créer des dollars. Cela ne permet pas d’affirmer qu’aucune réglementation future ne pourrait jamais modifier le traitement fiscal ou juridique de l’or, mais cela rend une répétition exacte du scénario de 1933 beaucoup moins évidente. Pour un investisseur, acheter de l’or physique doit donc surtout s’inscrire dans une réflexion globale sur la diversification et la conservation patrimoniale.

La vraie leçon de Lassonde : éviter les erreurs plutôt que chercher le coup parfait

Il y a finalement une leçon plus importante que la cible de 17 000 dollars. Au cours de sa carrière, Lassonde reconnaît avoir connu des investissements gagnants mais aussi de nombreuses erreurs. Cette expérience conduit à une conclusion particulièrement saine pour les investisseurs : il est impossible d’éviter toutes les erreurs, mais il est possible de limiter leur coût. Dans l’industrie aurifère, cela signifie notamment distinguer un producteur rentable d’un explorateur qui dépend encore d’un financement futur, séparer une entreprise disposant d’un actif exceptionnel d’une société dont la valorisation repose sur des hypothèses extrêmement optimistes, et surtout éviter de confondre un marché haussier avec la garantie que toutes les actions minières vont monter. Pour l’épargnant qui préfère réduire les risques spécifiques aux entreprises, l’or physique constitue une exposition plus directe au métal précieux.

Cette prudence est d’autant plus importante que les marchés haussiers ont tendance à faire disparaître temporairement la perception du risque. Lorsque les prix progressent, les entreprises les plus fragiles peuvent bénéficier d’une valorisation spectaculaire, même si leurs fondamentaux restent médiocres. Puis, lorsque le cycle se retourne, la liquidité disparaît rapidement et les investisseurs découvrent que toutes les sociétés minières ne se valent pas. Le même raisonnement s’applique à l’or physique : son achat ne doit pas être motivé uniquement par la peur de manquer une hausse. La question essentielle consiste à déterminer quelle place il doit occuper dans un patrimoine, sur quelle durée et avec quel objectif. Dans cette optique, acheter de l’or physique comme composante d’une stratégie patrimoniale réfléchie est très différent d’une opération spéculative à court terme.

Pourquoi le marché haussier actuel pourrait être différent des précédents

Le scénario actuel possède une particularité majeure : plusieurs moteurs de la demande fonctionnent simultanément. L’investissement en or bénéficie de l’incertitude géopolitique et économique, les banques centrales cherchent à diversifier leurs réserves, les investisseurs particuliers peuvent accéder facilement aux lingots, pièces et produits financiers adossés à l’or, tandis que l’offre minière demeure structurellement lente à développer. En 2025, le World Gold Council a recensé 53 nouveaux records historiques du prix de référence LBMA et une production minière mondiale estimée à 3 672 tonnes, soit une progression limitée. Cette combinaison entre demande soutenue et offre rigide constitue le cœur du scénario haussier. Dans ce contexte, l’or physique peut jouer un rôle de diversification face aux grandes tendances monétaires mondiales.

Il serait pourtant imprudent d’en conclure que l’or montera sans interruption. Les corrections sont inhérentes aux marchés haussiers. Une remontée du dollar, une hausse durable des taux réels, une baisse des tensions géopolitiques ou un retour massif de l’appétit pour le risque pourraient provoquer des phases de consolidation importantes. Même les achats des banques centrales ne sont pas linéaires, comme l’a montré le premier semestre 2026. La thèse haussière doit donc être considérée comme un scénario probabiliste, pas comme une certitude. Pour l’épargnant, acheter de l’or progressivement plutôt que rechercher le point d’entrée parfait peut être une approche plus cohérente avec une logique patrimoniale de long terme, sous réserve de ses objectifs, de son horizon et de sa situation financière.

Le véritable signal à surveiller : la confiance dans le système monétaire

Au fond, la question essentielle n’est peut-être pas de savoir si l’or atteindra 5 000, 10 000 ou 17 000 dollars. La question est de savoir pourquoi les investisseurs seraient prêts à payer toujours plus cher pour obtenir une once. Si cette demande est alimentée principalement par une perte de confiance dans les monnaies, les obligations souveraines ou la capacité des gouvernements à maîtriser leurs déficits, alors la hausse de l’or devient le symptôme d’un phénomène plus profond. Le métal précieux ne crée pas la crise de confiance : il la mesure. C’est en cela que la formule d’« anti-dollar » est intéressante. Lorsque le dollar est perçu comme une réserve de valeur fiable, l’or peut rester relativement discret. Lorsque cette confiance est remise en question, l’or peut redevenir l’un des actifs vers lesquels le capital se dirige. Dans cette perspective, détenir de l’or physique revient à posséder un actif monétaire sans émetteur souverain.

Les données de 2026 renforcent cette idée sans pour autant annoncer une rupture imminente du système monétaire. Le World Gold Council indique que les banques centrales ont accumulé en moyenne environ 1 000 tonnes d’or par an au cours des quatre dernières années, contre environ 500 tonnes par an durant la décennie précédente. Ce changement de rythme est suffisamment important pour être considéré comme une tendance structurelle plutôt qu’un simple phénomène spéculatif. La diversification des réserves ne signifie pas nécessairement que le dollar va disparaître, mais elle indique que certaines institutions souhaitent dépendre moins exclusivement d’un seul actif de réserve. Pour les investisseurs particuliers, l’achat d’or physique peut ainsi être compris comme une démarche de diversification face à cette évolution du système financier.

Alors, l’or à 17 000 dollars est-il vraiment possible ?

Oui, un tel niveau est mathématiquement et économiquement possible ; non, il ne peut pas être présenté aujourd’hui comme une certitude. Pour qu’une once atteigne un niveau aussi élevé, il faudrait probablement une combinaison de plusieurs facteurs particulièrement puissants : inflation monétaire persistante, affaiblissement significatif du dollar, accumulation massive des réserves d’or par les banques centrales, déficits budgétaires durablement élevés, baisse des taux réels ou perte de confiance dans les obligations souveraines. Un choc systémique majeur pourrait également accélérer le processus. Mais il existe également des scénarios dans lesquels l’or progresserait beaucoup moins que prévu, notamment si les États-Unis réussissaient à stabiliser leur dette relativement au PIB, si la croissance nominale restait robuste et si les taux réels demeuraient durablement attractifs. Pour cette raison, acheter de l’or ne devrait jamais reposer uniquement sur la promesse d’un cours futur.

La véritable force de la thèse de Lassonde se trouve donc moins dans le chiffre de 17 000 dollars que dans l’accumulation des signaux qu’il met en avant. Une dette américaine supérieure à 40 000 milliards de dollars, une demande institutionnelle élevée, des banques centrales qui souhaitent davantage d’or, une offre minière incapable de réagir rapidement, des tensions géopolitiques persistantes et une recherche de diversification monétaire constituent un ensemble qu’il est difficile d’ignorer. Les données les plus récentes confirment une partie importante de cette toile de fond, même si elles ne garantissent évidemment aucune trajectoire de prix. Dans ce contexte, l’or physique apparaît comme un actif à considérer dans une réflexion globale sur la préservation du patrimoine.

La conclusion à retenir : l’or ne dort jamais vraiment

Le marché de l’or traverse peut-être l’une de ses périodes les plus intéressantes depuis plusieurs décennies. Non pas parce qu’une prévision spectaculaire serait nécessairement exacte, mais parce que les fondations du marché ont changé. Pendant longtemps, l’or était essentiellement considéré comme une assurance contre les crises. Il redevient progressivement un actif stratégique pour des investisseurs institutionnels, des banques centrales et des épargnants qui cherchent à diversifier leurs réserves. La dette américaine, à elle seule, ne suffit pas à provoquer une hausse infinie du métal. Mais combinée à une politique budgétaire difficile à inverser, à une demande officielle soutenue, à des contraintes de production et à une fragmentation croissante du système financier mondial, elle constitue un facteur que les investisseurs ne peuvent plus facilement écarter. Dans ce nouvel environnement, découvrir les solutions d’achat d’or et d’argent physiques peut constituer une première étape pour ceux qui souhaitent étudier concrètement la place des métaux précieux dans leur patrimoine.

La formule pourrait finalement être résumée ainsi : l’histoire ne se répète pas exactement, mais les mécanismes humains, eux, reviennent souvent. Lorsque la confiance est forte, les investisseurs privilégient volontiers les actifs productifs, les obligations et les monnaies. Lorsque la confiance se fissure, ils recherchent des actifs capables de conserver une valeur indépendamment de la promesse d’un émetteur. C’est précisément là que l’or intervient. Il ne promet aucun dividende, ne verse aucun coupon et ne produit aucun bénéfice d’exploitation. Mais il possède une caractéristique unique : personne n’a besoin de croire à la solvabilité d’un gouvernement ou d’une entreprise pour lui reconnaître une valeur. C’est cette propriété, plus encore que n’importe quelle prévision de cours, qui explique pourquoi l’or continue de traverser les siècles. Et si le monde entre réellement dans une décennie dominée par la dette, la dédollarisation progressive et la recherche de réserves tangibles, alors l’or physique pourrait bien rester l’un des grands actifs de diversification de cette nouvelle époque monétaire.

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