Le message est clair : selon Adrian Day, le marché haussier de l’or est loin, très loin d’être terminé. Interviewé lors du PDAC à Toronto, il affirme que nous ne sommes ni dans une bulle, ni même proches d’un sommet. Au contraire, les moteurs fondamentaux qui ont propulsé l’or ces dernières années restent pleinement en place. Dans ce contexte d’incertitudes monétaires croissantes, acheter de l’or physique pour sécuriser son patrimoine apparaît comme une décision rationnelle plutôt qu’émotionnelle.
Des acheteurs puissants… et insensibles au prix
Depuis deux à trois ans, les principaux acheteurs d’or ne sont pas les particuliers occidentaux, mais des acteurs institutionnels majeurs. Les banques centrales ont accumulé massivement du métal pour diversifier leurs réserves. Plus surprenant encore, Tether aurait acheté davantage d’or que certaines banques centrales l’an dernier, signe que de nouveaux acteurs systémiques entrent dans la danse. Ces acheteurs sont largement insensibles aux fluctuations de court terme : ils accumulent pour des raisons stratégiques. Face à cette demande structurelle, détenir de l’or physique hors système bancaire constitue une réponse logique pour les épargnants.
Les investisseurs particuliers encore absents
Un élément central du raisonnement d’Adrian Day est l’absence du grand public occidental. Les flux vers les ETF aurifères comme le VanEck Gold Miners ETF (GDX) restent modestes comparés aux cycles précédents. Les fonds généralistes, qui détenaient systématiquement une exposition à l’or jusqu’en 2011, sont aujourd’hui quasi absents du secteur. Tant que le grand public et les fonds traditionnels ne sont pas pleinement investis, il est difficile de parler de bulle. Cette sous-exposition massive renforce l’idée que l’investissement en or physique à long terme conserve un potentiel significatif.
La dépendance aux “Magnificent Seven” fragilise les marchés
Les indices américains ont été portés ces dernières années par quelques géants technologiques, souvent surnommés les “Magnificent Seven”, dont Nvidia et Apple. Mais lorsque la performance repose sur un nombre restreint d’actions, le risque systémique augmente. Si ces piliers venaient à corriger fortement, les investisseurs généralistes chercheraient rapidement des alternatives défensives. L’or serait alors un candidat naturel, ce qui renforce l’intérêt d’se positionner dès maintenant sur l’or d’investissement avant un éventuel afflux massif de capitaux.
Géopolitique : un catalyseur, mais pas le moteur principal
Historiquement, les crises géopolitiques ont souvent eu un impact temporaire sur l’or. L’exemple de l’invasion de l’Ukraine par la Russie illustre ce phénomène : la hausse a précédé l’événement, puis le prix s’est stabilisé. Pour Adrian Day, le véritable moteur est monétaire : perte de confiance dans les devises, explosion des déficits et accumulation de dettes. Dans ce contexte structurel, constituer une réserve en or physique tangible relève davantage de la prudence financière que de la spéculation.
Une impasse budgétaire aux États-Unis
La dette américaine atteint des niveaux records, et les paiements d’intérêts rivalisent désormais avec les dépenses militaires. Malgré les promesses politiques, aucune réforme budgétaire structurelle ne semble émerger à Washington. Même sous la présidence de Donald Trump, les dépenses publiques n’ont pas significativement diminué. Sans volonté claire de réduction des déficits, l’issue la plus probable reste l’inflation monétaire progressive. Face à ce scénario, acheter de l’or pour se protéger de l’inflation devient une stratégie de préservation du pouvoir d’achat.
Monnaies en déclin et fuite des capitaux
Le dollar a récemment connu l’une de ses plus fortes baisses semestrielles depuis des décennies. Pour les investisseurs étrangers, la performance des actions américaines est amputée par la faiblesse de la devise. Cette dynamique favorise une réallocation vers les marchés hors États-Unis, notamment le Royaume-Uni ou l’Asie. Mais lorsque les monnaies se déprécient collectivement, l’or agit comme étalon neutre. Dans cette optique, détenir de l’or physique en diversification internationale protège contre les risques de change.
Les matières premières à des plus bas historiques relatifs
Les indices de matières premières, comme le Bloomberg Commodity Index, évoluent toujours à des niveaux historiquement bas par rapport aux actifs financiers. Même avec un cuivre solide et un pétrole résilient, le complexe des ressources reste sous-valorisé face aux actions américaines. Dans les cycles passés, ces périodes ont précédé des réallocations majeures. Dans cette perspective de rééquilibrage global, intégrer de l’or physique dans son allocation stratégique permet d’anticiper un retournement de cycle.
Or, valeur et marchés internationaux : un changement de leadership ?
Après 15 années de surperformance américaine, les marchés internationaux reprennent de la vigueur. L’indice S&P 500, représenté par le S&P 500, pourrait céder son leadership aux marchés “World ex-US”. Historiquement, ces rotations durent plusieurs années. Dans ce contexte de transition financière mondiale, renforcer sa position en or physique dès aujourd’hui constitue un socle défensif indépendant des rotations boursières.
Conclusion : un cycle long, porté par la monnaie
Pour Adrian Day, la hausse de l’or ne repose pas sur une euphorie spéculative, mais sur des déséquilibres profonds : endettement structurel, absence de discipline budgétaire, fragilité des monnaies et sous-exposition massive des investisseurs occidentaux. Tant que ces facteurs persistent, le marché haussier de l’or conserve une base solide.
Nous ne serions donc pas en fin de cycle, mais potentiellement dans sa phase intermédiaire. Et lorsque les investisseurs généralistes reviendront massivement vers le métal jaune, le mouvement pourrait s’accélérer brutalement.
Dans une période où la confiance dans les devises s’effrite lentement mais sûrement, l’or redevient ce qu’il a toujours été : une assurance contre l’imprévisible.


