La France entre dans une séquence historique de bascule
La France traverse, selon l’économiste et historien Nicolas Baverez, un moment de bascule historique où la crise sociale, la crise financière et la crise institutionnelle se renforcent mutuellement. Invité d’Ecorama sur Boursorama le 21 octobre 2026, il décrit un pays qui aurait perdu simultanément le contrôle de l’ordre public et celui de ses finances publiques, avec une économie à l’arrêt et un État au bord de la faillite. Pour lui, la situation est sans précédent depuis la fin de la Quatrième République : la disparition de la paix civile et l’impossibilité de redresser les comptes publics surplombent désormais toute la vie politique française. Dans ce climat d’incertitude extrême, la protection du patrimoine devient une préoccupation centrale, et beaucoup d’épargnants cherchent à acheter de l’or pour se prémunir contre une dégradation durable de la situation économique.
Baverez ne présente pas les violences récentes comme un simple épisode de maintien de l’ordre mal maîtrisé. Il parle d’une véritable « guerre urbaine », marquée par des émeutiers mieux organisés et parfois mieux équipés que les forces de l’ordre, par des violences contre les biens mais aussi contre les personnes, et par des intrusions dans des domiciles. Selon lui, les centres-villes de l’axe Lille-Paris-Lyon-Marseille, autour duquel fonctionne l’économie française, ont été « mis à sac ». Il en conclut à une « faillite de l’ordre public » et à la disparition de la paix civile, une situation qu’il rapproche des années 1930. Face à ce risque, la recherche de valeurs refuges reprend, et l’or physique reste l’un des actifs les plus directement associés à la préservation du capital : acheter un lingot d’or apparaît ainsi comme une réponse concrète à l’inquiétude patrimoniale.
Des couvre-feux efficaces, mais une gravité intacte
Nicolas Baverez reconnaît que les couvre-feux ciblés semblent avoir fonctionné lors des deux dernières nuits, puisqu’aucun incident notable n’a été signalé. Toutefois, il refuse d’y voir la fin de la crise : l’efficacité ponctuelle de cette mesure ne supprime pas, à ses yeux, la gravité de ce qui s’est produit ni le changement de nature des violences. Il insiste sur l’ultraviolence, les agressions contre les personnes, les pillages et les intrusions domiciliaires, qui dépassent selon lui le cadre habituel des manifestations et des émeutes urbaines. Cette insécurité généralisée nourrit un sentiment de vulnérabilité qui pousse naturellement les ménages à sécuriser leur épargne, notamment en décidant d’acheter un Napoléon 20 francs, une pièce d’or historique, liquide et accessible.
Le risque d’un nouvel épisode de violences demeure entier à ses yeux. Alors que le gouvernement annonce un dispositif policier massif pour faire face à un possible « acte 2 », Baverez estime que Paris pourra sans doute être protégé compte tenu de la gravité des événements précédents, mais qu’il existe un véritable doute sur la capacité des forces de sécurité à tenir à la fois la capitale et l’ensemble des grandes villes touchées par des dégradations majeures. Il évoque une police en sous-effectif, sous-équipée et confrontée à des pénuries de munitions, ainsi que des moyens de renseignement et d’anticipation qui n’ont pas fonctionné. Dans un tel contexte, l’or n’est pas seulement un actif financier : il devient aussi un symbole de protection contre l’imprévisible, ce qui explique l’intérêt croissant pour l’achat de pièces d’or.
Un pays devenu repoussoir pour les investisseurs
Pour Nicolas Baverez, les conséquences de cette séquence ne sont pas seulement sécuritaires : elles sont économiques, financières et stratégiques. Il affirme que la France est devenue un « repoussoir », avec une fuite massive des investisseurs, des capitaux et des touristes. Cette défiance se traduit directement sur les marchés de la dette souveraine, où les investisseurs exigent désormais une rémunération plus élevée pour prêter à l’État français. Le 21 octobre 2026, le rendement de l’OAT française à dix ans a dépassé 5%, atteignant 5,005% en séance, un niveau inédit depuis 2002.
Cette remontée des taux n’est pas un détail technique réservé aux traders. Elle renchérit le coût de refinancement de l’État, alourdit la charge de la dette et finit par se diffuser dans l’économie réelle, notamment à travers le crédit immobilier, le financement des entreprises et la consommation. Franceinfo relève que le taux français à dix ans est devenu le plus élevé de la zone euro, devant l’Italie, la Grèce et l’Espagne, signe que les investisseurs considèrent la France comme le pays le plus risqué du bloc. Dans ce climat, l’or physique redevient un réflexe de préservation, et les investisseurs particuliers peuvent acheter de l’or physique afin de réduire leur exposition à un système financier de plus en plus tendu.
La France est déjà en crise financière, selon Baverez
Nicolas Baverez est catégorique : la France est déjà en crise financière. Il refuse toutefois la comparaison avec la Grèce et privilégie celle avec l’Italie de 2011, lorsque le pays avait été sauvé par la Banque centrale européenne après une crise politique et budgétaire majeure. Selon lui, la France se trouve dans une trajectoire comparable : les marchés continuent de prêter, mais à un prix croissant, et le risque est qu’ils finissent par exiger des taux de 7 ou 8%. À ce stade, la charge d’intérêt deviendrait si lourde qu’elle absorberait une part croissante de ce que produit encore l’économie française.
Les chiffres disponibles confirment l’ampleur du problème. La dette publique française atteignait 3 595,5 milliards d’euros à la fin du deuxième trimestre 2026, soit 119% du PIB, après 117,5% au trimestre précédent. Le déficit public reste, selon La Tribune, au-dessus de 5% du PIB, avec 5,1% en 2025, 5,4% attendus en 2026 et 5% projetés en 2027, tandis que la dette publique devrait atteindre 121,7% du PIB l’an prochain. Face à cette spirale, la détention d’or est présentée par de nombreux épargnants comme une assurance contre la perte de confiance dans la dette souveraine : investir dans les pièces d’or permet d’accéder à un actif tangible, sans contrepartie bancaire.
Des taux à 5% : un signal d’alarme majeur
Le franchissement des 5% sur l’OAT à dix ans constitue un choc symbolique. Ce niveau n’avait plus été atteint depuis juillet 2002, et il intervient dans un contexte de tensions sociales, d’incertitudes budgétaires et de blocage politique. L’écart avec l’Allemagne, référence de la zone euro, atteignait 1,57 point de pourcentage le 21 octobre, son niveau le plus élevé depuis 2011 selon Le Monde. Cet écart, appelé spread, mesure précisément la défiance relative des investisseurs : plus il se creuse, plus la France paie cher par rapport à ses voisins européens.
Baverez estime que le budget 2027 repose sur des hypothèses « complètement déraisonnables », notamment une croissance trop optimiste, des hypothèses de prix du pétrole et de taux d’intérêt jugées irréalistes, ainsi qu’une inflation sous-estimée. Pour lui, le déficit annoncé de 5% est donc déjà faux, et la France se dirige vers un plan de restructuration imposé soit par la BCE, soit par une troïka associant la BCE et l’Union européenne. Dans cette perspective, la monnaie papier perd de sa crédibilité aux yeux d’une partie des épargnants, qui préfèrent acheter des Napoléons or, des pièces reconnues, divisibles et historiquement utilisées comme réserve de valeur.
Un accident de marché devient possible
Le scénario redouté par Nicolas Baverez est celui d’un accident de marché : une émission du Trésor qui ne trouverait plus preneur, ou qui ne trouverait preneur qu’à des conditions financières insoutenables. Tant que les créanciers continuent de prêter, la France évite la rupture immédiate, mais chaque nouvelle émission se fait à un coût plus élevé. Le message envoyé par la classe politique, selon Baverez, est celui d’un refus de traiter les problèmes structurels du pays : les rares mesures d’économie sont annulées, les impôts augmentent, la consommation faiblit, l’investissement des entreprises recule et les exportations diminuent faute de gains de productivité.
Cette dynamique crée un cercle vicieux. Plus la défiance monte, plus les taux augmentent ; plus les taux augmentent, plus la charge de la dette explose ; plus la charge de la dette explose, plus le déficit se creuse et plus les marchés exigent de primes de risque. La Cour des comptes estime que la charge de la dette a atteint 64,7 milliards d’euros en 2025 et pourrait approcher 100 milliards d’euros en 2029. Dans un tel environnement, l’or conserve un rôle de diversification patrimoniale, et les épargnants qui souhaitent se protéger peuvent acheter un lingot d’or pour détenir un actif physique hors du système bancaire.
Le prochain président sera dans les mains des marchés
Le titre de l’intervention de Nicolas Baverez résume son diagnostic central : le prochain président ou la prochaine présidente de la République sera « dans les mains des marchés financiers » et des partenaires européens. Peu importe, selon lui, le vainqueur de la prochaine élection ou les promesses de campagne : il devra d’abord rétablir un minimum de paix civile, puis négocier ou appliquer un plan d’ajustement préparé par la BCE et les partenaires européens de la France. Il affirme que ce plan sera extrêmement rude et qu’il pourrait viser un retour à 3% de déficit en douze mois, avec des conséquences sociales bien plus dures que les difficultés actuelles de pouvoir d’achat.
Baverez rappelle plusieurs précédents pour étayer son analyse. En Italie, Silvio Berlusconi a dû démissionner en 2011 et un plan de rigueur a été appliqué, si bien que le pouvoir d’achat italien n’aurait retrouvé son niveau de 2012 qu’en 2022, soit une décennie perdue. En Grèce, le référendum de 2015 a rejeté massivement le plan d’ajustement, mais le gouvernement a finalement signé un accord avec les créanciers. Selon Baverez, la Grèce a perdu 24% de PIB et connu 30% de chômage, et il estime qu’une sortie de l’euro aurait été encore plus destructrice. Son message est sans ambiguïté : un État en faillite ne gagne jamais contre les marchés.
La perte de maîtrise du destin national
Pour Baverez, la dernière grande bascule de l’histoire française remonte à 1958, lorsque la Cinquième République a été fondée sur l’idée que l’État devait être le réassureur de la nation et que les dirigeants comme les citoyens devaient garder la maîtrise de leur destin. Il estime qu’Emmanuel Macron a provoqué la bascule inverse en transformant, selon ses mots, un déclin en effondrement économique, social, sécuritaire et politique. Il affirme que la France a perdu la maîtrise de son destin, et que les marchés comme les partenaires européens imposeront des conditions très dures au prochain pouvoir.
Il va même plus loin en évoquant une dimension stratégique : dans certaines capitales européennes, on envisagerait selon lui de demander, en échange d’un sauvetage de la France, des formes de mutualisation de la dissuasion nucléaire. Cette hypothèse illustre, dans son analyse, l’étendue de la dépendance dans laquelle se trouverait le pays en cas de crise de la dette. La France ne jouerait plus seulement avec son propre argent, mais aussi avec la monnaie des autres : la dégradation de la confiance envers Paris fait monter les taux pour l’ensemble de la zone euro et pénalise des pays ayant mené des réformes. Dans ce contexte de perte de souveraineté économique, l’or physique redevient un actif de souveraineté individuelle, et acheter des pièces d’or permet de détenir une réserve de valeur indépendante des décisions politiques.
Une République et un État de droit fragilisés
Nicolas Baverez conclut sur un avertissement politique et moral : la République et l’État de droit tiennent, selon lui, à un fil fragile. Il estime que ce qui est remis en cause aujourd’hui, c’est la capacité de la France à régler ses conflits autrement que par la violence et le rapport de force. Il critique l’absence d’autorité publique, le vide politique et l’incapacité de l’État à assurer ses missions fondamentales : l’éducation, la santé, la police et la justice. Il dénonce également une économie administrée, des prélèvements parafiscaux qui réduisent le pouvoir d’achat et une bureaucratie qui, selon lui, ne produit plus de résultats.
Il appelle à un ressaisissement de l’État, à une réponse beaucoup plus ferme sur l’ordre public, à une meilleure anticipation des violences et à un démantèlement de ce qu’il considère comme des taxes et des mécanismes bureaucratiques inefficaces. Il rejette l’idée d’un recours massif à l’armée pour maintenir l’ordre, estimant que ce ne serait pas sa mission et que cela représenterait une faillite complète, même s’il admet des formes de coopération avec la gendarmerie et ses moyens blindés. Pour lui, la priorité absolue est de réorganiser et de renforcer les forces de sécurité intérieure, avant d’envisager toute mesure d’exception.
Ce que cela signifie pour les épargnants français
Le message de Nicolas Baverez est brutal : la France ne fait pas face à une simple période de turbulence, mais à une combinaison inédite de crise sociale, de crise budgétaire, de crise politique et de risque financier. Les marchés ont déjà commencé à sanctionner le pays, avec des taux à dix ans au-dessus de 5% pour la première fois depuis 2002, un spread record avec l’Allemagne depuis 2011 et une dette publique supérieure à 119% du PIB. Tant que le pays ne démontre pas sa capacité à rétablir l’ordre public et à redresser ses comptes, la défiance des investisseurs risque de continuer à s’accentuer.
Dans ce décor, l’or physique apparaît comme l’un des rares actifs qui ne dépend ni de la promesse d’un État endetté, ni de la solidité d’une banque, ni de la décision d’une banque centrale. Les pièces d’or, et en particulier le 20 francs Napoléon, offrent une exposition directe au métal précieux tout en restant accessibles, liquides et facilement stockables. Pour les épargnants qui veulent agir avant une aggravation de la crise, acheter un 20 francs Napoléon tête nue constitue une option concrète de diversification patrimoniale face à une France dont l’avenir financier devient, selon Baverez, de moins en moins maîtrisé.