
Dans son livre, Peter Thiel avance la très intéressante notion de « finance indéfinie », dont il donne la description suivante :
« Le caractère indéfini de la finance peut se révéler bizarre. Songer à ce qui se passe quand des patrons qui ont connu la réussite cèdent leur entreprise. Que font-ils de cet argent ? Dans un monde financiarisé, cela se déroule comme suit :
– Les fondateurs ne savent qu’en faire et ils le confient à une grande banque.
– Les banquiers ne savent qu’en faire, ils diversifient en répartissant ces capitaux dans un portefeuille d’investisseurs institutionnels.
– Les investisseurs institutionnels ne savent que faire des capitaux gérés et les diversifient en amassant un portefeuille de titres.
– Les entreprises concernées s’efforcent de pousser le cours de leur action à la hausse pour générer de nouvelles sources de liquidité. Ensuite elles distribuent des dividendes ou se lancent dans des opérations de rachats de leurs propres titres, et le cycle se répète. »
Personne au sein de la chaîne, à aucun moment, ne sait vraiment que faire de cet argent. Personne n’a d’idée claire pour l’investir dans l’économie réelle, les entreprises elles-mêmes font du rachat d’actions. Dans ce « monde indéfini », les acteurs préfèrent se réserver ce que Thiel appelle une « optionalité illimitée » : l’argent est plus précieux que tout ce que l’on pourrait en faire. L’argent n’est plus un moyen tendu vers une fin, c’est une fin en soi. L’entrepreneur américain fustige cette pensée qui tourne en rond : « La finance incarne la pensée indéfinie parce que c’est le seul moyen de gagner de l’argent quand on ne sait absolument pas comment créer de la richesse. »
Seulement, Thiel n’en parle pas, nous arrivons au bout de cette logique avec les taux zéro. Cet argent qui tourne en rond rapporte de moins en moins : quasiment plus sur le marché obligataire, encore un peu sur les marchés actions (mais pour combien de temps ?), éventuellement ici ou là (émergents, matières premières). Il reste aussi le trading haute fréquence, où l’argent tourne quasiment à la vitesse de la lumière et change de main en quelques millisecondes, mais au final pour quoi ? Rien de concret assurément.
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La fin de l’étalon-or nous a fait abandonner la matérialité de l’argent. L’or est à la fois monnaie et matière, un objet tangible ancré dans la réalité des mines et des coffres. L’argent s’est libéré de cette pesanteur, il est devenu électronique, il a enflé par le biais de la dette, il tourne de plus en plus vite pour des rendements qui baissent… Un conseil, accrochez-vous à quelque chose de concret !
Source: goldbroker – GoldBroker.fr tous droits réservés
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