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Etienne Henri: La faillite d’Unilend jette un froid sur le financement participatif
 

Unilend, pionnier du prêt participatif, est en faillite, tué par les taux bas. L’intermédiaire ne pouvait se rémunérer correctement auprès des entreprises emprunteuses.

La rumeur bruissait depuis l’été, c’est maintenant une certitude : la plate-forme de financement participatif Unilend a été placée en liquidation judiciaire le 17 octobre par décision du Tribunal de Commerce de Paris.

En activité depuis 2012, la start-up faisait partie des pionniers du crowdlending français. Elle mettait en relation des entreprises à la recherche d’argent frais et des particuliers en quête de rendement pour leur épargne.

Après les « très grandes difficultés » de Finsquare (selon l’euphémisme de L’AGEFI) qui avaient conduit à son rachat par Len10 au printemps 2016, les acteurs français du financement participatif se retrouvent une nouvelle fois face à la délicate question : le crowdfunding a-t-il sa place dans le paysage économique ?

Le financement participatif : une nouvelle victime des taux bas

Le business model d’Unilend et de ses consœurs n’est pas, en soi, intenable. Peut-être pouvons-nous dire A posteriori (et avec humilité car la critique des échecs entrepreneuriaux est toujours facile) que la direction a pêché par optimisme en surestimant la profondeur du marché.

Ce qui est certain, c’est que le marché du crowdlending est totalement faussé par la politique de taux bas des banques centrales – et notamment la BCE. Remettre le financement de l’industrie entre les mains des épargnants était une belle idée dans l’ère post-subprime, lorsque la liquidité faisait défaut et que les établissements bancaires rechignaient à prêter aux entreprises.

Après des années de surchauffe de la planche à billet de la BCE et de taux directeurs au plancher, la logique s’est inversée : l’argent brûle les doigts des banques qui prêtent à tout va.

Les entreprises solvables ont donc tout intérêt à préférer un emprunt bancaire à taux d’intérêt inférieur à l’inflation aux emprunts participatifs, pour lesquels la rémunération à verser par l’emprunteur dépasse parfois les 10 % par an.

Aujourd’hui, seuls les montages où les fonds levés en crowdlending servent ensuite à emprunter aux banques des montants décuplés ont un intérêt économique pour les entreprises. Lorsque les entreprises lèvent de l’argent, elles limitent donc le plus possible la part du financement participatif – et l’activité des intermédiaires chargés de ces levées s’en ressent.

Unilend, le pionnier du crowdlending à la française tire sa révérence

Unilend réservait l’intégralité des souscriptions aux prêteurs particuliers, et ne faisait participer aucun fonds institutionnel à ses campagnes de financement.

La plate-forme levait, en moyenne, 80 k€ pour chaque entreprise. La faible taille des enveloppes a contraint Unilend à adopter une stratégie de multiplication des dossiers, préférant la quantité à la qualité des émetteurs et incitant les particuliers à investir de manière indiscriminée.

Les plates-formes concurrentes, nées ultérieurement, ont préféré un mode de fonctionnement mixte, où fonds et banques se joignent quasi-systématiquement aux tours de table.

L’avenir leur aura donné raison : se reposer sur une multitude de prêts de faible envergure ne permet pas de devenir rentable. La confortable capitalisation d’Unilend (10,5 M€ levés depuis 2015) n’a fait que décaler le problème dans le temps ; l’entreprise s’est retrouvée cet automne à cours de capitaux pour continuer son activité très déficitaire.

Quelles conséquences pour les prêteurs ?

En théorie, la société est placée en « gestion extinctive ». Cela signifie que plus aucun projet ne sera proposé sur la plate-forme et que les prêts en cours seront remboursés selon les conditions initialement prévues.

En attendant l’extinction totale de la dette, la SFPMEI (la structure en charge de la partie opérationnelle) assurera la gestion courante et fera valoir les droits des prêteurs particuliers auprès des entreprises.

La société se rémunérant sur commission lors de chaque échéance, ses intérêts sont en principe alignés sur ceux des anciens prêteurs d’Unilend.

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En pratique, il faudra tout de même que la SFPMEI reste solvable jusqu’au remboursement intégral de tous les crédits pour que les prêteurs ne laissent pas de plumes ; ce risque s’ajoute évidemment à celui, inhérent à tout prêt obligataire, de solvabilité de l’emprunteur !

Il n’est donc absolument pas certain que les 12 M€ de prêts en cours (montant estimé par crowdlending.fr) soient remboursés en intégralité et selon le calendrier prévu.

Une leçon d’économie réelle

Le problème d’Unilend était structurel : solliciter l’épargne du grand public a un coût important qui ne pouvait être absorbé par les commissions touchées par la plate-forme.

Cyril Tramon, fondateur de WeShareBonds, a publié la semaine dernière une estimation tout à fait cohérente des frais de fonctionnement de son défunt concurrent.

Sur les deux derniers exercices, Unilend a levé entre 6 et 8 M€. Avec ses 4 % de royalties, la plate-forme n’a pu, en toute logique, facturer plus de 400 k€ aux entreprises : une somme dérisoire lorsque l’on sait que la start-up avait un effectif de 16 personnes et investissait chaque année des sommes se chiffrant en millions d’euros pour ses opérations de marketing.

Sa faillite, véritable douche froide pour ses anciens clients, n’aura pas été vaine si elle offre au plus grand nombre une salutaire piqûre de rappel.

Les activités économiques, si belles, prometteuses, et socialement utiles qu’elles soient, finissent par cesser si elles ne sont pas rentables.

Unilend a brûlé l’argent frais injecté par ses actionnaires pour financer ses dépenses courantes. Le chiffre d’affaires généré a été, durant toute son activité, anecdotique face aux capitaux levés (et dépensés).

Ne jetons pas la pierre à cette start-up qui a cru, comme beaucoup de valeurs cotées, qu’il suffirait de survivre plus longtemps que ses concurrents pour pouvoir dominer un marché dont la profondeur était pourtant inconnue.

Contentons-nous de tirer les leçons de cette malheureuse aventure, et de les appliquer à tous nos investissements potentiels.

Certaines activités sont déficitaires. Dans ce cas, la fête ne peut continuer que tant que les actionnaires sont prêts à participer à la fuite en avant ; lorsque la musique s’arrête, il ne reste plus rien.

Toute ressemblance avec des GAFAM aux valorisations stratosphériques ou des constructeurs automobiles qui « changent le monde » en perdant de l’argent sur chaque véhicule vendu serait, bien évidemment, purement fortuite…

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit


Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.


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