Dédollarisation : le signal que presque personne ne regarde pourrait annoncer une nouvelle tempête financière

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La dé-dollarisation n’est plus seulement une expression utilisée dans les conférences économiques ou dans les débats géopolitiques. Elle est devenue un sujet concret pour les marchés, parce que plusieurs signaux apparaissent simultanément sur les devises, les obligations souveraines et les réserves internationales. Le point de départ de cette analyse est une thèse défendue par Gareth Soloway : selon lui, le marché obligataire américain commence à envoyer un message beaucoup plus préoccupant que ne le laisse penser la seule évolution de l’inflation. La récente intervention américano-japonaise destinée à soutenir le yen, la remontée des rendements à long terme américains, la trajectoire de la dette fédérale et les interrogations sur le futur du dollar formeraient, dans cette lecture, les pièces d’un même puzzle. Il faut toutefois distinguer l’analyse de marché de la réalité statistique : le dollar reste de très loin la première monnaie de réserve mondiale. La dé-dollarisation est donc un processus de diversification progressif, pas la disparition imminente du billet vert. Pour les investisseurs qui cherchent à comprendre cette transformation, l’achat d’or constitue précisément l’une des pistes patrimoniales à étudier.

Pourquoi la dé-dollarisation revient brutalement au premier plan

Le terme dé-dollarisation mérite d’abord d’être défini avec précision. Il ne signifie pas nécessairement que les banques centrales vont vendre massivement tous leurs dollars ou que les échanges internationaux vont abandonner du jour au lendemain la devise américaine. Dans sa forme la plus réaliste, la dé-dollarisation désigne plutôt une réduction progressive de la dépendance à une seule monnaie de réserve : davantage d’or dans les réserves officielles, davantage de règlements dans des monnaies nationales, diversification des actifs de change et recherche de solutions permettant de réduire l’exposition au système financier dominé par le dollar. Les statistiques internationales montrent d’ailleurs que le billet vert conserve une position dominante dans les réserves mondiales. La véritable question est donc de savoir si cette domination restera aussi importante dans dix ou vingt ans. Dans ce contexte, l’achat d’or apparaît comme une manière concrète de réfléchir à la diversification d’un patrimoine face aux évolutions monétaires de long terme.

C’est précisément cette nuance qui rend le sujet intéressant. Une monnaie dominante peut conserver une position centrale tout en perdant progressivement une partie de son avantage relatif. Le dollar bénéficie toujours d’effets de réseau considérables : il est utilisé dans le commerce international, les marchés de capitaux, les financements transfrontaliers et les réserves de change, tandis que les marchés américains offrent une profondeur et une liquidité difficiles à reproduire ailleurs. Mais une domination durable n’est pas synonyme d’immuabilité. Lorsque des banques centrales, des fonds souverains ou des investisseurs institutionnels cherchent à répartir différemment leurs réserves, la question devient moins « quelle monnaie va remplacer le dollar ? » que « quelle part du portefeuille peut raisonnablement cesser d’être concentrée en dollars ? ». C’est dans cet espace que l’achat d’or retrouve toute sa pertinence comme diversification face au risque monétaire.

L’intervention États-Unis-Japon sur le yen change la lecture du marché

L’événement qui a donné une dimension nouvelle au débat est l’intervention coordonnée entre Washington et Tokyo destinée à soutenir le yen. La mécanique est particulièrement inhabituelle : les États-Unis ont vendu des euros afin d’acheter des yens, plutôt que de procéder à une vente directe de dollars contre yens. Cette opération a immédiatement attiré l’attention des cambistes, car une intervention classique destinée à renforcer le yen implique généralement de vendre des dollars. Le choix de mobiliser des euros permettait de soutenir la devise japonaise sans exercer la même pression baissière directe sur le dollar. Cette opération constitue un élément particulièrement intéressant pour tous ceux qui suivent les mouvements des monnaies et leurs conséquences sur les actifs tangibles, notamment l’achat d’or.

Pourquoi ce détail mérite-t-il autant d’attention ? Parce qu’une intervention de change ne constitue jamais seulement une opération comptable : elle révèle également les priorités des autorités. Dans le cas présent, Washington cherchait à participer au soutien du yen tout en évitant, autant que possible, de fragiliser directement le dollar. Cette stratégie peut être interprétée de manière très différente selon l’angle retenu. Pour certains, il s’agit simplement d’une opération pragmatique destinée à empêcher un mouvement désordonné du yen et les risques qu’un tel mouvement ferait peser sur les marchés mondiaux. Pour d’autres, comme Gareth Soloway, le choix de vendre des euros plutôt que des dollars constitue un indice supplémentaire d’une volonté de préserver la stabilité du billet vert alors même que les autorités cherchent à gérer un environnement monétaire de plus en plus complexe. Dans un tel contexte, l’achat d’or peut être envisagé comme une diversification indépendante des décisions prises sur le marché des changes.

Le véritable avertissement pourrait venir du marché obligataire

Pour comprendre la thèse de Soloway, il faut quitter quelques instants le marché des devises et regarder les obligations américaines. Le raisonnement est simple : lorsqu’un État doit emprunter massivement, la confiance des investisseurs dans sa capacité à financer cette dette à des conditions raisonnables devient déterminante. Le rendement d’une obligation évolue à l’inverse de son prix : lorsque les investisseurs exigent un rendement plus élevé, les prix des obligations existantes baissent. Or les taux à long terme américains restent élevés malgré une politique monétaire qui n’est plus aussi restrictive qu’au sommet du cycle précédent. Cette situation alimente les interrogations concernant la dette, les déficits et le coût du financement américain. Pour un épargnant qui souhaite diversifier son exposition au système financier, l’achat d’or représente ainsi une piste patrimoniale qui mérite d’être étudiée indépendamment des obligations souveraines.

Le mouvement des taux longs est encore plus révélateur. Le rendement à dix ans est resté proche de 4,7 %, tandis que le trente ans évolue autour de 5,2 %. Ces niveaux ne constituent pas, à eux seuls, la preuve d’une crise budgétaire. Les rendements peuvent augmenter pour de nombreuses raisons : inflation anticipée, croissance nominale, primes de terme, offre abondante de dette ou évolution des anticipations de politique monétaire. Mais lorsque les rendements à très longue échéance restent élevés alors que les investisseurs anticipent à terme des baisses de taux directeurs, la question du financement de la dette devient beaucoup plus difficile à ignorer. C’est ici que la lecture de Soloway devient plus radicale : selon lui, le marché obligataire ne réagit pas seulement à l’inflation présente, mais commence à intégrer un risque de dégradation budgétaire durable. Dans cette configuration, l’achat d’or apparaît comme une option de diversification face à une éventuelle perte de pouvoir d’achat monétaire.

10 ans, 30 ans : pourquoi la pente longue mérite une surveillance particulière

Le rendement à dix ans est souvent considéré comme une référence fondamentale pour le coût du crédit aux États-Unis, notamment pour les prêts immobiliers et une multitude d’actifs financiers. Mais le trente ans permet de lire une autre dimension du problème : il donne une indication de ce que les investisseurs exigent pour immobiliser leur capital sur une période extrêmement longue. Si le rendement à trente ans progresse fortement, cela ne signifie pas automatiquement que les investisseurs pensent que les États-Unis ne rembourseront pas leur dette. Les Treasuries restent des actifs extrêmement liquides et centraux dans le système financier mondial. En revanche, un rendement long élevé peut traduire une exigence de rémunération supplémentaire pour compenser l’incertitude concernant l’inflation future, les déficits, l’offre de dette et la trajectoire des taux. Dans ce contexte d’incertitude, l’achat d’or peut répondre à une logique différente, celle de la diversification patrimoniale sur le long terme.

Les chiffres budgétaires donnent du poids à cette interrogation, même s’ils ne justifient pas nécessairement les conclusions les plus catastrophistes. Les États-Unis doivent composer avec un déficit fédéral très élevé et avec une charge d’intérêts qui dépasse désormais le millier de milliards de dollars par an. Cela crée un mécanisme potentiellement auto-renforçant : plus la dette augmente, plus les intérêts augmentent ; plus les intérêts augmentent, plus les besoins de financement peuvent progresser. Il ne s’agit pas d’une faillite imminente des États-Unis, mais bien d’une contrainte budgétaire de long terme que les marchés ne peuvent pas ignorer indéfiniment. Pour cette raison, l’achat d’or peut intéresser les investisseurs qui souhaitent détenir une partie de leur patrimoine sous forme d’actifs physiques.

Le problème politique : pourquoi réduire les dépenses est si difficile

La difficulté n’est pas uniquement économique. Elle est aussi politique. Une réduction brutale des dépenses publiques peut ralentir l’activité, provoquer des arbitrages douloureux et pénaliser immédiatement certaines catégories d’électeurs, alors que les bénéfices budgétaires d’une réforme peuvent n’apparaître que plusieurs années plus tard. C’est l’un des points centraux de l’analyse proposée par Soloway : les gouvernements démocratiques sont soumis à des cycles électoraux beaucoup plus courts que les cycles de la dette. La question n’est donc pas simplement de savoir si Washington peut réduire les dépenses, mais si le système politique dispose des incitations nécessaires pour le faire avant que la dynamique des intérêts ne devienne encore plus contraignante. Dans un tel environnement, l’achat d’or peut être envisagé comme une diversification face à des risques budgétaires dont l’horizon dépasse largement celui des cycles électoraux.

Le dollar reste puissant, mais les fissures sont à surveiller

Il serait pourtant dangereux de conclure que le dollar est déjà condamné. Les données internationales racontent une histoire beaucoup plus nuancée. Le billet vert représente encore plus de la moitié des réserves de change mondiales allouées, très loin devant les autres devises. Le dollar demeure donc la principale monnaie de réserve mondiale et conserve une avance considérable. En revanche, la diversification est devenue une réflexion stratégique réelle pour de nombreux gestionnaires de réserves. Le sujet n’est donc pas la disparition soudaine du dollar, mais l’évolution progressive de son poids dans le système financier mondial. C’est précisément dans ce type de transition que l’achat d’or peut trouver une place dans une stratégie de diversification à long terme.

C’est également pour cette raison que l’or occupe une place particulière dans le débat sur la dé-dollarisation. L’or n’est pas une monnaie nationale et n’est pas la créance d’un gouvernement étranger. Une banque centrale qui détient de l’or ne dépend donc pas du même mécanisme que lorsqu’elle détient une obligation souveraine libellée dans une monnaie étrangère. Cette caractéristique explique en partie pourquoi l’or reste présent dans les stratégies de réserve alors même qu’il ne verse ni coupon ni dividende. Il faut cependant éviter un autre raccourci : l’or n’est pas automatiquement gagnant lorsque le dollar baisse. Les rendements réels, les anticipations de taux, la demande des banques centrales, les flux d’investissement et les risques géopolitiques jouent tous un rôle. C’est pourquoi l’achat d’or doit être considéré comme une composante potentielle d’une diversification et non comme une garantie de performance.

Le DXY : pourquoi le comportement du dollar est plus important que son niveau

Dans son analyse technique, Gareth Soloway insiste sur le DXY, l’indice qui mesure la valeur du dollar face à un panier de grandes monnaies. Sa lecture repose sur une résistance que le dollar aurait testée à plusieurs reprises avant de refluer. Il identifie également une configuration graphique qu’il interprète comme une structure potentiellement baissière. Il faut être prudent avec ce type de lecture : une figure chartiste ne constitue pas une certitude et peut être invalidée par un mouvement de prix ultérieur. Le marché des changes est particulièrement sensible aux statistiques économiques, aux décisions des banques centrales, aux différentiels de taux et aux événements géopolitiques. Pour les investisseurs qui observent cette évolution, l’achat d’or peut constituer une manière de réduire la dépendance à l’évolution d’une seule devise.

Kevin Warsh : entre discours ferme et marché qui attend des actes

Le deuxième élément central de la thèse concerne Kevin Warsh et l’orientation future de la Réserve fédérale. La situation est particulièrement intéressante parce que le marché doit arbitrer entre le discours de fermeté monétaire, les données d’inflation et l’évolution du marché du travail. La Fed a maintenu sa fourchette de taux à 3,50 %-3,75 % lors de sa réunion de juillet, tandis que les anticipations concernant une éventuelle hausse supplémentaire ont évolué avec les statistiques économiques. C’est précisément cette incertitude qui rend fragile toute prévision concernant la trajectoire des taux. La prévision de Soloway, selon laquelle il n’y aurait plus de hausse en 2026 avant des baisses en 2027, doit donc être considérée comme un scénario et non comme une trajectoire certaine. Dans cette période de transition, l’achat d’or peut être étudié comme une diversification face à l’incertitude monétaire.

Le véritable enjeu est alors la contradiction apparente entre le court et le long terme. Une banque centrale peut maintenir des taux relativement élevés pendant que les rendements obligataires longs restent encore plus élevés, parce que les investisseurs exigent une prime pour détenir de la dette sur dix, vingt ou trente ans. À l’inverse, une baisse future des taux directeurs ne garantit pas une baisse équivalente des taux longs. Si la Fed réduit ses taux parce que la croissance ralentit, mais que les déficits restent massifs et que l’offre de dette demeure importante, le long terme peut rester sous pression. C’est précisément le scénario qui intéresse Soloway : une politique monétaire progressivement plus accommodante alors que le marché obligataire continue d’exiger une rémunération élevée. Dans cette configuration, l’achat d’or peut devenir intéressant non pas comme pari mécanique sur une catastrophe, mais comme élément de diversification face aux risques monétaires et budgétaires.

Dollar-yen : le véritable test sera-t-il l’échec de l’intervention ?

Le scénario le plus spectaculaire évoqué par Soloway concerne le dollar-yen. Après l’intervention, le yen s’est temporairement renforcé, mais une partie de ce mouvement s’est rapidement inversée. Le yen évolue de nouveau à des niveaux extrêmement faibles face au dollar, alors que l’écart de taux entre les États-Unis et le Japon demeure important. La Banque du Japon doit également composer avec une inflation supérieure à son objectif et avec la perspective de nouvelles évolutions de sa politique monétaire. Le problème est donc structurel : une intervention ponctuelle peut modifier les cours pendant un certain temps, mais elle ne supprime pas nécessairement les forces économiques qui alimentent les flux de capitaux. Cette situation constitue une nouvelle raison pour certains investisseurs de considérer l’achat d’or comme un actif physique susceptible de compléter une allocation diversifiée.

Le niveau réellement important sera donc moins la réaction immédiate du marché que la capacité des autorités à modifier les fondamentaux qui alimentent la faiblesse du yen. Si le dollar-yen repartait durablement vers ses anciens sommets malgré de nouvelles interventions, le marché pourrait y voir la preuve que les opérations ponctuelles ne suffisent pas face aux écarts de taux et aux flux internationaux de capitaux. C’est là que la thèse de Soloway devient particulièrement intéressante : il ne dit pas simplement que le yen pourrait rechuter, mais qu’un échec répété de l’intervention pourrait démontrer les limites du pouvoir des banques centrales lorsqu’elles affrontent des forces macroéconomiques plus puissantes qu’une opération ponctuelle sur le marché des changes. Cela ne prouverait pas que les monnaies fiduciaires sont condamnées, mais cela montrerait que leur stabilité dépend parfois davantage de la confiance et de la coordination que les investisseurs ne veulent bien l’admettre. Dans ce type d’environnement, l’achat d’or peut constituer une forme de diversification patrimoniale indépendante d’une monnaie nationale particulière.

Pourquoi l’or et l’argent reviennent naturellement dans cette équation

Dans une telle configuration, la logique de détention d’or physique est relativement simple. Une obligation américaine représente une créance sur un État ; un dépôt bancaire représente une créance sur une institution financière ; une monnaie fiduciaire repose sur la confiance dans l’émetteur et dans la stabilité du système monétaire. L’or physique fonctionne différemment : une pièce ou un lingot ne promet aucun paiement futur et ne dépend pas de la solvabilité d’un émetteur. Cela ne le rend évidemment pas sans risque. Son prix peut baisser, il ne produit pas de revenu et son rendement dépend entièrement de son évolution de marché. Mais dans une stratégie patrimoniale, cette absence de risque de crédit direct constitue précisément son intérêt. Lorsque la question centrale devient la préservation du pouvoir d’achat et la diversification face aux risques monétaires, l’achat d’or retrouve donc une fonction particulière.

L’argent mérite également une attention particulière, mais pour une raison différente. Contrairement à l’or, il possède une composante industrielle importante, ce qui signifie que son prix dépend à la fois de la demande d’investissement et de l’activité économique. Il peut donc être plus volatil. Dans le scénario défendu par Soloway, l’or et l’argent appartiennent néanmoins à la même famille d’actifs physiques susceptibles de bénéficier d’une perte de confiance envers les monnaies fiduciaires. Cette idée doit être replacée dans son contexte : aucune classe d’actifs ne constitue une protection parfaite contre tous les scénarios. L’or peut corriger lorsque les rendements réels montent, l’argent peut connaître des variations encore plus brutales et le Bitcoin reste soumis à une volatilité qui le distingue radicalement du métal physique. Dans une approche prudente, l’achat d’or peut donc être considéré comme un élément parmi plusieurs composantes d’une stratégie de diversification.

Et le Bitcoin dans tout cela ?

Soloway ajoute une petite allocation au Bitcoin à son raisonnement, tout en reconnaissant que son comportement n’a pas encore démontré qu’il pouvait être considéré comme un équivalent numérique parfait de l’or. Cette prudence est importante. Le Bitcoin possède certaines caractéristiques qui séduisent les investisseurs préoccupés par la création monétaire : offre limitée, absence d’émetteur souverain classique et possibilité de transfert sans passer par les infrastructures traditionnelles. Mais il reste un actif extrêmement volatil, fortement influencé par les conditions de liquidité et par l’appétit pour le risque. Il peut donc être complémentaire d’une stratégie de diversification, mais il ne doit pas être confondu avec l’or physique. L’un représente un actif numérique relativement jeune, l’autre possède plusieurs millénaires d’histoire monétaire et ne dépend d’aucune infrastructure numérique pour exister physiquement. Cette différence explique pourquoi l’achat d’or continue d’intéresser les investisseurs recherchant un actif tangible.

2030-2031 : faut-il vraiment redouter une nouvelle Grande Dépression ?

La partie la plus spectaculaire du scénario de Gareth Soloway concerne son anticipation d’une crise majeure autour de 2030 ou 2031, qu’il estime potentiellement comparable, voire supérieure, à la Grande Dépression. Il faut ici être extrêmement clair : il s’agit d’une projection personnelle fondée sur son interprétation des cycles de marché et non d’une prévision consensuelle établie par les institutions économiques. Aucun modèle sérieux ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’une crise de cette ampleur se produira précisément en 2030 ou 2031. En revanche, les éléments qui motivent son inquiétude sont mesurables : dette publique élevée, déficits persistants, hausse des charges d’intérêts et dépendance du système financier à des conditions de financement relativement favorables. Ce sont ces tendances structurelles, bien plus que la date précise avancée par Soloway, qui méritent d’être surveillées. Pour cette raison, l’achat d’or peut être envisagé comme une composante de préparation patrimoniale, sans pour autant parier aveuglément sur un krach futur.

La bonne question n’est donc peut-être pas « la prochaine Grande Dépression aura-t-elle lieu en 2030 ? », mais plutôt « que se passerait-il si les marchés exigeaient soudainement une prime beaucoup plus élevée pour financer une dette déjà considérable ? ». Cette question permet de sortir de la prophétie pour revenir à l’analyse. Une hausse durable des taux longs renchérit le refinancement de la dette, pèse sur l’immobilier et les entreprises, modifie les valorisations des actions et peut finalement réduire les marges de manœuvre budgétaires. Une baisse du dollar peut simultanément améliorer la compétitivité américaine tout en augmentant le prix des importations. Une nouvelle faiblesse du yen peut pousser Tokyo à intervenir encore. Une politique monétaire plus souple peut soutenir les actifs risqués tout en alimentant les inquiétudes sur la dette. Dans ce paysage complexe, l’achat d’or constitue une possibilité de diversification face à plusieurs scénarios économiques différents.

Les cinq signaux à surveiller dans les prochains mois

Pour l’investisseur qui souhaite transformer cette analyse en grille de lecture concrète, cinq indicateurs méritent une surveillance particulière. Le premier est le rendement du Treasury à dix ans : un franchissement durable de niveaux nettement supérieurs à 4,7 %, puis éventuellement de 4,8 % et 5 %, modifierait sensiblement le paysage financier. Le deuxième est le rendement du trente ans, qui évolue déjà autour de 5,2 % et qui constitue un thermomètre particulièrement intéressant de la prime exigée sur le très long terme. Le troisième est le dollar-yen : si le yen continuait de s’affaiblir malgré les interventions, le marché pourrait tester la crédibilité de la stratégie américano-japonaise. Le quatrième est le DXY, dont une rupture technique durable vers le bas renforcerait le thème de la faiblesse relative du dollar. Le cinquième est l’évolution de la composition des réserves mondiales. Pour les investisseurs qui souhaitent parallèlement réfléchir à la diversification de leur patrimoine, l’achat d’or constitue naturellement l’un des éléments à étudier.

La conclusion : la dé-dollarisation ne signifie pas la mort du dollar

Le message essentiel de cette analyse est finalement plus subtil que le titre alarmiste pourrait le laisser penser. La dé-dollarisation n’est pas aujourd’hui synonyme de disparition du dollar. Les données internationales montrent au contraire que le billet vert conserve une position dominante dans les réserves internationales. Mais plusieurs tendances méritent d’être prises au sérieux : la diversification progressive des réserves, les interrogations croissantes autour des déficits américains, l’augmentation des charges d’intérêts, les rendements élevés à long terme et la multiplication des interventions destinées à stabiliser certaines monnaies. L’intervention américano-japonaise est particulièrement révélatrice parce qu’elle montre que les autorités sont prêtes à employer des moyens inhabituels pour éviter qu’une dynamique de change ne devienne incontrôlable. Dans ce contexte, l’achat d’or peut être considéré comme une piste de diversification parmi d’autres.

La stratégie défendue par Soloway — détenir de l’or physique, de l’argent, éventuellement une petite exposition au Bitcoin et conserver une diversification suffisamment large — peut être comprise non comme un pari obligatoire sur l’effondrement du système, mais comme une réflexion sur la résilience patrimoniale. Personne ne sait si la prochaine grande crise surviendra en 2027, 2030, 2031 ou beaucoup plus tard, et personne ne peut garantir qu’un scénario de type Grande Dépression se réalisera. En revanche, un investisseur peut constater que les niveaux de dette sont élevés, que les coûts d’intérêts augmentent et que les marchés obligataires deviennent particulièrement sensibles aux décisions budgétaires et monétaires. Dans un tel environnement, l’achat d’or peut constituer une manière de réduire la dépendance à un seul scénario économique.

La véritable alerte n’est donc peut-être pas « le dollar va disparaître ». Elle est beaucoup plus simple et beaucoup plus importante : le monde financier commence à fonctionner avec plusieurs scénarios monétaires simultanés. Le dollar reste dominant, mais sa domination n’est plus considérée comme éternelle par tous les acteurs. Les obligations américaines restent centrales, mais les rendements longs rappellent que la dette a un coût. Le yen peut être soutenu par une intervention, mais le marché peut rapidement remettre en cause cette opération si les fondamentaux ne changent pas. L’or reste volatil, mais il demeure l’un des rares actifs financiers majeurs qui ne constitue pas la dette d’un autre acteur. C’est précisément cette coexistence de signaux contradictoires qui rend les prochaines années particulièrement importantes pour les investisseurs. Plutôt que de chercher à prédire une date exacte de krach, il est probablement plus rationnel de surveiller les tendances, de diversifier les risques et de se préparer à plusieurs futurs possibles, notamment en étudiant l’achat d’or.

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