Et si le prochain grand choc financier ne venait ni d’un krach boursier classique, ni d’une nouvelle crise bancaire, mais de la rencontre explosive entre guerre, énergie, devises, dette et or ? C’est précisément la thèse développée par Jim Rickards dans une récente conversation consacrée à l’évolution de l’économie mondiale, aux tensions autour de l’Iran, au rôle de la Réserve fédérale américaine, au yen japonais et, surtout, à la trajectoire potentielle du métal jaune. Son scénario est particulièrement spectaculaire : après une correction importante, l’or pourrait reprendre sa marche en avant et atteindre, selon lui, le seuil de 10 000 dollars l’once. Cette projection ne constitue évidemment pas une certitude ni une recommandation d’investissement, mais elle mérite d’être examinée parce qu’elle repose sur plusieurs phénomènes macroéconomiques qui, eux, sont bien réels. Pour les épargnants qui cherchent à comprendre pourquoi le métal précieux occupe une place croissante dans les stratégies de diversification, il est également utile de regarder concrètement les possibilités offertes par l’achat d’or et d’argent physiques, plutôt que de réduire le débat à une simple spéculation sur un cours.
La thèse centrale de Jim Rickards : la géopolitique et l’économie ne font désormais plus qu’un
La première idée avancée par Jim Rickards est probablement la plus importante pour comprendre tout le reste de son raisonnement : la frontière traditionnelle entre géopolitique et économie aurait pratiquement disparu. Dans le monde actuel, une guerre ne se mesure plus seulement au nombre de missiles lancés, aux territoires conquis ou aux infrastructures détruites. Elle se joue également à travers les sanctions, les restrictions financières, le gel d’avoirs, les perturbations du commerce, les assurances maritimes, les routes énergétiques et l’accès aux systèmes de paiement. Les détroits stratégiques deviennent ainsi de véritables armes économiques. Le détroit d’Ormuz est particulièrement sensible puisque le Fonds monétaire international estime qu’environ 25 à 30 % du pétrole mondial et environ 20 % du gaz naturel liquéfié transitent normalement par cette voie. Cette réalité permet de comprendre pourquoi une crise régionale peut rapidement devenir un problème mondial et pourquoi, dans un tel environnement, les actifs tangibles comme l’or physique et l’argent physique retrouvent une importance stratégique auprès de certains investisseurs.
Le détroit d’Ormuz : un petit passage maritime capable de provoquer un immense choc
Le raisonnement de Rickards repose ensuite sur une notion simple mais puissante : celle des « chokepoints », ou points d’étranglement. Ormuz n’est pas le seul passage de ce type. Malacca, Suez ou Panama jouent également un rôle majeur dans les échanges internationaux. À cela s’ajoutent des goulets d’étranglement industriels : capacité de raffinage, disponibilité des navires, infrastructures portuaires, réseaux électriques, approvisionnement en composants et capacités logistiques. Lorsqu’un seul maillon devient défaillant, l’effet peut se transmettre à toute la chaîne. Les analyses du FMI publiées en 2026 montrent d’ailleurs que les perturbations d’Ormuz ont entraîné une hausse des coûts énergétiques, des primes d’assurance et des difficultés logistiques, avec des conséquences qui dépassent largement le Moyen-Orient. Dans ce contexte, détenir une partie de son patrimoine sous une forme qui ne dépend pas directement d’une infrastructure numérique, d’un intermédiaire bancaire ou d’une promesse de paiement peut constituer, pour certains épargnants, une logique de diversification ; c’est notamment ce qui explique l’intérêt renouvelé pour l’achat d’or physique.
Le face-à-face États-Unis-Iran : deux stratégies qui misent sur l’endurance
Dans l’interprétation de Jim Rickards, le bras de fer entre Washington et Téhéran ressemble à un gigantesque jeu de patience. D’un côté, les États-Unis chercheraient à exercer une pression économique suffisamment forte pour contraindre l’Iran à modifier son comportement. De l’autre, l’Iran chercherait à démontrer qu’il peut supporter la pression suffisamment longtemps pour que le coût politique et économique devienne trop important pour Washington. C’est ici que le raisonnement devient intéressant pour les marchés : dans un affrontement de longue durée, la question n’est plus seulement de savoir qui possède la puissance militaire la plus importante, mais qui dispose du meilleur horizon temporel. Une perturbation durable de l’énergie peut en effet agir comme une taxe mondiale, en transférant une partie du revenu des consommateurs et des entreprises vers les producteurs d’énergie et en comprimant la demande ailleurs. Le FMI estime ainsi qu’une hausse durable de 10 % des prix du pétrole pourrait ajouter environ 40 points de base à l’inflation mondiale et réduire la production mondiale de 0,1 à 0,2 %. Dans ce type d’environnement, l’or peut être recherché non seulement comme protection contre l’inflation, mais comme actif de diversification face à une détérioration générale de la visibilité économique, ce qui explique l’attention portée à l’acquisition de pièces et lingots d’or.
Pourquoi une crise énergétique peut rapidement devenir une crise financière
Le mécanisme est finalement assez intuitif : lorsque l’énergie devient beaucoup plus chère, les ménages consacrent davantage d’argent au carburant, au chauffage et à l’électricité, tandis que les entreprises voient leurs coûts de production et de transport augmenter. Le problème ne s’arrête pas là. Les banques centrales doivent alors arbitrer entre deux risques contradictoires : combattre l’inflation en maintenant une politique monétaire restrictive ou soutenir l’activité économique alors même que les prix augmentent. Cette situation est particulièrement délicate parce qu’une inflation provenant d’un choc d’offre ne se traite pas aussi facilement qu’une inflation provenant d’une demande excessive. Le FMI a souligné en 2026 que le prolongement des perturbations énergétiques pouvait simultanément ralentir la croissance, augmenter l’inflation et resserrer les conditions financières. C’est justement dans ce genre de configuration que certains investisseurs considèrent l’or comme une réserve de diversification patrimoniale, même si son prix peut lui aussi connaître des corrections parfois très importantes.
Le point essentiel : la correction de l’or ne signifie pas nécessairement la fin du cycle haussier
L’un des passages les plus intéressants de l’analyse concerne justement les fortes corrections du métal jaune. Jim Rickards rappelle qu’un actif engagé dans une tendance haussière majeure ne progresse jamais nécessairement en ligne droite. Il s’appuie notamment sur une règle attribuée à Jim Rogers selon laquelle les matières premières peuvent connaître des baisses de l’ordre de 50 % au cours de leurs grands cycles. Son raisonnement historique compare plusieurs points de départ et d’arrivée du marché de l’or afin de montrer qu’une correction spectaculaire peut parfaitement s’inscrire dans une tendance structurellement haussière. Il applique ensuite une logique similaire au mouvement récent du métal, en prenant comme référence un ancien niveau proche de 1 800 dollars et un sommet proche de 5 400 dollars, pour obtenir une zone théorique autour de 3 600 dollars. Les données du World Gold Council confirment qu’au premier trimestre 2026, l’or avait atteint un record historique de 5 405 dollars l’once en janvier avant de subir une correction notable, tandis que la moyenne trimestrielle atteignait 4 873 dollars. Pour un particulier, la conclusion importante n’est donc pas de croire mécaniquement à chaque objectif de cours, mais de comprendre qu’une correction peut aussi représenter une phase de réajustement dans un marché structurellement soutenu, ce qui peut rendre l’achat progressif d’or physique plus pertinent qu’une tentative de deviner précisément le point bas.
Les mathématiques fractales : pourquoi Rickards estime que l’or pourrait repartir beaucoup plus haut
Rickards introduit également une approche plus technique en évoquant les mathématiques fractales et la notion de « scale invariance », c’est-à-dire l’idée que certaines configurations de marché peuvent présenter des ressemblances à différentes échelles temporelles. Il ne s’agit pas d’une formule magique permettant de prédire le prix exact de l’or, et il serait dangereux de présenter cette méthode comme telle. Son intérêt réside plutôt dans la manière dont elle tente de comparer les grandes phases historiques de hausse, de correction et de reprise. À partir de cette lecture, Rickards considère que la baisse récente aurait davantage ressemblé à une correction intermédiaire qu’à la fin d’un cycle. Son objectif de 10 000 dollars l’once devient alors la conséquence d’une extrapolation de long terme, et non l’affirmation qu’un tel prix serait nécessairement atteint rapidement. Pour l’investisseur particulier, cette distinction est fondamentale : une prévision de 10 000 dollars ne signifie pas que l’or doit monter tous les mois ni qu’une baisse temporaire constitue automatiquement une opportunité sans risque. Elle invite plutôt à réfléchir à la fonction du métal dans une allocation globale et à la possibilité de détenir une fraction de son patrimoine sous forme de métaux précieux physiques.
10 000 dollars l’once : le scénario spectaculaire qui mérite d’être décortiqué
Le chiffre de 10 000 dollars constitue évidemment le passage le plus viral de l’entretien. Pourtant, il faut le remettre dans son contexte. Rickards ne présente pas simplement l’or comme une matière première dont la demande augmenterait mécaniquement. Il imagine un environnement dans lequel plusieurs forces convergeraient : achats persistants des banques centrales, tensions géopolitiques, incertitude monétaire, difficultés budgétaires, fragilité du système financier et croissance insuffisante de l’offre minière. Cette combinaison pourrait, selon lui, créer une réévaluation majeure du métal. Le World Gold Council fournit un élément intéressant à ce sujet : son enquête publiée en juin 2026 indique que 89 % des gestionnaires de réserves interrogés anticipent une augmentation des réserves mondiales d’or détenues par les banques centrales au cours des douze prochains mois, tandis que 45 % prévoient d’augmenter leurs propres réserves. Cela ne valide évidemment pas l’objectif de 10 000 dollars, mais cela montre que la demande institutionnelle constitue une tendance réelle à surveiller et explique pourquoi l’or d’investissement physique reste au centre des discussions patrimoniales.
Les banques centrales : le puissant socle du marché de l’or
Pour Rickards, le rôle des banques centrales est probablement plus important que le seul phénomène inflationniste. Leur comportement crée selon lui une sorte de plancher structurel du marché. Les chiffres disponibles pour 2026 montrent effectivement que les achats officiels restent élevés : le World Gold Council estime les achats nets des banques centrales à environ 244 tonnes au premier trimestre, soit 17 % de plus qu’au trimestre précédent et au-dessus de la moyenne des cinq dernières années. Cette demande est particulièrement intéressante parce qu’elle répond à une logique différente de celle d’un particulier ou d’un fonds spéculatif. Une banque centrale ne cherche pas nécessairement à réaliser une plus-value dans quelques semaines ; elle cherche à diversifier ses réserves et à disposer d’un actif reconnu internationalement. Cette évolution contribue à renforcer l’idée selon laquelle l’or possède une fonction monétaire et patrimoniale qui dépasse largement celle d’une simple matière première. Pour l’épargnant qui souhaite s’inscrire dans cette logique de long terme, acheter de l’or physique permet précisément de détenir directement le métal plutôt qu’une exposition financière indirecte.
Or et inflation : l’histoire est plus complexe qu’on ne le croit
Un autre enseignement majeur de l’entretien est que l’or ne doit pas être considéré exclusivement comme une assurance contre l’inflation. Rickards insiste sur le fait qu’il peut également jouer un rôle dans des périodes de déflation ou de crise systémique, à condition de regarder la mécanique monétaire et financière dans son ensemble. L’exemple historique des années 1930 est utilisé pour rappeler qu’une hausse officielle du prix de l’or peut correspondre, en réalité, à une dépréciation de la monnaie dans laquelle cet or est mesuré. Cette nuance est essentielle : lorsque l’or passe de 2 000 à 3 000 dollars, il est tentant de conclure simplement que « l’or monte ». Mais on peut aussi considérer que le pouvoir d’achat du dollar vis-à-vis de cet actif diminue. Cela ne signifie pas que chaque hausse de l’or représente mécaniquement une dévaluation monétaire, mais cela permet de comprendre pourquoi les investisseurs qui craignent une perte de pouvoir d’achat s’intéressent au métal. Dans cette perspective, l’or physique comme réserve de valeur peut occuper une place différente des actifs financiers traditionnels.
Le paradoxe de l’énergie : une inflation qui peut finalement provoquer de la déflation
Le raisonnement de Rickards devient particulièrement intéressant lorsqu’il explique qu’une flambée du pétrole peut produire simultanément une pression inflationniste et une dynamique récessive. Imaginons un ménage dont le budget carburant augmente fortement : il doit continuer à se déplacer, mais les euros supplémentaires dépensés à la pompe ne peuvent plus être consacrés aux restaurants, aux loisirs, aux vêtements ou à certains biens durables. L’économie subit alors un transfert de consommation. Les prix de l’énergie augmentent, mais la demande pour d’autres produits ralentit. Les entreprises sont confrontées au même phénomène : leurs coûts augmentent alors que leurs clients deviennent plus prudents. Le résultat peut être une combinaison inconfortable de croissance faible et d’inflation persistante. Les données du FMI montrent justement que le choc énergétique de 2026 a été absorbé en partie par la baisse de la demande, l’augmentation de la production hors Golfe et le recours aux stocks, mais que ces amortisseurs ne sont pas illimités. Dans un tel environnement, une allocation diversifiée pouvant inclure de l’or et de l’argent physiques peut être étudiée comme complément, sans pour autant remplacer une diversification financière globale.
Pourquoi la théorie du « dollar condamné » ne convainc pas Rickards
Rickards rejette par ailleurs une autre idée très répandue : celle selon laquelle la domination du dollar serait sur le point de disparaître brutalement au profit d’une nouvelle monnaie internationale, d’une monnaie des BRICS ou des cryptomonnaies. Son argument consiste à rappeler que les réserves internationales ne sont pas constituées uniquement de billets de banque, mais surtout d’actifs financiers libellés dans différentes devises, notamment des obligations souveraines. Cette nuance permet de comprendre pourquoi remplacer le dollar dans le système financier mondial est beaucoup plus complexe que de créer une nouvelle unité de compte. Il faut également disposer d’un marché obligataire suffisamment profond, liquide et transparent, capable d’absorber les gigantesques volumes de capitaux internationaux. Cela ne signifie pas que le dollar est éternel ou invulnérable. Cela signifie simplement que la dédollarisation est un processus beaucoup plus complexe que ne le suggèrent certains discours alarmistes. Dans ce contexte, l’intérêt de détenir directement de l’or tient moins à la disparition supposée imminente du dollar qu’à la possibilité de posséder un actif qui n’est pas, par nature, la dette d’un autre État.
La Fed change-t-elle réellement de philosophie ?
L’entretien consacre également une place importante à la Réserve fédérale américaine et à l’évolution supposée de sa communication. Rickards critique notamment la tendance des marchés à considérer les projections de la banque centrale comme une sorte de feuille de route certaine. Or une banque centrale ne peut évidemment pas connaître à l’avance toutes les variables qui détermineront l’inflation, l’emploi, la croissance ou les rendements obligataires. L’une des idées défendues dans l’entretien est donc que les marchés pourraient progressivement être invités à moins attendre des indications détaillées de la Fed et à davantage interpréter eux-mêmes les données financières. Cette incertitude supplémentaire peut avoir des conséquences importantes sur les valorisations. Lorsque les investisseurs disposent de moins de visibilité sur les futures décisions monétaires, les primes de risque peuvent augmenter. Pour l’or, cela peut être favorable dans certains scénarios parce que le métal ne dépend pas d’un coupon, d’un bénéfice d’entreprise ou d’une promesse de remboursement. Cela ne le rend évidemment pas sans risque : son prix peut fortement fluctuer. Mais cette particularité explique pourquoi l’or physique d’investissement conserve une place particulière dans les stratégies de protection patrimoniale.
Le véritable danger pour les marchés : le débouclage du yen carry trade
Pour Rickards, le sujet le plus sous-estimé pourrait toutefois être ailleurs : dans le yen carry trade. Le mécanisme est relativement simple à comprendre. Pendant des années, des investisseurs ont pu emprunter en yen à des taux très faibles, convertir les fonds dans d’autres devises puis investir dans des actifs offrant des rendements supérieurs. Tant que le différentiel de taux et les taux de change jouent en leur faveur, la stratégie peut être extrêmement rentable, particulièrement lorsqu’elle est utilisée avec de l’effet de levier. Mais l’inverse est tout aussi vrai. Si les taux japonais remontent et que le yen se renforce, le coût du financement augmente et la valeur des positions détenues en devises étrangères peut se dégrader. Les investisseurs doivent alors réduire leur exposition, vendre certains actifs et acheter du yen pour rembourser leurs emprunts. Lorsque suffisamment d’acteurs font simultanément la même chose, le phénomène peut devenir autoréalisateur : les ventes font baisser les marchés, la baisse accroît les appels de marge, et les appels de marge provoquent de nouvelles ventes. Dans un tel scénario de stress, les investisseurs peuvent rechercher des actifs liquides et diversifiants, ce qui explique une nouvelle fois pourquoi l’or physique peut être considéré comme une composante défensive d’un patrimoine.
Pourquoi un débouclage massif pourrait contaminer les actions et les obligations
Le problème du carry trade est qu’il ne concerne pas uniquement le marché des changes. Les capitaux empruntés à faible coût peuvent financer des actions, des obligations, des acquisitions d’entreprises, des infrastructures ou des investissements internationaux. Si les positions doivent être débouclées rapidement, la vente peut donc toucher plusieurs classes d’actifs simultanément. C’est ce mécanisme de contagion que Rickards considère comme particulièrement dangereux. Il ne prétend pas nécessairement qu’un krach mondial est certain ; il souligne plutôt qu’un système fortement endetté et utilisant beaucoup de levier peut devenir extrêmement sensible à une variation relativement modeste des conditions financières. Le FMI identifie lui aussi en 2026 le resserrement des conditions financières et la volatilité des marchés parmi les risques associés à la persistance des tensions géopolitiques. Pour un investisseur, cela rappelle une règle essentielle : la diversification ne consiste pas seulement à posséder plusieurs actions, mais à réfléchir à la manière dont les actifs réagissent lorsque le scénario dominant cesse de fonctionner. C’est dans cette optique que certains choisissent d’ajouter de l’or ou de l’argent physiques à leurs autres placements.
Le Japon, les bons du Trésor américain et le risque d’une réaction en chaîne
Le Japon joue alors un rôle particulièrement intéressant dans le raisonnement. Si des acteurs japonais ont besoin de liquidités en dollars, ou si une modification des conditions de change les conduit à réduire certains actifs étrangers, le marché des obligations américaines peut lui aussi être affecté. Une vente importante de Treasuries tend, toutes choses égales par ailleurs, à exercer une pression à la baisse sur leur prix et donc à la hausse sur leurs rendements. Des taux américains plus élevés peuvent ensuite modifier les valorisations des actions, renchérir le coût du crédit et compliquer la gestion de la dette publique. Il faut toutefois rester prudent face aux affirmations les plus spectaculaires de l’entretien concernant d’éventuels mécanismes précis de soutien financier : ces éléments doivent être distingués des données officiellement vérifiables et ne doivent pas être présentés comme des faits établis sans confirmation indépendante. La grande idée demeure néanmoins pertinente : les marchés mondiaux sont profondément interconnectés. Dans une période où les corrélations peuvent brutalement changer, disposer d’une poche patrimoniale en or physique détenu directement peut participer à une stratégie de diversification plus large.
2026-2027 : pourquoi Rickards redoute une période particulièrement instable
La conclusion macroéconomique de Rickards est donc moins une prédiction ponctuelle qu’un scénario de convergence des risques. Il voit se rapprocher plusieurs échéances : tensions géopolitiques, énergie, dette publique, politique monétaire, élections américaines, évolution du yen, levier financier et incertitude technologique. Même si chacun de ces facteurs pris isolément peut rester maîtrisable, leur simultanéité augmente la complexité du système. Les projections du FMI publiées en juillet 2026 montrent d’ailleurs que les perspectives économiques restent sensibles à l’évolution du conflit et à la normalisation du trafic maritime, avec des risques de baisse liés à une nouvelle escalade, à une remontée des matières premières ou à un durcissement des conditions financières. Dans ce genre de configuration, la stratégie patrimoniale la plus robuste n’est pas nécessairement celle qui cherche à prédire parfaitement la prochaine crise, mais celle qui accepte l’incertitude et construit plusieurs scénarios. Une allocation raisonnablement diversifiée peut notamment intégrer de l’or et de l’argent physiques comme actifs complémentaires.
L’intelligence artificielle : l’autre risque que les marchés pourraient sous-estimer
Rickards élargit enfin son analyse à l’intelligence artificielle. Son propos n’est pas de nier la puissance de cette technologie, mais de rappeler qu’une innovation majeure peut produire à la fois d’immenses gains de productivité et de nouvelles vulnérabilités. Les marchés peuvent parfois extrapoler très rapidement les bénéfices futurs d’une technologie avant que les modèles économiques correspondants aient été totalement démontrés. Le FMI identifie lui aussi en 2026 une éventuelle correction liée à une réévaluation de la rentabilité du cycle technologique comme l’un des risques baissiers pour l’économie mondiale. L’IA soulève par ailleurs des problèmes nouveaux en matière de fraude et d’usurpation d’identité, ce qui rappelle une dimension souvent oubliée de la protection patrimoniale : protéger son capital ne consiste pas seulement à choisir les bons actifs, mais également à sécuriser ses données, ses comptes et ses procédures de transaction. Dans cette logique, les actifs tangibles comme l’or physique peuvent constituer un élément parmi d’autres d’une réflexion patrimoniale globale.
Ce que cette analyse signifie réellement pour l’épargnant français
Il serait pourtant excessif de transformer le discours de Jim Rickards en une injonction à acheter de l’or immédiatement ou à vendre tous les autres placements. Sa prévision de 10 000 dollars l’once est un scénario, pas une garantie. L’or peut subir des corrections violentes, ne verse pas de dividende et son prix dépend de nombreux paramètres : taux réels, dollar, demande d’investissement, achats des banques centrales, comportement des particuliers, flux d’ETF, recyclage et évolution de l’offre minière. Les données du World Gold Council montrent d’ailleurs que l’offre totale d’or a progressé de 2 % sur un an au premier trimestre 2026, portée notamment par une hausse de 2 % de la production minière et de 5 % du recyclage. La bonne question n’est donc pas « l’or va-t-il forcément atteindre 10 000 dollars ? », mais plutôt « quelle fonction l’or doit-il remplir dans mon patrimoine si les risques macroéconomiques restent élevés ? ». Pour certains épargnants, la réponse peut passer par une exposition financière ; pour d’autres, par la détention directe de pièces ou de lingots, notamment via l’achat d’or et d’argent physiques.
Pourquoi l’achat d’or physique n’est pas la même chose qu’un simple pari sur le cours
Cette distinction est fondamentale. Acheter de l’or physique revient à acquérir directement un actif tangible, alors qu’un produit financier adossé à l’or peut introduire d’autres paramètres : intermédiaire, structure juridique, frais de gestion, liquidité, contrepartie et modalités de conservation. Le métal physique implique lui aussi des contraintes : prime à l’achat, stockage, sécurité, assurance et écart entre prix d’achat et prix de revente. Il ne faut donc pas idéaliser l’or. Son intérêt potentiel réside surtout dans sa nature particulière : il n’est pas une créance sur une entreprise et ne dépend pas d’un coupon versé périodiquement par un emprunteur. Historiquement, cette caractéristique explique pourquoi les banques centrales continuent à lui accorder une place importante dans leurs réserves. En 2026, le World Gold Council estime que l’intérêt officiel pour le métal reste solide malgré la volatilité. Pour un particulier souhaitant explorer cette approche, découvrir les possibilités d’achat d’or et d’argent permet d’aborder concrètement les différentes formes de détention physique.
La véritable leçon de Rickards : se préparer à plusieurs scénarios plutôt que prédire l’avenir
Au fond, l’aspect le plus intéressant de l’analyse n’est peut-être pas le chiffre de 10 000 dollars. Il réside dans une philosophie beaucoup plus générale : les marchés deviennent vulnérables lorsque les investisseurs construisent leurs portefeuilles autour d’un seul scénario. Pendant longtemps, beaucoup ont supposé que les taux resteraient bas, que la mondialisation continuerait à réduire les coûts, que les chaînes logistiques resteraient fluides, que l’énergie serait abondante et que les banques centrales interviendraient rapidement en cas de stress. Or plusieurs de ces hypothèses ont déjà été mises à l’épreuve. Les tensions au Moyen-Orient ont montré la vulnérabilité des routes énergétiques ; le FMI a documenté l’ampleur des perturbations provoquées par Ormuz et leurs effets sur l’inflation, la croissance et les chaînes d’approvisionnement. Dans ce nouvel environnement, la gestion patrimoniale consiste moins à chercher une prédiction parfaite qu’à construire un portefeuille capable de survivre à des futurs différents. Pour certains investisseurs, cela justifie une allocation mesurée vers l’or et l’argent physiques.
Alors, l’or peut-il vraiment atteindre 10 000 dollars ?
La réponse honnête est que personne ne peut le savoir avec certitude. En revanche, il est possible d’identifier les conditions qui rendraient un tel scénario plus plausible : une poursuite des achats des banques centrales, une forte demande d’investissement, une hausse durable de l’incertitude géopolitique, une dégradation de la confiance dans certaines monnaies ou obligations, une baisse des taux réels, une nouvelle crise financière ou une augmentation durable de la prime de risque associée aux actifs traditionnels. À l’inverse, une stabilisation géopolitique durable, une normalisation des chaînes énergétiques, une remontée importante des taux réels ou une baisse de la demande officielle pourraient freiner le métal. Le World Gold Council estime lui-même que les facteurs géopolitiques resteront centraux en 2026, tout en anticipant une croissance modeste de l’offre minière. Le scénario de 10 000 dollars doit donc être considéré comme une hypothèse de long terme particulièrement haussière, et non comme un objectif garanti. Pour celui qui souhaite néanmoins étudier le métal comme composante d’une stratégie patrimoniale, l’achat d’or physique mérite d’être comparé aux autres solutions disponibles.
Conclusion : le véritable pari n’est peut-être pas celui que l’on croit
Le message de Jim Rickards peut finalement se résumer ainsi : le monde financier entre dans une période où la géopolitique, l’énergie, les devises, la dette et la politique monétaire sont tellement imbriquées qu’un choc local peut rapidement produire des conséquences internationales. L’Iran et le détroit d’Ormuz illustrent cette nouvelle réalité, tandis que le yen carry trade montre comment un changement de taux ou de change peut provoquer un débouclage à travers plusieurs marchés. L’or, lui, se trouve au croisement de ces différentes forces. Il bénéficie d’une demande officielle encore élevée, d’un intérêt persistant des investisseurs et d’un statut particulier d’actif de réserve. Mais la prudence reste indispensable : aucune prévision de cours, même formulée par un analyste expérimenté, ne constitue une certitude. Le véritable enjeu pour l’épargnant consiste donc à déterminer quelle part de son patrimoine il souhaite éventuellement protéger contre les scénarios qu’il juge les plus dangereux, avec quel horizon et avec quel niveau de risque. Dans cette réflexion, l’achat d’or et d’argent physiques peut constituer une piste à étudier sérieusement, à condition de l’intégrer dans une stratégie diversifiée et cohérente plutôt que de le considérer comme un pari sans risque.



