Un avertissement sans précédent de Gerald Celente
Gerald Celente, fondateur du Trends Research Institute et éditeur du Trends Journal, ne mâche pas ses mots : selon lui, le monde se dirige vers « la pire crise socio-économique et géopolitique de l’histoire moderne ». Dans un entretien accordé à Daniela Cambone, il affirme que nous vivons « les temps les plus troublants de sa vie », alors même que les discours officiels continuent de promettre que tout ira bien. Pour Celente, le décalage entre les marchés financiers, les gouvernements et la réalité vécue par les ménages est devenu si violent qu’il prépare le terrain à une rupture majeure. Face à cette perspective, de nombreux épargnants cherchent à protéger leur pouvoir d’achat avec des actifs tangibles, notamment l’or physique sous forme de pièces comme le 20 francs Napoléon tête nue, perçu comme une valeur refuge historique.
Celente rejette frontalement le récit économique défendu par le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent. Il estime que les promesses de baisse des rendements du Trésor, de contrôle de la situation autour du détroit d’Ormuz et de maîtrise de l’inflation ne correspondent pas aux faits observés sur le terrain. À ses yeux, les dirigeants et les milliardaires qui pilotent l’économie peuvent se permettre d’ignorer le prix de l’essence, du logement ou de l’énergie, tandis que les ménages ordinaires subissent chaque hausse dans leur quotidien. C’est précisément cet écart, selon lui, qui rend la situation explosive : « il n’y a aucune relation entre ce qui se passe sur Main Street et Wall Street ». Dans ce contexte d’incertitude monétaire, certains investisseurs se tournent vers l’achat de pièces d’or afin de diversifier leur patrimoine hors du système financier classique.
Les chiffres récents donnent un écho concret à son diagnostic. Aux États-Unis, l’inflation a accéléré à 3,7% en glissement annuel en septembre 2026, contre 3,4% le mois précédent, tandis que les prix de l’essence ont bondi de 9,1% sur le seul mois, représentant plus de la moitié de la hausse mensuelle de l’indice des prix à la consommation. Sur un an, le prix de l’essence a augmenté de 34,2% et celui du fioul de 74,2%, deux hausses qui frappent directement les conducteurs, les transporteurs, les commerçants et les familles. Cette pression sur les carburants alimente mécaniquement le coût du transport des marchandises, donc celui des produits de première nécessité. Pour Celente, cette spirale prouve que l’inflation n’est pas un simple chiffre statistique, mais une taxe silencieuse qui réduit chaque jour le pouvoir d’achat des salariés et des retraités.
Wall Street, Main Street et une économie en « K »
Le cœur de l’analyse de Celente repose sur une idée simple mais brutale : les marchés peuvent paraître solides alors que la société se fragilise. Il rappelle que 1% des Américains détiendrait 54% des actions, et que les 10% les plus riches en détiendraient environ 92%. Dans son esprit, la hausse des indices boursiers ne reflète donc pas la prospérité généralisée, mais la concentration extrême de la richesse entre les mains d’une minorité. Il décrit une Amérique où les grandes enseignes ont remplacé les commerces locaux, où la classe moyenne s’est effritée et où une part croissante de la population dépend de salaires précaires. Dans un tel environnement, la protection patrimoniale devient une préoccupation centrale, ce qui explique l’intérêt croissant pour les lingots d’or, considérés comme une réserve de valeur physique et souveraine.
Celente s’attaque également à l’idée d’une économie équilibrée. Il affirme que Scott Bessent nie l’existence d’une économie en « K », alors que, selon lui, la réalité est exactement l’inverse : une branche de la société s’enrichit, tandis que l’autre s’enfonce dans les difficultés. Il cite l’exemple de New York, où des logements présentés comme abordables peuvent être accessibles à des ménages gagnant jusqu’à 250 000 dollars par an, signe, à ses yeux, d’une distortion totale du marché immobilier. Il évoque aussi l’explosion des prix des maisons depuis 2020, qu’il estime à 53%, et celle des automobiles, qu’il chiffre autour de 40%. Pour les jeunes actifs comme pour les familles, l’accès à la propriété devient de plus en plus distant, ce qui renforce la demande pour des actifs refuges tels que les pièces d’or d’investissement.
Cette fracture sociale n’est pas une simple impression : la dette publique américaine atteint désormais environ 40 000 milliards de dollars, et les intérêts bruts versés par le Trésor ont atteint 1 360 milliards de dollars sur l’exercice 2026, soit environ 2,9 milliards de dollars par jour. Le Congressional Budget Office projette même 20 100 milliards de dollars d’intérêts cumulés entre 2026 et 2036, avec près de 2 500 milliards de dollars par an à l’horizon 2036. Celente voit dans cette mécanique une bombe à retardement : plus les taux restent élevés, plus l’État doit emprunter pour rembourser ses intérêts, et plus la pression monte sur les impôts, les services publics et la monnaie. C’est dans ce décor qu’il juge l’or particulièrement pertinent comme protection contre la dévaluation monétaire.
La révolte de la génération Z s’étend dans le monde
L’un des points les plus marquants de l’intervention de Celente concerne la colère des jeunes. Il parle d’une « révolution Gen Z » mondiale, portée par une génération qui estime ne plus avoir d’avenir : logement inaccessible, emplois précaires, coût de la vie insoutenable, endettement et sentiment d’être ignorée par les élites politiques. Il relie cette colère à la disparition du commerce indépendant et de la classe moyenne, remplacés, selon lui, par des chaînes géantes et une concentration du pouvoir économique. Les mouvements de protestation observés en France, en Italie, au Portugal, en Espagne, en Belgique, en Albanie, au Chili, en Argentine, en Inde ou encore au Népal illustrent, pour lui, une même révolte générationnelle contre un système perçu comme verrouillé.
Les faits récents confirment l’ampleur du phénomène. En France, les manifestations étudiantes ont débuté en septembre 2026 autour de l’état des établissements scolaires, avant de s’étendre à d’autres villes et de mobiliser jusqu’à 266 000 personnes en une seule journée. En Italie, des manifestations à Milan ont dégénéré en affrontements avec la police, tandis qu’à Rome, un rassemblement organisé par la CGIL a réuni environ 100 000 personnes autour du coût de la vie et de l’éducation. Des blocages de camionneurs liés à la flambée du carburant ont également perturbé des filières économiques entières en Italie. Pour Celente, ces événements ne sont pas des incidents isolés, mais les premiers signes d’une contestation qui va s’amplifier à mesure que la situation économique se dégrade.
Il estime que les gouvernements tenteront de reprendre le contrôle par la force, la surveillance et la répression, plutôt que de s’attaquer aux causes profondes de la crise. Il évoque des gazages, des arrestations et une criminalisation croissante des manifestants, notamment des jeunes. Selon lui, cette escalade entre une population de plus en plus exaspérée et des États de plus en plus autoritaires constitue l’un des risques majeurs des prochaines années. Son expression « Off with their heads 2.0 » résume sa conviction : la colère sociale ne disparaîtra pas, elle cherchera des cibles. Dans un climat de défiance envers les institutions, l’or physique retrouve une fonction de protection individuelle, à l’image des pièces d’or Napoléon tête nue, recherchées pour leur liquidité et leur reconnaissance internationale.
Guerre, pétrole et choc inflationniste mondial
Pour Celente, la guerre liée à l’Iran constitue un accélérateur décisif de la crise. Il affirme que le conflit a fait exploser les prix de l’énergie, avec des conséquences directes sur l’essence, le diesel, le transport routier, ferroviaire et aérien. Il souligne que les camionneurs, déjà fragilisés par la hausse du gasoil, voient leurs coûts d’exploitation grimper, ce qui se répercute ensuite sur le prix de tous les biens transportés. Les données officielles confirment cette mécanique : l’énergie a progressé de 5,2% en septembre aux États-Unis, tandis que le prix de l’essence a augmenté de 9,1% sur le mois et de 34,2% sur un an. L’inflation américaine a donc été tirée vers le haut par le choc énergétique, dans un contexte de guerre qui ne montre, selon les observateurs, aucun signe d’apaisement imminent.
Celente estime que cette guerre ne s’arrêtera pas rapidement, car les intérêts géopolitiques, territoriaux et stratégiques en jeu sont trop puissants. Il affirme que le retrait d’Israël du Liban, prévu selon lui dans le cadre d’un mémorandum avec l’Iran, n’aura pas lieu et que la situation continuera de s’envenimer. Il décrit une région enflammée, des populations déplacées et des destructions massives, tout en affirmant que le coût de ce conflit est supporté par l’ensemble de la planète. Pour lui, huit milliards d’êtres humains paient les conséquences des décisions d’une poignée de dirigeants. Cette instabilité géopolitique nourrit mécaniquement la demande d’actifs refuges, et l’or reste l’un des tout premiers réflexes des investisseurs inquiets.
La bulle de l’intelligence artificielle inquiète les marchés
Celente compare la situation actuelle à l’éclatement de la bulle Internet en 2000. Selon lui, les investisseurs ont placé des sommes colossales dans des entreprises d’intelligence artificielle encore jeunes, sans modèle économique suffisamment solide pour justifier leurs valorisations. Il rappelle que l’IA grand public n’est apparue que récemment et estime qu’il est dangereux d’y investir massivement comme s’il s’agissait d’une industrie déjà mature. Il anticipe une correction violente lorsque les revenus promis ne seront pas au rendez-vous, lorsque la dette utilisée pour financer ces projets deviendra trop coûteuse et lorsque les taux d’intérêt continueront de peser sur les valorisations.
Il ajoute une dimension géopolitique à cette bulle : selon lui, la Chine investit massivement dans l’intelligence artificielle et les semi-conducteurs, tandis que les États-Unis concentrent leurs ressources sur la guerre. Il estime que cette asymétrie finira par peser sur la compétitivité américaine et accentuera la vulnérabilité des marchés occidentaux. Il cite également l’immobilier commercial, frappé par des taux élevés, des loyers fragiles et des taux d’occupation encore faibles depuis la pandémie. Pour Celente, la combinaison d’une bulle technologique, d’une crise immobilière et d’une dette publique hors de contrôle crée les conditions d’un krach boursier majeur. Lorsque les marchés chuteront, il prédit que la réalité économique finira par rattraper Wall Street.
Or et argent : pourquoi Celente reste haussier
Malgré une correction récente du métal jaune, Celente reste très haussier sur l’or et l’argent. Il explique que la baisse temporaire s’explique notamment par l’attrait des fonds monétaires, qui offrent des rendements élevés grâce aux taux d’intérêt. Mais pour lui, cette situation ne peut pas durer : si l’inflation progresse et que les monnaies perdent de la valeur, les métaux précieux devraient mécaniquement retrouver de la force. Il résume sa logique sans détour : lorsque la valeur des devises s’érode, l’or physique redevient une protection naturelle contre la perte de pouvoir d’achat.
Les données de marché confirment que l’or reste au cœur des stratégies de couverture. Après avoir dépassé 5 400 dollars l’once en janvier 2026, le métal jaune a connu une correction, mais la demande mondiale est restée robuste : elle a atteint 2 522 tonnes au premier semestre 2026, en hausse de 2% sur un an, pour une valeur record de 380 milliards de dollars. Les banques centrales ont également acheté 289 tonnes d’or au deuxième trimestre, soit une progression de 62% sur un an, tandis que 45% des banques centrales interrogées par le World Gold Council envisageaient d’augmenter leurs réserves dans les douze mois. Cette accumulation officielle, menée notamment par la Chine et la Pologne, renforce l’idée que l’or n’est plus seulement un actif spéculatif, mais un instrument de souveraineté monétaire.
Pour Celente, le scénario est clair : tant que Wall Street tient, l’or peut connaître des phases de consolidation. Mais dès que la bulle technologique éclatera, que la dette deviendra insoutenable ou que la guerre intensifiera le choc énergétique, la demande d’or physique pourrait exploser. Il prévoit alors une envolée des prix des métaux précieux, précisément parce que les investisseurs chercheront à sortir des actifs financiers jugés trop risqués. Dans cette logique, les pièces d’or historiques comme le 20 francs Napoléon, les lingots ou les pièces d’investissement redeviennent des outils de préservation patrimoniale.
Ce que cela signifie pour les épargnants
Le message de Gerald Celente est sans appel : la crise ne sera pas seulement financière, elle sera sociale, politique et géopolitique. Il appelle à ne plus se fier aux discours rassurants des gouvernements et des grandes institutions financières, mais à observer les faits : inflation persistante, dette record, guerre, prix de l’énergie, logement inaccessible, bulle IA et colère populaire. Selon lui, ceux qui attendront le krach pour agir risquent d’être pris de vitesse. Sa recommandation implicite est de se positioner en amont, notamment grâce à l’or physique et à l’argent métal, afin de traverser la tempête avec un actif qui ne dépend ni d’une banque, ni d’un État, ni d’une plateforme numérique.
Cette analyse reste bien sûr celle de Gerald Celente, un analyste connu pour ses positions radicales et ses prévisions volontairement provocatrices. Mais les indicateurs qu’il mobilise — inflation en accélération, dette américaine record, flambée des carburants, tensions géopolitiques et contestation sociale mondiale — sont bien réels et documentés. Pour les épargnants qui souhaitent se protéger contre l’incertitude monétaire, l’or physique demeure l’un des actifs les plus étudiés, avec une demande mondiale soutenue et un intérêt croissant des banques centrales. C’est dans ce contexte que l’achat de pièces d’or ou de lingots peut s’inscrire dans une stratégie de diversification patrimoniale, à condition d’être adapté à chaque profil d’investisseur.