Volatilité de l’or : pourquoi la baisse des prix cache une course mondiale aux métaux précieux – Pascal Charpentier – Gérant de portefeuille

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La volatilité extrême observée récemment sur l’or et l’argent semble défier la logique la plus élémentaire des marchés. Alors que les prix reculent et que le sentiment des investisseurs se dégrade, la demande physique pour les métaux précieux atteint des niveaux exceptionnels : la Chine importe de l’or à un rythme record, tandis que l’or est devenu l’une des premières exportations américaines. Pour l’analyste Pascal, cette contradiction n’est pas un accident : elle révèle selon lui un phénomène majeur qui se déroule « derrière le rideau », alors que la plupart des épargnants ne voient que la chute des cotations. Dans ce contexte, acheter des pièces d’or physiques devient, selon cette lecture du marché, une manière de se positionner avant qu’une éventuelle pénurie ne rende l’accès au métal plus difficile.

Le premier signal vient de Chine. Le pays a importé plus de 1 000 tonnes d’or durant les huit premiers mois de 2026, pour une valeur record de 158,8 milliards de dollars, dépassant déjà les 886 tonnes importées sur l’ensemble de l’année 2025. Dans le même temps, la banque centrale chinoise a acheté de l’or pendant 23 mois consécutifs, avec environ 23 tonnes ajoutées en septembre, soit son plus gros achat mensuel depuis près de trois ans. Cette accumulation massive coïncide avec une baisse des cours, ce qui renforce l’idée que le marché financier et le marché physique racontent deux histoires différentes. Pour les investisseurs qui souhaitent une exposition directe au métal, le Napoléon 20 francs tête nue illustre ce format historique, liquide et reconnu, souvent recherché en période d’incertitude monétaire.

Le deuxième signal est encore plus troublant : l’or est devenu la première exportation des États-Unis au premier trimestre 2026, avec 44,89 milliards de dollars exportés, devant l’aéronautique civil et le pétrole raffiné. Ce mouvement traduit des flux physiques considérables hors du territoire américain, alors même que la production minière ne peut pas absorber une telle demande. Pascal y voit la preuve que quelque chose de structurel est en train de se jouer : les réserves et les stocks disponibles ne restent pas immobiles, ils circulent, changent de mains et quittent progressivement les places financières occidentales. Face à cette dynamique, les lingots d’or certifiés représentent le format de référence pour ceux qui veulent détenir le métal au plus près de sa valeur intrinsèque.

Cette situation rappelle, selon Pascal, une séquence historique précise : l’hyperinflation allemande des années 1920. Avant l’accélération brutale de janvier 1923, l’or avait déjà connu des phases de hausse, suivies de fortes corrections lorsque des nouvelles optimistes ou contradictoires revenaient sur le marché. La volatilité n’était donc pas le signe d’un affaiblissement du métal, mais celui d’une confusion croissante dans un système monétaire déjà profondément fragilisé. L’auteur estime que nous pourrions traverser une phase comparable : des baisses violentes, des rebonds, des doutes et une peur généralisée, alors même que les fondamentaux physiques se durcissent. C’est précisément dans ce type d’environnement que les pièces d’or d’investissement peuvent permettre une accumulation progressive, grâce à des formats divisibles et facilement revendables.

Le paradoxe devient encore plus frappant lorsque l’on observe la production. Historiquement, lorsque les prix d’une matière première augmentent de façon soutenue, l’offre finit par répondre : les mineurs investissent, ouvrent ou étendent des sites, et la production augmente. Or, Pascal affirme que nous assistons pour la première fois à une situation où les prix des métaux précieux explosent tandis que la production baisse. L’offre ne serait donc plus élastique : même si la demande venait à s’accélérer brutalement, l’extraction ne pourrait pas augmenter avant plusieurs années. Cette rigidité de l’offre constitue, selon lui, l’un des éléments les plus explosifs du marché actuel. Dans cette perspective, investir dans des lingots d’or revient à chercher une exposition au métal lui-même, plutôt qu’à un actif financier dont le prix peut être influencé par les flux spéculatifs.

Le mécanisme évoqué par Pascal concerne le rapatriement de l’or par les banques centrales. Plusieurs pays européens avaient placé une partie de leurs réserves aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. La France, notamment, avait demandé le rapatriement d’une partie de son or dès 1966, sous l’impulsion du général de Gaulle, mais le processus ne fut pas totalement achevé. Selon Pascal, la crise de mars, liée au déclenchement de la guerre, aurait ouvert une fenêtre permettant à la France de vendre son or sur les marchés, de rapatrier des dollars, puis d’acheter du métal ailleurs, notamment au Moyen-Orient. Cette stratégie aurait permis de récupérer du métal physique sans dépendre uniquement des livraisons américaines. Pour les particuliers, les pièces d’or reconnues internationalement offrent une logique comparable : posséder un actif tangible, négociable et indépendant des promesses d’un système financier.

Une baisse qui ne reflète pas la demande physique

Le cœur de l’analyse de Pascal repose sur une idée simple : si la demande physique est aussi forte, les prix ne devraient pas baisser. La Chine importe des volumes records, les banques centrales accumulent, l’or quitte massivement les États-Unis, et pourtant les cotations reculent. Pour lui, cette divergence est une « contre-indication » : le mouvement baissier visible en surface ne correspond pas à ce qui se passe dans les fondamentaux. Il estime même que la hausse de l’or et de l’argent n’en est qu’à son début, et que la correction depuis janvier masque une accélération des achats réels.

Les données disponibles donnent du poids à cette lecture. La Chine a importé plus de 1 000 tonnes d’or entre janvier et août 2026, un volume supérieur à celui enregistré sur toute l’année 2025, tandis que la banque centrale chinoise poursuivait ses achats pour le vingt-troisième mois consécutif. Parallèlement, les exportations américaines d’or non monétaire ont explosé, atteignant 47,2 milliards de dollars au premier trimestre 2026 selon les données FRED citées par plusieurs analystes. Ces chiffres ne prouvent pas mécaniquement une hausse future des cours, mais ils montrent une réalité difficile à ignorer : le métal physique se déplace vers des zones où la demande reste intense.

Le rapatriement de l’or, un jeu silencieux

Pascal décrit un mécanisme discret mais potentiellement puissant. Les banques centrales vendraient, sans l’annoncer ouvertement, une partie de leurs positions sur le marché américain, rapatrieraient des dollars, puis achèteraient du métal physique sur d’autres marchés, notamment dans les pays émergents. L’objectif ne serait pas de sortir de l’or, mais de changer la localisation et la forme de leurs réserves. Elles vendraient du papier ou des contrats là où le métal est coté, tout en acquérant du métal physique ailleurs.

Selon l’analyste Eric Yang, cité par Pascal, ce processus serait discipliné : des volumes importants seraient lâchés sur le marché pour faire baisser les prix de l’or et de l’argent, créant une forme de panique chez les investisseurs. Cette baisse permettrait ensuite aux acheteurs institutionnels de se retourner et d’acquérir de plus grandes quantités de métal à des prix plus favorables. Pascal précise que la Chine utiliserait déjà ce type de méthode, et que les importations chinoises massives seraient facilitées par des prix relativement bas. Autrement dit, la faiblesse apparente du marché ne serait pas une fin de cycle, mais une phase d’accumulation.

Quand l’offre physique devient le vrai sujet

Le point le plus anxiogène de l’analyse concerne la disponibilité réelle du métal. Pascal rappelle qu’en septembre, le COMEX détenait environ 6 millions d’onces d’or, et que 4 millions d’onces sont sorties des statistiques en une seule journée. Il en déduit que les quantités réellement disponibles à la sortie sont limitées. Cette lecture doit toutefois être maniée avec précision : une analyse ultérieure indique que la baisse de 4,06 millions d’onces du 21 septembre ne correspondait pas à un retrait physique, mais à une délistance de contrat et à la sortie de barres de 400 onces du périmètre comptabilisé par le CME.

Cette nuance ne supprime pas la question centrale : la différence entre l’or papier et l’or physique. Les contrats à terme, les certificats, les ETF et les promesses de livraison reposent sur un système de compensation, tandis qu’une pièce ou un lingot détenu directement constitue une propriété tangible. Lorsque la demande de livraison physique augmente, la question n’est plus de savoir combien de contrats circulent, mais combien de métal est réellement disponible, accessible et livrable. C’est exactement la frontière que Pascal invite les investisseurs à surveiller.

Un poker où le bluff remplace les fondamentaux

Pascal utilise une image particulièrement parlante : celle d’une partie de poker contre un joueur qui n’a pas de bonnes cartes, mais qui tente un bluff pour faire abandonner ses adversaires et récupérer la mise. Appliquée à l’or, cette métaphore signifie que la volatilité et le sentiment négatif seraient utilisés pour pousser les investisseurs à vendre leurs positions. Ceux qui cèdent sous la peur abandonneraient précisément au moment où les fondamentaux, selon l’auteur, deviennent plus solides.

Cette approche ne promet évidemment pas que les cours ne baisseront pas davantage. Pascal le dit lui-même : le sentiment sur les métaux précieux est extrêmement négatif et de nouvelles séances difficiles restent possibles. Mais son message est clair : la volatilité ne doit pas faire oublier la raison pour laquelle on détient de l’or. Si les dettes publiques continuent de peser sur la confiance dans les devises, si les banques centrales cherchent à réduire leur dépendance au dollar et si le métal physique devient plus difficile à obtenir, la logique de détention ne s’affaiblit pas. Elle se renforce.

Dettes, monnaies et bascule du marché

Le scénario décrit par Pascal repose sur une conviction monétaire : les dettes nationales atteindront un niveau tel que la seule façon de maintenir le système sera de dévaluer les monnaies. En réduisant la valeur réelle de la dette, les États et les banques centrales allégeraient mécaniquement le poids de leurs engagements. Mais cette dévaluation aurait une conséquence directe : elle éroderait la confiance dans les devises papier et renforcerait l’attrait de l’or, historiquement perçu comme une réserve de valeur sans contrepartie de dette.

Le problème, selon Pascal, est que lorsque le grand marché comprendra ce mécanisme, il sera peut-être trop tard pour se positionner facilement. Le métal aura été drainé pendant des années par les banques centrales, la Chine et d’autres acteurs institutionnels. L’offre ne pourra pas répondre immédiatement, car l’extraction minière demande du temps, des investissements lourds et des autorisations complexes. La fenêtre d’accès à l’or physique pourrait donc se refermer progressivement, non pas parce que l’or disparaîtrait, mais parce qu’il changerait de mains et deviendrait plus rare sur le marché libre.

Pourquoi les pièces d’or restent un format stratégique

Dans un marché dominé par les flux financiers, les pièces d’or offrent un avantage simple : elles sont divisibles. Contrairement à un lingot d’un kilogramme, une pièce peut être achetée progressivement, conservée facilement et revendue partiellement selon les besoins. Cette flexibilité est précieuse lorsque la volatilité devient extrême, car elle permet d’éviter de devoir mobiliser une somme importante en une seule fois.

Les pièces d’investissement reconnues, comme le Napoléon 20 francs, la Maple Leaf, la Britannia, le Krugerrand ou la Philharmonique, bénéficient d’une liquidité internationale. Leur prix comprend une prime, qui reflète les coûts de fabrication, de distribution, la rareté relative et la demande du marché. En période de tension, cette prime peut augmenter, ce qui signifie que le prix payé par l’investisseur peut monter même si le cours spot de l’or stagne. C’est pourquoi le choix du format, de la prime et de la traçabilité est aussi important que le moment de l’achat.

L’or physique contre l’or papier

La distinction entre or physique et or papier est au centre du raisonnement. L’or papier désigne les instruments financiers qui exposent à la variation du cours de l’or sans nécessairement donner droit à une livraison immédiate du métal. L’or physique, à l’inverse, désigne une pièce ou un lingot réellement détenu, authentifié et traçable. Lorsque les tensions sur les livraisons augmentent, cette différence cesse d’être théorique : elle devient la variable décisive.

Les lingots certifiés répondent à des standards stricts : pureté minimale de 995 ‰, poids, titre, nom du raffineur, poinçon de l’essayeur et numéro de série unique. Ils sont généralement accompagnés d’un certificat d’authenticité. Les pièces, quant à elles, allient valeur métallique, reconnaissance internationale et, pour certaines références anciennes, une dimension patrimoniale ou numismatique. Dans les deux cas, l’objectif est le même : détenir un actif qui ne dépend pas de la solvabilité d’une banque, d’un État ou d’un émetteur de contrat.

Ce que la volatilité révèle vraiment

La volatilité n’est pas nécessairement l’ennemie de l’investisseur long terme. Elle peut être le symptôme d’un déséquilibre entre un marché financier nerveux et une demande physique persistante. Lorsque les prix baissent alors que les importations chinoises battent des records, que les banques centrales achètent depuis des mois et que l’or devient une exportation majeure des États-Unis, le mouvement baissier peut refléter davantage une redistribution du métal qu’un rejet du métal lui-même.

Pascal ne promet ni date, ni niveau de prix, ni certitude sur les prochaines séances. Il affirme en revanche que les raisons d’être investi dans les métaux précieux sont, selon lui, plus vraies aujourd’hui qu’auparavant. La dette, la défiance envers les monnaies, la course des banques centrales et la rigidité de l’offre forment, dans son analyse, un ensemble cohérent. La volatilité serait alors le prix à payer pour accéder à un actif dont la disponibilité physique pourrait devenir de plus en plus contrainte.

Points clés à retenir

– La Chine a importé plus de 1 000 tonnes d’or entre janvier et août 2026, pour 158,8 milliards de dollars, dépassant son total annuel de 2025.

– La banque centrale chinoise a acheté de l’or pendant 23 mois consécutifs, avec environ 23 tonnes en septembre 2026.

– L’or est devenu la première exportation américaine au premier trimestre 2026, avec 44,89 milliards de dollars exportés.

– Pascal considère que la baisse des cours contredit la demande physique et pourrait résulter d’une stratégie d’accumulation par certaines banques centrales.

– La production minière ne peut pas répondre rapidement à une explosion de la demande, ce qui rend l’offre structurellement rigide selon son analyse.

– La distinction entre or papier et or physique devient cruciale lorsque la question de la livraison réelle se pose.

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