Gerald Celente, éditeur du Trends Journal, ne mâche pas ses mots : selon lui, le XXIe siècle sera le siècle chinois, l’Amérique est engagée dans un déclin historique, et l’or demeure l’actif refuge numéro un face à une dette mondiale hors de contrôle. Dans un entretien accordé à Mining Network, il évoque une crise géopolitique et socio-économique qu’il juge parmi les plus graves depuis plus d’un siècle, tout en appelant les particuliers à se préparer par l’or, la condition physique et un plan de repli. Pour ceux qui souhaitent agir concrètement, l’achat d’une pièce de 20 francs Napoléon tête nue s’inscrit précisément dans cette logique de protection patrimoniale physique, accessible et reconnue depuis longtemps par les investisseurs européens.
Celente part d’un constat brutal : le XXe siècle fut « le siècle américain », mais il estime que le XXIe siècle appartiendra à la Chine. Il s’appuie sur la montée en puissance de l’enseignement supérieur chinois, de l’industrie, des véhicules électriques, des batteries, de l’énergie alternative et de l’intelligence artificielle. À ses yeux, les États-Unis ont transmis à Pékin une base industrielle et technologique considérable, notamment après l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce. Il oppose cette trajectoire à celle d’une Amérique qu’il décrit comme affaiblie, endettée et de moins en moins capable de financer sa puissance. Dans ce contexte de bascule géopolitique, la détention d’or physique devient pour lui une réponse rationnelle : l’achat de pièces d’or permet de détenir un actif sans contrepartie bancaire, transmissible et reconnu internationalement.
Le premier risque qu’il met en avant est un « dot-com bust 2.0 », autrement dit un éclatement de la bulle liée aux valeurs de l’intelligence artificielle. Celente rappelle que les tendances naissent, se développent, atteignent leur maturité puis déclinent, et il juge dangereux d’avoir concentré autant de capitaux sur un secteur devenu public depuis seulement quelques années. Selon lui, la hausse des rendements du Trésor américain, la remontée des taux d’intérêt, le coût croissant du financement et le niveau d’endettement des entreprises technologiques créent une pression insoutenable. Il anticipe que la Chine prendra la tête de l’IA et éliminera une grande partie des entreprises américaines du secteur. Face à cette vulnérabilité des marchés financiers, l’achat de lingots d’or représente, dans sa grille de lecture, une manière de sortir une partie de son patrimoine d’un système exposé à une correction brutale.
Le deuxième point de rupture identifié par Celente concerne l’immobilier commercial. Il évoque un article du Financial Times daté du 22 octobre, intitulé « Rate rises threaten real estate recovery », qui souligne que la remontée des taux menace de faire dérailler une reprise déjà fragile de l’immobilier commercial mondial. Celente relie cette fragilité aux confinements liés à la pandémie, qui ont durablement modifié l’usage des bureaux et créé ce qu’il appelle un « office building bust ». Les taux de vacance élevés, la baisse des valeurs immobilières et le refinancement plus coûteux des prêts forment selon lui une bombe à retardement. Il affirme sans détour qu’une crise de l’immobilier commercial surviendra en même temps que l’éclatement de la bulle de l’IA, et qu’elle sera pire que la Grande Dépression. Dans un tel scénario, il considère que l’achat d’or sous forme de pièces constitue une protection plus simple et plus liquide que des actifs immobiliers difficiles à vendre en période de stress.
Le choc pétrolier aggrave la crise mondiale
Le troisième moteur de la crise décrite par Celente est le choc énergétique né du conflit impliquant l’Iran. Il cite un Brent autour de 114 dollars le baril, contre environ 70 dollars avant le début de la guerre, et insiste sur les conséquences en cascade : transport plus cher, coûts de production en hausse, engrais plus difficiles à obtenir et pression inflationniste généralisée. Les données récentes confirment l’ampleur du choc : le Brent a atteint 116,72 dollars le 23 octobre, son plus haut niveau de clôture depuis avril, tandis que le WTI clôturait à 103,27 dollars, avant un léger repli lié aux espoirs de désescalade. Le pétrole reste néanmoins proche de ses sommets récents, avec un Brent autour de 114 dollars le 27 octobre, en hausse de plus de 78% sur un an selon les données de marché. Cette envolée frappe directement les ménages, les entreprises et les États, et renforce la thèse de Celente selon laquelle l’inflation va devenir un problème politique majeur. Dans ce décor, l’achat du Napoléon 20 francs apparaît comme une solution historique de préservation du pouvoir d’achat, précisément parce que l’or ne dépend pas d’une promesse de remboursement émise par un État endetté.
Celente élargit ensuite le problème à la sécurité alimentaire mondiale. Il souligne que l’Ukraine et la Russie sont des acteurs majeurs de l’approvisionnement en engrais, et que la guerre a perturbé des chaînes logistiques déjà fragilisées. Lorsque le fret devient plus coûteux, que l’énergie explose et que les intrants agricoles se raréfient, le prix des aliments monte mécaniquement. Il considère que cette pression touche d’abord les populations les plus modestes, puis se transforme en colère sociale. Il évoque une « révolution de la génération Z », portée par des jeunes qu’il juge sans perspectives, endettés, exclus de la propriété et confrontés à une concentration croissante des richesses. Pour lui, cette colère n’est pas une hypothèse abstraite : elle se manifeste déjà en France, en Italie, au Chili, au Népal ou en Inde. Là encore, son message est direct : les actifs papier et les promesses étatiques ne protègent pas contre une perte de confiance généralisée, tandis que l’achat de lingots d’or physiques permet de détenir une réserve tangible, hors du système financier.
L’or, refuge numéro un face au déclin du dollar
Sur l’or, Celente est sans ambiguïté : il reste très haussier, même si la baisse récente du métal l’a surpris. Il explique ce repli par l’anticipation de taux plus élevés, par la force temporaire du dollar et par la hausse des rendements du Trésor, qui rendent les placements en dollars plus attractifs à court terme. Mais il qualifie immédiatement ce recul de temporaire. Pour lui, l’or reste « le numéro un des actifs refuges », particulièrement lorsque l’inflation progresse, que les États s’endettent davantage et que la confiance dans les monnaies fiduciaires s’érode. Les faits récents soutiennent en partie cette lecture : les banques centrales ont acheté environ 79 tonnes d’or en août, soit plus de quatre fois la moyenne antérieure à 2022, selon une estimation de Goldman Sachs relayée par Fortune. La Chine aurait représenté environ 25 tonnes de ces achats, ce qui confirme la stratégie d’accumulation décrite par Celente.
Le signal chinois est particulièrement important dans l’analyse de Celente. La banque centrale chinoise a ajouté 23 tonnes d’or à ses réserves en septembre, soit son plus fort achat mensuel depuis octobre 2023, portant ses réserves officielles à 2 410 tonnes. Cela prolonge une série de 23 mois consécutifs d’achats et porte le total accumulé depuis le début de l’année à 103 tonnes. Parallèlement, les ménages chinois achètent également les replis du métal : les volumes sur le contrat Au99.99 de la Bourse de l’or de Shanghai ont atteint 43 millions de lots la semaine dernière, soit environ 430 tonnes, le niveau le plus élevé depuis avril. Pour Celente, cette demande chinoise n’est pas un détail technique : elle traduit une volonté de se prémunir contre le dollar et de préparer un ordre monétaire différent. C’est aussi la raison pour laquelle il considère que toute faiblesse passagère de l’or doit être lue comme une opportunité d’accumulation, non comme la fin du cycle haussier.
La fin de l’empire américain selon Celente
Celente relie explicitement la montée de l’or à ce qu’il appelle « le début de la fin de l’empire américain ». Il estime que la guerre, les déficits, la hausse des prix à la production et l’endettement des États occidentaux précipitent la perte de crédibilité du dollar. Il évoque des pays contraints de vendre une partie de leur or pour faire face à leurs besoins de financement, tout en soulignant que la Chine, elle, continue d’acheter. Cette asymétrie résume sa thèse : les puissances occidentales consomment leur capital financier et militaire, tandis que Pékin construit sa puissance industrielle, technologique et monétaire. Les données de marché montrent d’ailleurs que l’or a reculé de 4,4% au cours des neuf premiers mois de 2026, après avoir progressé de 25,5% en 2024 puis de 67,4% en 2025 en dollars. Cette correction ne modifie pas, aux yeux de Celente, la tendance de fond : l’or reste l’actif de dernier recours lorsque la dette, la guerre et l’inflation se combinent.
Il insiste également sur le décalage entre Wall Street et la vie réelle des Américains. Selon lui, 1% des Américains détiennent 54% des marchés actions, tandis que BlackRock, State Street et Vanguard contrôleraient environ 80% de la valeur du S&P 500. Son argument est simple : tant que les indices boursiers montent, une minorité de détenteurs de capitaux profite de la situation, mais la majorité ne perçoit pas encore l’ampleur de la crise. Dès que Wall Street chute, la réalité économique devient visible pour tous. Il rapproche ce mécanisme du krach de 1929 et affirme que le même schéma se reproduira. C’est précisément ce risque de bascule brutale qui explique, dans son raisonnement, l’intérêt de détenir de l’or physique avant la crise plutôt que d’essayer d’y répondre après.
Se préparer : or, condition physique et plan de repli
La dernière partie de l’entretien est la plus sombre. Celente formule sa fameuse règle des « 3 G » : guns, gold and a getaway plan, soit des moyens de protection, de l’or et un plan de départ. Il exprime une inquiétude majeure concernant le risque nucléaire, en citant les tensions autour de la Russie, de l’OTAN, de la mer Baltique et du conflit israélo-iranien. Il évoque notamment l’« option Samson », qu’il présente comme la possibilité pour Israël de recourir à l’arme nucléaire s’il estime perdre la guerre. Son appel n’est pas seulement financier : il demande aux individus de se renforcer physiquement, émotionnellement et spirituellement, puis d’agir pour défendre la paix et la liberté. Il reprend la formule attribuée à Samuel Adams selon laquelle une minorité déterminée peut faire changer le cours des choses.
Sur le plan patrimonial, la traduction pratique de son discours est claire : ne pas laisser l’intégralité de son épargne dans des actifs financiers vulnérables aux taux, à la dette et à la panique des marchés. Celente ne propose pas un placement spéculatif, mais une réserve de souveraineté personnelle. L’or physique, sous forme de pièces ou de lingots, répond à cette fonction parce qu’il ne comporte pas de risque de défaut, ne dépend pas d’une plateforme en ligne et conserve une reconnaissance universelle. Les acheteurs particuliers peuvent commencer par de petites unités, comme le Napoléon, ou constituer progressivement une réserve plus importante avec des lingots. L’essentiel, dans sa logique, est d’agir avant que la crise ne devienne visible pour tous.
Ce qu’il faut retenir de l’analyse de Celente
Le message de Gerald Celente peut se résumer en cinq alertes : la Chine prend l’avantage économique et technologique ; la bulle de l’IA risque d’éclater ; l’immobilier commercial est fragilisé par les taux et les vacances ; le choc pétrolier alimente l’inflation et la colère sociale ; l’or reste le principal refuge face au déclin du dollar. Il ne présente pas ces évolutions comme des scénarios optionnels, mais comme des tendances déjà en mouvement. Les chiffres récents sur le pétrole, les achats d’or des banques centrales et la demande physique chinoise donnent du poids à plusieurs éléments de son diagnostic, même si ses prévisions les plus extrêmes restent des jugements prospectifs et non des certitudes.
Pour un investisseur particulier, la leçon opérationnelle est de diversifier hors du système financier une partie de son patrimoine, sans céder à la panique. Celente considère que la faiblesse actuelle de l’or est une parenthèse, provoquée par les taux et le dollar, et non une inversion de tendance. Dans cette perspective, l’or physique n’est pas un produit de rendement, mais une assurance contre l’inflation, la dette souveraine, les conflits géopolitiques et une perte de confiance dans les monnaies papier. C’est exactement le rôle qu’il lui attribue dans sa préparation personnelle : un actif simple, tangible et durable, à conserver avant que la prochaine crise ne frappe les marchés.