Etienne Henri: Euro: faut-il vraiment persévérer ?

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L’abandon de l’euro signifierait une destruction de crédit au profit de l’Etat et au détriment de votre épargne.

Nous avons vu dans le précédent article ce que coûterait un abandon de l’euro pour retrouver une monnaie nationale. Ce tout nouveau franc, qu’appellent de leurs vœux plusieurs candidats à la présidence de la République, serait une monnaie faible par rapport au dollar US et ce qu’il resterait de l’euro.

Un tel changement monétaire serait catastrophique pour les rentiers, les retraités et tous les autres allocataires sociaux. Les salariés souffriraient également, un peu moins toutefois pour ceux qui ont la chance de travailler dans un secteur où les négociations salariales sont possibles.

Les seuls gagnants à coup sûr seraient les travailleurs frontaliers qui pourraient vendre leurs services en euro tout en vivant en France, ainsi que les entreprises exportatrices. L’Etat pourrait aussi alléger le fardeau de sa dette. Vous en conviendrez, ce transfert de richesse ne bénéficiera pas au citoyen lambda.

Est-il pour autant plus raisonnable de rester cinq ans de plus dans la Zone euro ? Dans cette hypothèse, à quelle sauce monétaire serons-nous mangés ?

Vivre avec l’imprévisible BCE

Garder la monnaie unique nous contraindrait à rester sous le joug de la BCE.

Comme toutes les instances partagées par les pays-membres, la BCE est un ennemi médiatique idéal. Pensez donc ! Elle ne se plie pas aux injonctions nationales et établit sa politique monétaire sans avoir de comptes à rendre aux Français, aux Allemands ou aux Grecs.

Les souverainistes fulminent de ne pas avoir de contrôle sur ce pouvoir parallèle… et oublient un peu vite que les statuts de la BCE ont justement été écrits pour que l’institution ne serve pas tel ou tel Etat-membre. Avant 2008, il lui était reproché de laisser l’euro se renforcer. L’industrie européenne était, certainement, en danger de mort.

Depuis, la BCE a fait fi de l’influence germanique et s’est laissée aller à l’impression monétaire. De nouvelles voix se lèvent aujourd’hui pour pleurer la perte de pouvoir d’achat des européens.

De vous à moi, je trouve toujours savoureux de voir une institution essuyer des critiques diamétralement opposées à quelques mois d’écart. Ce doit être le signe que son indépendance est, en fait, plutôt respectée… et tant pis pour les dirigeants qui enragent d’impuissance !

Refermons cette parenthèse pour réaliser que nous, Français, serons toujours soumis à la politique monétaire de la BCE si nous restons dans la Zone euro. L’assouplissement quantitatif européen pourrait bien augmenter, diminuer, ou rester stable… Ce choix ne dépendra pas du prochain locataire de l’Elysée : il faudra faire avec.

L’euro se renforcera-t’il face au dollar ?

Vous le savez, l’euro traverse une mauvaise passe face au billet vert. La remontée récente des taux d’intérêt outre-Atlantique confirme la tendance de fond observée depuis quelques années : l’euro a tendance à s’affaiblir.

Pour l’instant, la parité 1 euro pour 1 dollar tient bon, et a provisoirement interrompu le mouvement baissier.

Que pouvons-nous espérer ces cinq prochaines années si la France opte pour le statu quo ? Au risque de vous décevoir, cher lecteur, je n’en sais rien. Tous ceux qui prétendent anticiper les taux de change à cinq ans sont de doux rêveurs ou de parfaits charlatans.

Nous avons, aujourd’hui, autant de raisons d’anticiper une hausse de l’euro qu’une baisse.

Les principaux facteurs haussiers sont :

– L’arrêt progressif du QE européen ;
– Le rebond de l’euro sur ses plus bas de fin 2016 ;
– La volonté affichée par Donald Trump d’affaiblir le dollar.

La hausse de l’euro n’est toutefois pas une certitude. D’autres facteurs plaident plutôt pour une baisse :

– Les Etats laxistes (dont la France fait partie) sont surendettés et ont besoin de la planche à billet ;
– La Fed pourrait remonter encore ses taux dans les prochaines années.

Impossible, donc, de déterminer si le cours de l’euro prendra telle ou telle direction.

Notre guide dans le brouillard : « cette fois-ci, ce n’est pas différent »

Dans cette incertitude, nous pouvons toutefois tabler sur la relative stabilité de notre économie européenne. Nos marchés sont matures, nous n’avons pas de guerre sur notre territoire et notre poids économique est fort. Le plus sage est de considérer que les cinq prochaines années ne seront probablement pas très différentes des cinq précédentes.

Nous pouvons par conséquent anticiper une certaine inflation, avec toutes les conséquences que cela implique en termes de préservation de votre épargne et votre pouvoir d’achat. Le rythme d’impression monétaire et les taux directeurs seront, pour les particuliers que nous sommes, des facteurs externes.

Egon Von Greyerz: nous sommes au milieu de la plus grande chaîne de Ponzi de toute l’histoire !

L’économie mondiale est en feu – Les banques centrales ne savent pas comment éteindre l’incendie

Finalement, est-ce bien différent d’une monnaie nationale ? En tant que citoyens, avons-nous vraiment le contrôle sur ces paramètres une fois les élections passées ? Bien sûr que non. Il y a un monde entre les promesses des candidats et les réalités économiques. Les électeurs de Donald Trump pourraient en témoigner !

L’investisseur prudent a donc tout intérêt à considérer la politique d’une banque centrale (qu’elle soit européenne ou nationale) comme un paramètre aléatoire. Si la politique de la BCE change du tout au tout, nous serons les premiers à vous conseiller de nouvelles stratégies d’épargne et d’investissement.

En attendant, rester dans la Zone euro nous condamnera à investir comme depuis 2008 : en protégeant au maximum notre capital contre l’inflation dans un contexte difficile de taux bas.

Finalement, quelle différence ?

Il serait tentant de conclure qu’un retour au franc ou un maintien dans la Zone euro sont équivalents, et que les gagnants et perdants seront les mêmes.

Dans les deux cas, une inflation importante est à prévoir, je vous l’accorde. Nous pouvons le regretter, mais nos économies fonctionnent sur le crédit et non sur la possession d’actifs tangibles. Tant que nous payerons et serons rémunérés en monnaie de singe (qu’elle s’appelle franc, euro ou dollar), l’inflation sera inévitable sur le long terme. C’est le triste destin des monnaies fiduciaires que de perdre leur valeur au cours du temps.

La raison pour laquelle un abandon de l’euro nous coûterait (très) cher tient justement à l’importance du crédit dans notre économie. La quasi-totalité des acteurs économiques sont endettés. Seul l’Etat français pourra convertir de force sa dette en francs. En termes crus, cela s’appelle faire défaut… et les citoyens et entreprises n’ont pas cette option s’ils veulent pouvoir continuer à vivre comme avant.

Il y a ainsi une différence fondamentale entre l’inflation du futur franc et celle de l’euro. Dans le premier cas, la quasi-totalité des acteurs seront perdants. Dans le second cas, les emprunteurs auront au moins la satisfaction de voir la charge de leur dette s’alléger.

Le défaut principal que nous reprochons à l’euro est son péché originel : ce n’est pas un actif – contrairement à l’or.

Le franc ne le sera pas plus, et rendra le remboursement des dettes insupportable pour les entreprises et les particuliers.

L’Etat, qui lui sera gagnant en faisant de fait défaut, mérite-t-il vraiment que nous lui fassions un tel cadeau ? Une question à méditer avant de glisser le bulletin dans l’urne le 7 mai prochain !

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit

Source: la-chronique-agora


Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.


12 Commentaires

  1. quand même un gros oubli : si la France sort de l’euro , d’ autres suivront et l’euro disparait , si bien que l’on retourne à peu près à la situation d’avant , des monnaies européennes qui fluctuent les unes par rapport aux autres . La suisse et une dizaine de pays de l’UE fonctionnent toujours sans le carcan de l’euro .

  2. la finance apatride est bien la peste qui tué l’économie française, Poujade a raison, le système ne peut pas tenir car aujourdhui le rentier gagne plus que le travailleur alors que le rentier ne travaille pas, il accumule les dividendes et les plus values souvent hérités de sa famille, une société ne peut pas tenir de l’exploitation financière mondiale, elle s’écroule car elle ne produit rien de nouveau, elle assure juste l’avenir de rentiers parasites. Ainsi depuis la crise de 2008, aucune innovation majeure a été crée par l’économie capitaliste car en tant de crise, le rentier continue de vouloir percevoir son revenu alors que les entreprises licencient massivement pour survivre. Votre système s’écroulera comme l’URSS et vous direz que le capitalisme a échoué car il n’y avait pas assez de libéralisme.

  3. je constate que pour entrer dans l’euro on nous disait que tout était simple, tout était bénéfique nous allions prospérer, 20 ans aprés c’est catastrophique (balance commerciale negative de 70 mds contrairement aux allemands créditrice de 230 mds) et bien sur les memes nous disent que c’est quasi impossible d’en sortir que ça va nous ruiner, maintenant la question a se poser est de savoir en cas de cangrène vaut il mieux se couper un doigt, ou un bras ou mourir?
    le reste n’est que bla bla, enfin juste un avis

  4. La situation économique est catastrophique : soit on sort de l’euro avec MLP et on est obligé de revendre illico presto la bagnole FRANCE pour payer nos dettes, soit on continue à dilapider le pognon et on continue à s’endetter avec MACRON et d’ici peu l’huissier viendra saisir et la bagnole France et la maison France (c’est le cas de milliers de couple en situation de surendettement)! Avec MLP on souffre mais on garde notre toit , avec MACRON on risque de tout perdre : le voilà le dilemme (sauf que le jourou l’huissier viendra , MACRON et ses copains seront barés sur une ile déserte en sirotant une pina colada pendant que vous, vous pleurerez mais il sera trop tard!

    • avec MLP tu perds 20% de ce que tu as tout de suite, avec les autres au final tu perdras tout et tu paieras pour toutes les dettes des pays Européens, je crois que le choix est clair mais les français sont uber intelligents donc ils voteront MACRON pour attendre encore un peu en pensant s’en sortir plus tard (comme les grecs)

  5. Depuis 30 ans, la France ne prend des mesures que pour faciliter la vie des grands groupes au détriment des entrepreneurs.
    Une personne sensée fait la différence entre CAC40 et PME …
    Encore entendu aujourd’hui un « spécialiste » à la radio : « le CICE a permis 200000 créations d’emploi ».
    Le CICE c’est 40 milliards divise par 200000 emplois, ça donne 200000 € !
    200000 € pour créer un emploi ! Payés à qui par qui ?
    Ces 200000 € ? Ils sont le fait d’une production ? Non c’est juste l’État qui s’endette et les gogos qui payent des taxes supplémentaires pour le plus grand plaisir des financiers qui eux font de l’intérêt.
    Il y a du vrai dans ce que vous affirmez, le seul souci est les gouvernants s’en foutent complétement, du moment que les indices de leurs potes du CAC40 sont à la hausse !

  6. Ce monsieur ne parle que d’inflation et non de délocalisations et de chômage !
    Peut-être que l’inflation est inévitable mais si nous sortons de l’union européenne nous pourrons toujours protéger certaines de nos entreprises ce que nous ne pouvons pas faire aujourd’hui
    https://www.youtube.com/watch?v=xEVte5e2HY8
    Ce qui est très loin d’être négligeable !

  7. toute devise reposant sur les dettes et planche à billet ne représente que la monnaie du diable (sans valeur réél).

    =) une monnaie doit être métalique pour être une richesse en soit , ce qui n’est pas le cas des devises papier et encore moins virtuel ( sauf si on compte le papier des devises papier )

    =) une monnaie doit conservé sa valeur dans le temps et ne pas subir de dévaluation , ce qui est impossible avec la rareté des pièces en métaux précieux alors il faut des billets incrustant un logo en nanopoints argent ou cuivre et plus de planche à billet ou bien un quota maximum de planche à billet !!!

  8. Faux les retraites . les rentiers personnes ne perdra sauf les préteurs . l euro c est panier de devise . si la France sort de l euro . l’Euro va perdre automatiquement de la valeur . si plusieurs pays suit l euro vaudra 0 donc la dette française sera à 0 . voilà le calcul de certains .

    • les impôts ça vous dit quelque chose, le niveau d’imposition de la France pour tenir dans la zone euro tend vers 100%, demains la CSG, après demain la TVA, et ensuite l’impot européen… et les autres pays font pareil. L’euro est une monnaie destructrice de valeur, c’est pourtant clair.

      • De même le rentier actuel va connaitre au final une crise majeur sur les obligations sur les actions et sur l’immobilier, investir en zone euro est vraiment le dernier bon conseil à donner.

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