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Nicolas Perrin: Dette mondiale: où en est-on ?
 

La dette mondiale grimpe en flèche… mais les coupables ne sont peut-être pas ceux que l’on croit.

Dette mondiale 2017 : on a enfin les chiffres ! Le montant de la dette mondiale et le pourcentage qu’elle représente vis-à-vis du PIB mondial sont des statistiques que je surveille de près, un peu comme le rendement moyen des fonds euros.

J’aimerais bien vous annoncer que la dette diminue et que le rendement de votre épargne augmente, mais ça n’est pas moi qui choisis !

L’Institut de la finance internationale (Institute of International Finance en anglais – IIF) est une association qui regroupe environ 500 institutions financières issues de 17 pays, en particulier des banques commerciales et d’investissement, des compagnies d’assurances et des sociétés de gestion d’actifs. Depuis 1983, l’IIF publie des rapports et défend des positions qui se veulent en faveur de la stabilité financière mondiale.

Son dernier rapport sur la dette mondiale date du 4 janvier. Il révèle qu’au 31 décembre 2017, la dette mondiale se montait à 20 000 milliards de dollars de plus qu’en 2016 pour atteindre le niveau de 237 trillions, comme disent les Américains, soit 237 000 Mds $. Nous verrons plus loin que le FMI n’avance pas le même chiffre. Dommage que le fonds n’ait pas commenté le rapport de l’IIF !

Les économies développées en légère décélération, les émergents ont pris le relais

Le graphique ci-dessous est très instructif. Il fait apparaître le montant total de la dette et sa proportion ramenée au PIB.

Il montre que sur les 10 dernières années (2007-2017), la dette des économies développées n’a augmenté « que » de 6,7% si on la rapporte au PIB ; dans le même temps, la dette des pays émergents a augmenté de presque 45% relativement à leur PIB.

La dette relative des pays émergents était pourtant assez stable entre 1997 et 2007. Comme permet de le conclure ce graphique, ce sont essentiellement ces pays qui ont alimenté la croissance de la montagne de dette mondiale depuis la grande crise financière de 2008.

La dette mondiale vient d’atteindre un nouveau sommet historique à 247 000 milliards $ au T1 2018 Devinez quoi ? La dette mondiale serait peut-être sous évaluée de 13 000 à 14 000 milliards $.

On peut d’ailleurs le vérifier sur ce graphique produit par le FMI :

Au rythme où la dette des émergents se développe, elle se rapproche dangereusement du niveau de celle des économies développées.

En fait, les émergents… c’est surtout la Chine !

Au mois d’avril, le FMI a publié un nouveau rapport sur la dette mondiale. Pour l’institution de Washington, la montagne de dettes se montait à 164 000 milliards de dollars (225% du PIB global) fin 2016, et la Chine représentait alors plus de 40% de la hausse depuis 2007 ! Comme le remarque le site ZeroHedge, « en revanche, la contribution des pays en développement à faible revenu est à peine perceptible ».

Vous aurez noté au passage que les estimations de l’IIF et du FMI au sujet de la dette mondiale diffèrent considérablement. Cela s’explique en partie parce que les années de référence ne sont pas les mêmes (l’IIF évoque le 31/12/2017 et le FMI le 31/12/2016) mais pour le reste, même Zero Hedge ne voit pas quelle explication apporter…

La méthodologie semble considérablement varier d’une institution à l’autre ; si l’on se réfère aux chiffres de Natixis, le taux d’endettement mondial est inférieur en avril 2018 à ce qu’il était après la crise de 2008, ce qui n’est pas le cas sur les graphiques de l’IIF et du FMI…

Quoiqu’il en soit, les banques centrales ont permis aux gouvernements de creuser les déficits afin de « soutenir la croissance » (version officielle) mais surtout de favoriser leur réélection.

Dans les économies développées, notez que la mariée se retrouverait sans maquillage en cas de récession. Avec un ralentissement marqué de la croissance économique, la dette gonflerait mécaniquement par rapport au PIB.

Evidemment, les gouvernements doivent être reconnaissants aux banquiers centraux qui ont permis cette multiplication des titres de dette comme si c’était des petits pains. « Les taux mondiaux toujours bas continuent de soutenir des niveaux d’accumulation de dette sans précédent », comme l’ont pointé du doigt les responsables de l’IIF dans un communiqué.

Un ratio dette/PIB à un niveau jamais vu en temps de paix

L’économie mondiale est bien plus endettée qu’elle ne l’était pendant la Première Guerre mondiale ! Pour être exact, je devrais écrire : « un ratio dette/PIB à un plus haut historique guerre et paix confondues, à l’exception de la Seconde Guerre mondiale » !

Trois poids lourds concentrent la « force motrice »

Comme le fait remarquer Zero Hedge :

« Tout tourne autour des Etats-Unis, de la Chine et du Japon : ces trois pays représentent à eux seuls la moitié du total des 164 000 milliards de dollars de dette publique et privée mondiale. Pour parler de la Chine, sa dette est passée de 1 700 milliards de dollars en 2001 à 25 500 milliards de dollars en 2016 et elle a été décrite par le FMI comme la ‘force motrice’ derrière l’augmentation de la dette mondiale, représentant les trois quarts de la hausse de la dette du secteur privé au cours de la dernière décennie ».

Zero Hedge relève également qu’il y a eu aussi un avertissement particulier concernant la Chine dont l’échelle gargantuesque et le système financier opaque constituent un risque majeur pour la stabilité, selon le FMI ».

Zero Hedge résume les préconisations du FMI :

« Il est donc urgent de réduire le fardeau de la dette pour améliorer la résilience de l’économie mondiale et fournir une meilleure capacité de lutte contre les incendies si les choses tournaient mal : ‘La relance budgétaire n’est plus la priorité’. »

Que voilà un cri de panique assez cocasse…

Pour plus d’informations, c’est ici et c’est gratuit


Nicolas-PerrinL’article est de la plume de Nicolas Perrin, l’auteur de l’ouvrage de référence « Investir sur le marché de l’or: Comprendre pour agir » (Editions Franel 2013) et spécialiste de la gestion de patrimoine. Nicolas PERRIN est conseiller en gestion de patrimoine indépendant. Diplômé de l’IEP de Strasbourg, du Collège d’Europe et de l’Université d’Aix-Marseille, il intervient pour les Publications Agora en tant qu’éditorialiste.

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