La hausse des rendements obligataires, l’explosion de la dette publique et la pression croissante exercée par le coût des intérêts pourraient constituer, selon Clive Thompson, le prochain grand catalyseur du marché de l’or. Dans l’entretien accordé à l’émission Commodity Culture, l’analyste britannique décrit un mécanisme particulièrement simple : les États doivent refinancer des montagnes de dettes émises lorsque les taux étaient beaucoup plus faibles, tandis que les nouvelles émissions doivent désormais rémunérer les investisseurs à des taux nettement supérieurs. Pour Thompson, le problème ne réside donc pas uniquement dans le niveau des taux, mais dans la combinaison entre des taux plus élevés et des stocks de dette considérablement plus importants. Cette situation augmente mécaniquement la charge d’intérêts des États et peut finir par exercer une pression considérable sur les finances publiques. Dans ce scénario, le métal jaune occupe une place centrale dans son raisonnement. Découvrir les pièces d’or disponibles
Une crise obligataire qui ne concerne plus un seul pays
Le point de départ du raisonnement de Clive Thompson est international. Dans l’entretien, il souligne que la remontée des rendements ne se limite pas au marché américain : il évoque également les marchés obligataires européens, japonais, britanniques, canadiens et australiens. Son observation est importante parce qu’elle modifie la nature du problème. Lorsqu’un seul État rencontre des difficultés de financement, les investisseurs peuvent théoriquement déplacer leurs capitaux vers une autre dette souveraine considérée comme plus sûre. Mais lorsque les rendements montent simultanément dans plusieurs grandes économies, le phénomène devient beaucoup plus large. Thompson insiste précisément sur cette synchronisation et sur le fait que les gouvernements doivent refinancer des emprunts contractés dans un environnement où le coût de l’argent était nettement inférieur. Le rendement américain à dix ans reste d’ailleurs proche de 5 % en septembre 2026 : le taux hebdomadaire publié par la Réserve fédérale de Saint-Louis s’établissait à 4,99 % au 18 septembre.
Le mécanisme décrit par Thompson est fondamental pour comprendre pourquoi le marché obligataire peut devenir un problème budgétaire. Lorsqu’une obligation arrive à échéance, l’État doit rembourser le capital ou refinancer cette dette. Si le nouvel emprunt est contracté à un taux supérieur à celui de l’ancienne dette, la charge financière augmente progressivement. Le phénomène devient particulièrement sensible lorsque le volume total de dette est lui-même beaucoup plus important qu’auparavant. Autrement dit, un État qui doit refinancer 1 000 milliards à un taux supérieur ne fait pas face au même problème qu’un État qui doit refinancer plusieurs milliers de milliards dans les mêmes conditions. C’est cette combinaison entre le stock de dette et le coût de son renouvellement qui constitue le cœur de l’argument de Thompson. Voir les pièces d’or disponibles
Le véritable danger : l’explosion de la charge d’intérêts
Pour Thompson, la conséquence la plus importante n’est donc pas simplement une hausse des rendements affichés sur les écrans des marchés financiers. Le véritable problème apparaît lorsque la hausse des rendements se transforme en hausse durable des dépenses d’intérêts dans les budgets publics. Une dette ancienne peut avoir été émise à un coût faible pendant plusieurs années, mais chaque nouvelle échéance doit progressivement être refinancée aux conditions de marché du moment. La hausse des taux finit ainsi par pénétrer le budget public avec un décalage. C’est pourquoi une politique monétaire restrictive peut continuer à produire des effets longtemps après son déclenchement. Le même phénomène concerne les entreprises : lorsque les obligations arrivent à échéance et doivent être remplacées par de nouvelles émissions plus coûteuses, le coût du financement augmente, ce qui peut réduire les investissements, modifier les décisions d’embauche et peser sur les résultats.
Clive Thompson développe également une idée concernant l’inflation. Le raisonnement traditionnel veut qu’une hausse des taux ralentisse la demande, limite le crédit et contribue ainsi à réduire les pressions inflationnistes. Mais selon lui, les taux plus élevés constituent également un coût supplémentaire pour les entreprises. Une entreprise qui voit ses charges financières augmenter peut chercher à préserver ses marges en répercutant une partie de cette hausse sur ses prix. Cette lecture ne signifie pas que toute hausse des taux provoque mécaniquement davantage d’inflation, mais elle met en évidence le conflit entre deux forces : le ralentissement de la demande d’un côté et l’augmentation du coût du financement de l’autre. Les données américaines montrent par ailleurs que l’inflation demeure au-dessus de la cible de 2 % de la Fed.
Le scénario qui pourrait changer radicalement la donne pour l’or
C’est à ce stade que l’analyse de Thompson devient particulièrement favorable à l’or. Son scénario repose sur une éventuelle intervention de la banque centrale pour empêcher une dégradation trop importante du marché obligataire. Il évoque le retour d’une politique d’assouplissement quantitatif, ou d’un dispositif comparable, dans lequel la banque centrale achète des obligations afin de soutenir leur prix et de limiter la hausse des rendements. Lorsque la banque centrale achète massivement des obligations, elle injecte de la liquidité dans le système financier. Thompson considère qu’un tel changement de régime serait fortement favorable à l’or, car le métal ne dépend pas du paiement d’un coupon et constitue, dans son analyse, un actif monétaire susceptible de bénéficier d’une perte de confiance dans les monnaies fiduciaires et dans la soutenabilité des politiques budgétaires.
Il faut cependant distinguer le scénario décrit dans l’entretien de la situation effectivement observée en septembre 2026. La Fed ne mène pas actuellement un nouveau programme massif d’achats d’obligations comparable au QE de la période Covid. Son bilan reste néanmoins considérable, avec plusieurs milliers de milliards de dollars de titres du Trésor et de titres adossés à des créances hypothécaires. La thèse de Thompson est donc une projection conditionnelle : si une nouvelle tension majeure sur le marché obligataire conduisait la banque centrale à intervenir de manière beaucoup plus importante, il considère que le changement de régime monétaire pourrait constituer un puissant facteur de soutien pour l’or.
Pourquoi la hausse des taux n’est pas automatiquement négative pour l’or
Le paradoxe est évident. En théorie, des taux plus élevés peuvent rendre les placements rémunérés plus attractifs par rapport à un actif qui ne verse pas d’intérêt comme l’or. C’est pourquoi les anticipations de hausse des taux peuvent provoquer des mouvements défavorables au métal jaune. Mais Thompson insiste sur une distinction essentielle : il faut regarder non seulement le niveau des taux directeurs, mais aussi ce que la hausse des rendements obligataires révèle sur la situation financière globale. Si les taux augmentent parce que l’économie est solide et que l’inflation est maîtrisée, l’impact sur l’or peut être différent de celui observé lorsque les rendements augmentent dans un contexte de dette publique élevée, de déficit important et de tensions sur le financement des États.
Le raisonnement de Thompson peut donc être résumé ainsi : une première phase de hausse des taux peut peser sur l’or, mais une deuxième phase pourrait devenir beaucoup plus favorable au métal si elle conduit les banques centrales à changer de politique. Dans son scénario, le marché obligataire atteint un niveau de tension suffisamment important pour que les autorités monétaires interviennent, les achats d’obligations augmentent, les conditions financières se détendent et la liquidité revient dans le système. C’est précisément cette possibilité que Thompson considère comme un moteur majeur pour l’or. Son analyse ne repose donc pas simplement sur l’inflation courante, mais sur la possibilité d’une nouvelle phase d’expansion monétaire.
Le dollar américain est-il réellement en train de s’effondrer ?
Thompson se montre beaucoup plus mesuré sur l’idée d’un effondrement brutal du dollar. Dans l’entretien, il rappelle que le billet vert reste profondément intégré au commerce international et à la facturation de nombreuses matières premières. Une monnaie utilisée à cette échelle ne peut pas être remplacée du jour au lendemain. Son scénario est plutôt celui d’une érosion progressive de la confiance et d’une diversification des réserves internationales. Cette distinction est importante : une diminution de la part du dollar dans certaines réserves ou transactions n’implique pas nécessairement une disparition rapide de son rôle international.
Cette question reste directement liée au marché de l’or. Lorsque les banques centrales et les investisseurs cherchent à diversifier leurs actifs monétaires, l’or peut être utilisé comme réserve de valeur ne dépendant pas directement de la dette d’un autre État. Thompson considère cette caractéristique comme particulièrement importante dans un environnement où les dettes publiques augmentent. Son analyse rejoint ainsi un phénomène plus large observé depuis plusieurs années : l’or occupe une place importante dans les discussions sur la diversification des réserves internationales et la protection contre les risques monétaires. Pour les particuliers qui souhaitent étudier le marché physique, les pièces constituent l’une des formes accessibles de détention directe du métal. Consulter les pièces d’or disponibles
L’argent pourrait amplifier le mouvement de l’or
Clive Thompson ne limite pas son analyse au métal jaune. Il considère que l’argent pourrait suivre la même direction que l’or, mais avec des mouvements potentiellement plus importants. La raison tient à la double nature de l’argent : il possède une fonction monétaire et une demande industrielle significative. L’électronique, les équipements électriques et différentes applications industrielles utilisent de l’argent, ce qui donne au métal une dynamique différente de celle de l’or. Selon Thompson, même un ralentissement économique ne supprimerait pas nécessairement cette demande structurelle.
Son argument sur l’offre est tout aussi important. Thompson estime que la production minière d’argent ne suffit pas à couvrir l’ensemble de la demande industrielle et que le marché dépend donc également des stocks existants et du recyclage. Lorsque les stocks disponibles diminuent, le prix doit théoriquement jouer un rôle plus important pour inciter les détenteurs de métal à vendre ou recycler. Dans son raisonnement, une hausse de la demande monétaire pour l’argent pourrait donc se superposer à une contrainte physique sur l’offre. Cette combinaison explique pourquoi il considère que l’argent pourrait connaître des mouvements amplifiés par rapport à l’or.
Un krach boursier ne serait pas forcément synonyme de baisse durable de l’or
L’entretien aborde également le risque d’un retournement des marchés actions, notamment après la forte progression de certaines grandes valeurs technologiques. Thompson refuse cependant de transformer des valorisations élevées en prédiction automatique de krach. Son argument est plus précis : historiquement, des valorisations élevées sont associées à des rendements futurs plus faibles, mais elles ne suffisent pas à elles seules à déterminer le moment ou l’existence d’un effondrement. Dans son analyse, les entreprises dont la valorisation dépend fortement d’anticipations de croissance très élevées sont particulièrement sensibles à une modification des attentes des investisseurs.
Cette distinction est essentielle pour comprendre son approche des actifs miniers. Une correction boursière peut initialement provoquer des ventes généralisées, y compris sur les valeurs minières, simplement parce que les investisseurs cherchent des liquidités ou réduisent leur exposition au risque. Mais Thompson estime qu’une crise financière prolongée pourrait ensuite favoriser les métaux précieux si les investisseurs recherchent des actifs monétaires ou des entreprises moins endettées. Le comportement des mines d’or et d’argent dépendrait donc à la fois de l’évolution des métaux, du coût de leur production, de leur endettement et de l’appétit général pour le risque.
Pourquoi Thompson reste positif sur les sociétés minières
Thompson accorde une place importante aux producteurs d’or et d’argent parce qu’ils présentent, selon lui, une caractéristique intéressante par rapport à de nombreuses entreprises fortement endettées : certaines sociétés minières affichent des niveaux de dette relativement faibles, voire inexistants. Lorsque les coûts du financement augmentent, cette structure financière peut devenir un avantage relatif. Il faut toutefois distinguer une société minière productrice, disposant de flux de trésorerie, d’un projet minier encore en développement, qui peut nécessiter d’importants capitaux avant de générer des revenus.
Dans son allocation publiée pour 2026, Thompson indique avoir porté son exposition à l’or à 15 %, contre 10 % auparavant, tout en réduisant son exposition aux actions de 60 % à 50 %. Il précise que cette allocation constitue son propre cadre de réflexion et non une allocation universelle. Cette évolution est cohérente avec son discours sur le rôle de l’or dans un environnement marqué par l’incertitude monétaire et les valorisations élevées de certaines catégories d’actions. Explorer les pièces d’or d’investissement
La méthode de Thompson : raisonner en taille de position
L’une des idées les plus concrètes de l’entretien concerne la gestion des positions minières. Thompson explique que le niveau de gain réalisé sur une action ne devrait pas, à lui seul, déterminer une décision de vente. Selon lui, le raisonnement doit plutôt partir de la taille de la position dans l’ensemble du portefeuille. Une action qui a fortement progressé peut devenir disproportionnée simplement parce que sa valeur a augmenté beaucoup plus rapidement que les autres actifs. Dans ce cas, la question n’est pas « combien ai-je gagné ? », mais « quelle part de mon portefeuille cette position représente-t-elle désormais ? ». Cette approche permet de séparer la gestion du risque de l’émotion liée à une plus-value importante.
Le cuivre, l’uranium et les autres matières premières
Thompson considère également le cuivre comme une matière première particulièrement intéressante en raison de la demande associée à l’électrification, aux réseaux, aux câbles, aux centres de données et aux infrastructures énergétiques. Son raisonnement est fondé sur le décalage entre une demande structurelle élevée et une offre minière qui ne peut pas être augmentée rapidement. Pour lui, les sociétés minières constituent souvent un moyen plus pertinent d’obtenir une exposition à cette dynamique que l’achat direct de la matière première. Il souligne également qu’une même société minière peut parfois produire plusieurs métaux, ce qui crée une exposition combinée au cuivre, à l’or et à l’argent.
Son opinion sur l’uranium est différente. Thompson reconnaît le potentiel d’une hausse de la demande liée au développement futur de l’énergie nucléaire, mais considère que les valorisations de certaines sociétés intègrent déjà une partie de cette perspective. Son approche reste donc centrée sur la différence entre une bonne histoire industrielle et le prix payé pour cette histoire. Cette logique rejoint son intérêt pour les petites capitalisations : il recherche des entreprises moins suivies, présentant selon lui une croissance potentielle et des valorisations raisonnables.
Les petites capitalisations : le contre-pied aux grandes valeurs technologiques
En dehors des matières premières, Thompson cite les petites capitalisations comme un secteur dans lequel il estime qu’il existe encore des entreprises peu valorisées. Son raisonnement consiste à rechercher des sociétés spécialisées, parfois très peu connues, qui disposent d’une activité de niche, d’une situation financière saine et d’un potentiel de croissance. Il explique également que les outils d’analyse utilisant l’intelligence artificielle permettent aujourd’hui de filtrer beaucoup plus rapidement les entreprises selon des critères financiers précis, avant de procéder à une analyse humaine approfondie.
Cette approche ne supprime évidemment pas le risque lié aux petites capitalisations. Une entreprise peu valorisée peut être bon marché pour de bonnes raisons : dette, manque de liquidité, faiblesse du modèle économique, gouvernance ou absence de croissance. Le point central de Thompson est plutôt méthodologique : l’investisseur peut commencer par filtrer un univers très large selon plusieurs critères, puis consacrer son temps à l’étude détaillée des entreprises qui restent. Il cite également certaines places asiatiques et les marchés émergents comme zones susceptibles de présenter des valorisations différentes de celles observées sur les grands indices américains.
La thèse centrale : la dette pourrait devenir le prochain moteur de l’or
Au fond, toute l’analyse de Clive Thompson repose sur une même chaîne logique. Les États ont accumulé des niveaux de dette élevés. Une partie de cette dette doit être refinancée. Les taux auxquels cette dette est refinancée peuvent être beaucoup plus élevés que ceux auxquels elle avait été contractée. La charge d’intérêts augmente alors progressivement. Si cette dynamique devient trop difficile à absorber, les autorités peuvent être confrontées à une situation dans laquelle la stabilité du marché obligataire devient une priorité. Dans le scénario défendu par Thompson, une intervention monétaire destinée à soutenir les obligations pourrait alors entraîner une nouvelle injection massive de liquidités.
C’est cette dernière étape qui explique son enthousiasme pour l’or. Si les banques centrales recommencent à acheter massivement des obligations, le marché pourrait entrer dans une nouvelle phase d’assouplissement monétaire. Pour Thompson, ce changement serait particulièrement favorable aux métaux précieux, avec un potentiel d’amplification pour l’argent et les sociétés minières. Il ne présente pas cette séquence comme un calendrier certain, mais comme le scénario qu’il juge susceptible de se matérialiser si la pression sur les marchés obligataires continue de s’accroître. La donnée à surveiller devient donc moins spectaculaire que le seul prix quotidien de l’or : il faut suivre simultanément les rendements obligataires, les déficits, l’inflation, les décisions de la Fed et l’évolution de son bilan.
Ce qu’il faut retenir du scénario de Clive Thompson
Le message de Clive Thompson est finalement très clair : selon lui, le véritable risque ne se situe pas uniquement dans une éventuelle hausse des taux, mais dans la confrontation entre des taux élevés et des niveaux de dette historiquement importants. Si cette confrontation devient suffisamment forte pour pousser les autorités monétaires à soutenir directement le marché obligataire, le changement de régime pourrait devenir un puissant catalyseur pour l’or et l’argent. Cette thèse doit être distinguée des données actuellement observées : en septembre 2026, la Fed maintient une politique de taux directeurs positifs et son bilan reste très important, mais il n’est pas engagé dans un nouveau programme de QE massif comparable à celui de 2020.
La situation actuelle offre néanmoins un indicateur particulièrement important à surveiller : les rendements longs américains restent élevés alors même que la banque centrale pilote son taux directeur à court terme. Le 10 ans américain s’établissait à 4,99 % dans la dernière observation hebdomadaire disponible au 18 septembre 2026, tandis que l’inflation CPI américaine atteignait 3,4 % sur un an en août. Pour les investisseurs qui suivent la thèse de Thompson, la question déterminante est donc celle du moment où les tensions obligataires deviendraient suffisamment fortes pour modifier la réaction des banques centrales. Voir les pièces d’or disponibles
Le scénario présenté par Clive Thompson peut ainsi être résumé en une seule chaîne : davantage de dette, davantage de refinancement, davantage de charges d’intérêts, davantage de pression sur les marchés obligataires, puis éventuellement une intervention monétaire. C’est précisément cette dernière étape qui constitue, dans son analyse, le grand catalyseur potentiel du marché de l’or. Son raisonnement donne également une place particulière à l’argent, aux producteurs de métaux précieux et à certaines sociétés minières disposant d’un endettement limité. L’évolution réelle de cette thèse dépendra toutefois des décisions effectivement prises par les banques centrales, de l’inflation, des rendements obligataires et de la capacité des États à absorber le coût de leur dette.