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Simone Wapler: Les déboires de l’Etat actionnaire ne méritent pas une chronique, mais…
 

L’Etat actionnaire a déjà affiché une mauvaise année 2016 et 2017 commence bien mal. « Comment tu n’en as pas parlé ? » se sont offusqués mes collègues, « ça ne te fais pas réagir ? »

Si.

Gnark (sombre ricanement).

Pffffff (soupir).

Comment peut-on être assez naïf pour croire à l’Etat stratège et autres idioties ? Les chiffres ne font que pointer cette évidence, une fois encore, année après année… Est-il vraiment nécessaire d’user son clavier et d’encombrer Internet d’électrons sur le sujet ?

« Mais, ce n’est pas une évidence pour tout le monde » protestent mes collègues mal intentionnés qui veulent absolument me faire travailler, et me pousser à écrire des choses qui font que je vais recevoir plein de courriers de lecteurs furieux.

Hélas, pour que l’ambiance de bureau redevienne respirable, je me rends : il va falloir que je délaye « gnark » et mes explications.

Commençons par les chiffres.

BFM-Business :

Le portefeuille de participations cotées de l’Etat a perdu 11,5% de sa valeur en 2016, retombant à 59,7 milliards d’euros contre 67,4 milliards d’euros il y a un an, selon les chiffres annuels publiés par l’Agence des participations de l’Etat (APE).

Selon ces données, révélées par lemonde.fr, le portefeuille de l’Etat, qui dispose de participations dans 14 sociétés cotées, a pâti principalement des difficultés du secteur de l’énergie.

La cote d’EDF, dont l’APE détient aujourd’hui 85,6%, a ainsi chuté de 28,7% en un an. Celle d’Engie, dont il possède 32,8%, a reculé de 25,8%, tandis que celle d’Areva, dont il détient 28,8%, a baissé de 20,7%.

La valeur du portefeuille public a également plombée par la chute des titres Air France (-26,3%), Renault (-8,8%), Orange (-6,8%) et Aéroport de Paris (-5%).

Mauvais stock-picking, pas de chance. Les fleurons du capitalisme d’Etat n’ont pas fait de flammes en 2016 : EDF, Engie, Air France, Renault.

Pendant ce temps, le CAC 40 dans son ensemble affichait dans le même temps une performance de 6,17%.

+6,17% contre -11,5% pour le portefeuille des huiles Bercy, ce n’est pas une simple petite contre-performance. C’est pitoyable. D’autant plus que l’élite technocratique de notre pays préside à la destinée de ces entreprises. Des gens bardés de diplômes, sortis de nos plus grandes écoles.

Evidemment, contrairement à vous ou moi, ces brillants gestionnaires de fonds publics ne souffrent pas vraiment des contre-performances du portefeuille public. Cela ne changera pas leurs émoluments ou leurs retraites, et un inspecteur des finances a le privilège d’ignorer les affres du chômage.

Ca tombe bien car, comme je vous le disais, l’année 2017 est également mal emmanchée.

Il faut vendre Engie au plus bas pour sauver EDF et Areva (autre fleuron du capitalisme d’Etat). Vendre aussi Safran, improbable collage entre SAGEM (ancienne entreprise privée) et SNECMA (ancienne entreprise publique mais engagé dans un partenariat avec General Electric pour la production du moteur CFM qui équipe les Airbus – consortium européen. Vous me suivez ?).

EDF « au bord de la faillite »: les syndicats de l’énergie alertent Hollande

Eric Lewin: Si comme gérant, vous aviez fait pareil que l’Etat sur Engie, on vous aurait mis un gros coup de pied au cul

Or, vous connaissez la règle implacable : qui a vendu, a perdu, Mme Michu ! Il va donc y avoir des moins-values.

J’aurai la charité de ne pas parler ici d’EDF et surtout d’Areva. Comme nous l’avons vu avec Christine Lagarde, on peut-être coupable de « négligence » mais ça ne mérite pas une punition.

Anne Lauvergeon pantoufle joyeusement dans plusieurs conseils d’administration et notamment celui de boostHEAT ; elle s’exprime dans la belle langue française employée par notre élite s’adressant aux gens d’en bas :

« Je trouve que c’est une superbe entreprise, qui est à la fois très innovante, qui est industrielle – elle fabrique des chaudières -, et qui en même temps va permettre d’économiser beaucoup de CO2 ».

On peut être négligent avec l’argent des autres mais on est toujours à la recherche des bonnes causes et moins de CO2, c’est évidemment une bonne cause humanitaire…

Mais pourquoi l’Etat est-il mauvais actionnaire ?

C’est assez simple à comprendre.

Le rôle de l’Etat est d’abord d’assurer des fonctions régaliennes. Théoriquement, nos hauts fonctionnaires sont formés pour cela. « Servir sans se servir », telle est la noble devise de l’ENA.

Ces fonctions régaliennes consistent à faire fonctionner la police, la justice, l’armée et la diplomatie. C’est le coeur, le « noyau dur », pour parler technocrate, de la mission de l’Etat.

Vous conviendrez avec moi que ces fonctions régaliennes ne sont pas supposées être lucratives. Je vais essayer d’être claire, même si moi pas avoir fait l’ENA : « Si toi policier, ou juge, ou diplomate ou encore soldat, toi pas chercher à gagner plein de fric en exerçant tes fonctions. Pas beau, vilain, d’autant que toi avoir le droit à la ‘violence légale’ = des armes + clés de la prison ».

Pour assurer ces missions régaliennes non lucratives, l’Etat prend. Il nous prend des impôts. NOS IMPÔTS NE PEUVENT PAS ETRE SOURCES DE BENEFICES. Ce n’est pas leur but.

Mais dans notre douce France, 58% de l’activité économique est contrôlée par l’Etat. Ce qui veut dire que l’Etat s’occupe de tas de choses qui ne sont pas des missions régaliennes.

Pourquoi diable, fichtre et diantre voudriez-vous que des fonctionnaires soient plus aptes à gagner de l’argent que n’importe qui d’autre ?

Ne cherchez pas, il n’y a aucune raison. Statistiquement, ils ne peuvent pas faire mieux.

En revanche, il y a une excellente raison pour que des fonctionnaires fassent moins bien puisque leur rôle n’est pas de gagner de l’argent. Ce qu’ils dépensent, ils ne l’ont pas gagné sur un marché concurrentiel, parce que des gens ont librement choisi d’acheter ceci ou cela. Pour couvrir leurs dépenses, ils ont reçu un budget provenant de la collecte de l’impôt. Un budget ou des bénéfices, ce n’est pas la même chose, voyez-vous.

D’ailleurs – un dernier petit lâcher de venin parce que, finalement, je ne serai pas charitable contrairement à ce que je viens d’écrire : vous devez considérer, par exemple, une augmentation du tarif de l’EDF comme un impôt. Généralisation pas hâtive mais mûrement réfléchie de ce principe : vous devez considérer toute augmentation du coût des services publics comme un impôt.

Le marché de l’électricité n’est pas véritablement concurrentiel. Comment pouvez-vous donc savoir si l’augmentation de prix demandée par EDF est justifiée ?

Mais je ne voudrai pas vous quitter comme ça brutalement sur ces remarques acides. Ceci est une chronique financière pour investisseurs. Voici ce que j’ai appris :

  • Evitez les investissements dans les entreprises contrôlées par l’Etat (on pourrait même se demander si les vendre à découvert pour profiter de leurs tristes contre-performances ne serait pas une bonne idée cynique).
  • Evitez les investissements dans les entreprises bénéficiant de subventions. Dès qu’on retire la béquille étatique tout se passe mal.
  • Préférez les solutions d’investissement individuelles aux solutions collectives clés en main.
  • Choisissez des entreprises dont le chiffre d’affaires et les marges augmentent et qui opèrent sur les marchés les plus concurrentiels qui soient. Vous êtes sûr que ce sont des vrais bénéfices dont vous allez profiter.
  • Celui qui a gagné l’argent est presque toujours le mieux placé pour savoir comment le faire fructifier. Faites confiance aux dirigeants fondateurs et à l’actionnariat familial.

Vous pouvez retrouver plein de conseils de sagesse financière dans ce livre qui rassemble les meilleures chroniques de Bill Bonner depuis vingt ans. Il est 100% gratuit et vous pouvez le donner autant que vous voulez autour de vous.

Source: la-chronique-agoraVoir les précédentes interventions de Simone Wapler


simone-waplerSimone Wapler est directrice éditoriale des publications Agora, spécialisées dans les analyses et conseils financiers. Ingénieur de formation, elle a quitté les laboratoires pour les marchés financiers et vécu l’éclatement de la bulle internet. Grâce à son expertise, elle sert aujourd’hui, non pas la cause des multinationales ou des banquiers, mais celle des particuliers.

Elle a publié “Pourquoi la France va faire faillite” (2012), “Comment l’État va faire main basse sur votre argent” (2013), “Pouvez-vous faire confiance à votre banque ?” (2014) et “La fabrique de pauvres” (2015) aux Éditions Ixelles.


               
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