Le blitz de Biden pour une reprise devrait forcer la FED à être moins accommodante

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Nous savons plus ou moins ce qui fera finalement éclater la bulle boursière américaine, ce qui aura des conséquences inévitables à travers le monde : c’est ce qu’on appelle un « taper tantrum ». Nous avons eu un premier avant-goût la semaine dernière.

Depuis la crise Lehman, à chaque fois que la Réserve fédérale américaine a tenté de réduire son assouplissement quantitatif (QE) et de restaurer la normalité, elle a été contrainte de battre en retraite précipitamment. Cela s’est produit sous Ben Bernanke en 2013, lorsque des discussions difficiles ont fait tanguer les marchés émergents.

Cela s’est reproduit en 2018 lorsque Jay Powell a déclaré que l’économie américaine était suffisamment forte pour résister au resserrement quantitatif (QE inversé) en pilote automatique.

Wall Street en est tombé à la renverse. Les Bourses européennes ont chuté par sympathie. Les marchés du crédit asiatiques ont tremblé.

À chaque fois, on nous rappelle que la FED est la banque centrale d’une superpuissance pas comme les autres, le donneur et le preneur de liquidité en dollars à l’échelle mondiale, l’arbitre des taux d’emprunt internationaux.

Alors que tous les regards de la semaine dernière étaient fixés sur le putsch à Washington et sur le Covid partout ailleurs, la FED a surpris les investisseurs avec une pirouette politique. Les chefs de la FED de Dallas, Atlanta, Chicago et Richmond ont suggéré à l’unisson que l’institution pourrait commencer à réduire son QE dès cette année, avec des hausses de taux qui s’ensuivraient rapidement.

Ils sentent l’inflation venir. La masse monétaire M2 a augmenté de 24 % au cours de la dernière année. Personne ne sait combien de temps l’inflation restera inerte ou à quel point elle s’enflammera soudainement à mesure que l’économie rouvre. Ils veulent anticiper la prépondérance des stimulations budgétaires avant de se retrouver devant le fait accompli. Ils veulent aussi échapper à l’étranglement progressif du Trésor américain.

Le catalyseur de ce virage belliciste a été la victoire des démocrates aux élections sénatoriales de Géorgie, ouvrant la voie à une reprise de type fiscale et keynésienne à indice d’octane élevé.

Richard Clarida, doyen de la politique de la FED, a depuis tenté de calmer le jeu, en insistant sur le fait que la prochaine réduction de QE est déjà « bien avancée ». Mais la boîte de Pandore est ouverte. Les stimulations budgétaires seront compensées par un resserrement monétaire plus tôt que ne l’avaient supposé les marchés. C’est un choc politique majeur.

La FED n’interviendra pas non plus rapidement pour plafonner la flambée des taux obligataires. Le bon du Trésor sur 10 ans – toujours la référence mondiale du prix de la monnaie – a doublé depuis début octobre pour atteindre 1,18 %.

C’est une nouvelle significative dans un monde où les ratios d’endettement ont atteint un record de 365 % du PIB mondial (données IIF), contre 320 % à la mi-2019, rendant le système hypersensible à toute modification des coûts d’emprunt.

Les valeurs élevées des actions sont le résultat de rendements obligataires extrêmement bas. Jusqu’où les rendements des bons du Trésor peuvent-ils augmenter avant de déclencher un krach boursier et un court-circuit du système ?

Le bull obligataire Albert Edwards, de la Société Générale, dit que nous y sommes déjà. Il affirme que les actions technologiques à effet de levier nécessitent des taux à moins de 1 % pour continuer à défier la gravité.

La plupart des grandes banques ont inscrit 1,5 % dans leur calepin. Elles pensent que c’est gérable tant que ces taux sont le fruit de la croissance économique et non le résultat des contraintes de l’offre et de l’inflation naissante des années 70. Bruno Braizinha de Bank of America pense que les bons du Trésor à 10 ans pourraient atteindre 2 % cette année (note : tout comme Gave). Ce serait un tremblement de terre mineur.

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